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Présidentielle : le debrief du Grand débat

Présidentielle : le debrief du Grand débat
La Rédaction

Trois heures trente de débat ont opposé cinq des onze candidats à l’élection présidentielle, lundi soir sur TF1, au cours d’un exercice grandeur nature encore jamais vu sous la Ve République. Même si la légitimité démocratique du débat a posé question, la rédaction politique de Radio Londres revient sur les forces et les faiblesses de chacun lors de cette entrevue télévisée. À 33 jours du premier tour, le sprint final pour l’Élysée est enfin lancé. 


 

François Fillon, l’effacé

 

« J’ai pu commettre des erreurs, j’ai quelques défauts […], mais j’ai l’expérience. »

À cause de ses erreurs justement, ce débat est décisif pour François Fillon. Le candidat de la droite, englué dans des affaires judiciaires, doit prouver qu’il est encore crédible.

Premier à parler, il attaque TF1 en défendant les candidats non invités. Sur la sécurité, il est agressif : « l’insécurité n’a cessé d’augmenter ». Mais il échoue vite à se mettre au-dessus du débat. Le candidat paraît tendu, mal à l’aise. Sur l’éducation, il s’adresse à la droite conservatrice, noyau dur de son électorat : « respect », « discipline », « communauté nationale ». Fillon mise sur une France qui va mal et qu’il est le seul à pouvoir reprendre en main. Malgré ça, il ne décolle toujours pas. L’ancien Premier ministre reste éteint, sans éclat. Les journalistes l’interpellent : « Vous êtes très en retard ! ». Fillon ne parvient pas à retrouver la dynamique de la primaire. L’ascension laisse place à la chute. Sur la majorité pénale, il peine, ne donne pas de chiffres, pas de concret. Quand les autres s’accrochent sur la laïcité, il reste en retrait, manque de conviction, manque de fond.

Après la coupure publicitaire, les questions économiques. Le Sarthois semble avoir repris du poil de la bête. Se serait-il fait remonter les bretelles par Baroin ou Retailleau ? Ses interventions sur ce thème central de sa campagne sont maîtrisées. Il utilise son expérience et part même à l’offensive, avec une attaque directe contre Mélenchon. En se plaçant en candidat du réalisme, il met en lumière les approximations de Le Pen, même si sa force tranquille ne parvient pas encore à faire suffisamment preuve de pédagogie.

Sur l’international, il sombre à nouveau en défendant les lignes de force de son programme : la paix avec la Russie, la lutte ferme contre le terrorisme. Son manque de mordant et de cohérence ne pardonnent pas à une heure si tardive. La note de Radio Londres : 4,2/10

 

Benoît Hamon, une performance en demi-teinte

 

« Quel peuple voulons-nous être le 7 mai au soir ? Quelle République voulons-nous représenter ? Quel message voulons-nous adresser au monde ? Aux réponses que vous donnerez à ces questions, se dessinera le futur président de la République. » 

On ne pourra pas reprocher à Benoît Hamon d’être un homme politique habité par la sincérité de son projet, portant un dessein sociétal et une vision pour la France qui lui est chère. Tout au long de la soirée, il s’est en effet dressé comme un candidat sans calcul politique ou électoral, ne déviant aucunement du profil très à la gauche du Parti socialiste, qui l’avait porté lors de la primaire de la Belle Alliance Populaire face à Manuel Valls.

Cependant le candidat du PS a manqué de punch et d’allant. Ce dernier a adopté un ton monocorde et a semblé en-dessous, peut-être dépassé par l’événement. Peu tranchant en début de débat, il s’est néanmoins réveillé en seconde partie de soirée, avec quelques échanges musclés avec Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Il s’est également démarqué en fin de soirée sur les questions internationales, se détachant véritablement de Jean-Luc Mélenchon pour la première fois du débat, sans doute trop tardivement. À l’image de sa performance, la petite bombe lâchée par Benoît Hamon sur François Fillon est presque passée inaperçue : « Vous êtes très fort en soustraction, moins en addition. Surtout quand il s’agit de l’argent de votre famille. »

En outre pour Benoît Hamon, ce rendez-vous est un peu manqué. Après un meeting dimanche très prometteur, il n’a pas su tirer son épingle du jeu et s’est fait trop peu remarquer. La course à l’Elysée est encore longue, mais nul doute que lundi soir, il n’a pas su marquer beaucoup de points face à ses principaux concurrents, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, qui ont eux été excellents. La note de Radio Londres : 5,5/10

 

Marine Le Pen, « moi, présidente »

 

« Tout ce qui vous a été dit ce soir ne pourra pas être appliqué à cause de Bruxelles »

Souveraineté. Tel a été le grand axe d’une Marine Le Pen imperméable aux attaques, opposant à ses adversaires ce sourire énigmatique dont elle a le secret. Se posant au-dessus de la mêlée, Marine Le Pen a joué le rôle que lui prêtent les sondages : celui d’une femme qui est quasi assurée d’être au second tour. Fidèle à sa ligne, la patronne du parti d’extrême droite a su faire passer des messages forts : rejet de Bruxelles et de sa « technocratie », critique des lobbies financiers et refus d’être bornée à un poste, dit-elle, de « vice-chancelière d’Angela Merkel »et surtout discours polémique à l’égard de l’immigration, explicitement associé au terrorisme et aux dérives communautaires. Dans l’absolu, sur la forme, Marine Le Pen s’est attelée à rester fidèle à l’affiche du FN la stylisant sous les traits de Marianne. La candidate, qui n’a pas fait de son genre une arme électorale, n’a pas manqué de se présenter en rempart de la laïcité. D’une manière générale, se présentant comme protectrice d’un peuple français plongé dans le chaos, tranchant nettement avec sa vision d’une « France apaisée », Marine Le Pen a toutefois insisté sur la nécessaire protection des « nombreuses femmes forcées à porter le voile ».

Sur le fond, la présidente du FN a parfois manqué de précision dans ses propos. Presque absente sur certaines questions techniques, comme sur l’emploi, la candidate a proposé une lecture alternative de la réalité à plusieurs reprises. Sur l’immigration, la frontiste affirme que la France accueille 200 000 personnes légalement par an, et « au moins autant » illégalement. Une énormité dans la mesure où la France a reçu environ 80 000 demandes d’asiles en 2015 et n’en a accordé que 19 500. Justifiant ses propositions sur le réarmement de la police, l’eurodéputée dénonce une « explosion » de l’insécurité, alors même que le nombre d’homicides a diminué d’environ 65% depuis 20 ans en Île-de-France. Quant au Brexit, Marine Le Pen s’est distinguée par ses louanges adressés à un Royaume-Uni qu’elle juge « en très bonne santé », alors même que celui-ci accuse un déficit commercial de près de 3 points de PIB.

Enfin, Marine Le Pen a marqué des points sur des thèmes pas ou peu abordés par ses homologues : défense des circuits courts contre la mondialisation, soulèvement d’une question éthique intéressante sur les mutuelles, protections des personnes autistes et handicapées, vente de médicaments à l’unité… La note de Radio Londres : 5,75/10

 

Macron, entre nihilisme et conciliation

 

« J’ai été banquier […], et j’en suis fier ! »

Au départ, on observe un Emmanuel Macron timide, discret, légèrement nerveux et stressé par l’enjeu que représente le débat présidentiel. En effet, l’ex-banquier est pour la première fois confronté à un véritable débat, n’ayant jamais pris part à une élection autre que l’élection présidentielle. 

Anticipant les critiques, Emmanuel Macron s’est, dès l’entrée du débat, exercé à la critique en ciblant la position de celui qui l’a permis de s’installer en politique, François Hollande : « une politique d’un autre âge ». Agressif sur la question des zones d’éducation prioritaires en proposant notamment d’augmenter le nombre d’heure de cours, le candidat ne s’est pas fait bousculé sur les idées, ces dernières ne soulevant que peu de controverses. Fidèle à lui même, Emmanuel Macron, à l’heure où les enjeux identitaires divisent les français, se place dans une attitude de conciliation, de rassembleur, en souhaitant « une politique réaliste en matière migratoire ». Il affirme ainsi : « Je veux que la France, notre pays, redevienne une chance, et une chance pour chacun ». En revanche, une partie de son électorat de droite, plus traditionaliste, pourrait lui reprocher une attitude passive et bien trop molle sur l’insécurité.

La réaction de Macron sur le burkini face à Le Pen est admis comme étant sa première réelle démonstration de force sur le fond et particulièrement sur la forme : « Madame Le Pen, je n’ai pas besoin de ventriloque. Quand j’ai quelque chose à dire, je le dis clairement. » Notons qu’il a été attaqué sur le statut de ses donateurs par Benoît Hamon et critiqué par Marine Le Pen pour son « vide cérébral », opposant à ces attaques une attitude entre ironie et fermeté, le jeune candidat se défendant ironiquement : « Vous vous ennuieriez sans moi ! »


Comme ses adversaires, Macron revendique la suppression des conflits d’intérêts (notamment par la transparence de la rémunération des parlementaires) et souhaite encourager la « nouvelle économie ». Drague de l’électorat de messieurs Hamon et Mélenchon ? Clientélisme ? Dans une certaine mesure, stratégie payante puisqu’au regard des dernières estimations, il semble avoir été convaincant. La note de Radio Londres : 7,4/10

 

Mélenchon, percutant, marque des points

 

« Je serai le dernier président de la Cinquième République. »

Le candidat de la France insoumise a su tirer son épingle du jeu dans ce débat. Grâce aux qualités d’orateur qu’on lui connaît, il a pu dominer de nombreux échanges et a réussi à expliquer et valoriser certains points importants de son programme, comme sur le salaire des femmes. Mais surtout, c’est lui qui a le plus dynamisé le débat, notamment dans sa première partie en étant le seul à véritablement attaquer frontalement ses adversaires, et se permettant même quelques traits d’humour, rares dans la soirée. Il s’est confronté à Marine Le Pen et François Fillon sur la morale en politique en rappelant qu’il n’était pas, contrairement à eux, la cible d’affaires judiciaires ; ou encore à Emmanuel Macron sur les questions de travail et d’économie. Mais tout au long du débat, c’est la candidate d’extrême droite qui a été la cible contre laquelle il a multiplié les attaques. En bref, Jean-Luc Mélenchon a réussi à se placer au-dessus de la mêlée, tout en y prenant gracieusement part sur la majorité du débat.

Sur le fond, il a mis en valeur les thèmes qui lui étaient chers en abordant en premier les questions environnementales et féministes, tout en défendant ardemment ses positions autour de sa volonté de changement et sur son projet de VIe République, thème phare de sa campagne, abordé longuement lors de son rassemblement place de la République, samedi dernier. Néanmoins, même s’il est l’un des vainqueurs de la soirée, il a levé le pied dans la deuxième partie, bousculé sur le plan économique par François Fillon et défendant une position largement attaquée concernant la politique internationale.

Malgré sa bonne prestation, Jean-Luc Mélenchon s’heurte à la difficulté qui le freine depuis plusieurs années et qui concerne plusieurs autres candidats : il peine à s’imposer comme présidentiable. Il n’arrive pas à concilier sa figure de tribun, orateur brillant et reconnu, avec celle de potentiel président de la République, capable d’assumer pleinement la fonction. En somme, l’agitateur n’a pas encore laissé place à l’homme d’État. La note de Radio Londres : 7,5/10

 

Au terme de cette soirée politique, il apparaît que les deux personnes qui ressortent victorieuses des échanges sont Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Le premier, par son charisme et son talent d’orateur associés à un projet novateur ; le second en réussissant à relever ce défi nouveau pour lui avec brio, notamment en se montrant solide sur la deuxième partie du débat. Quant aux autres candidats, Marine Le Pen a été fidèle à elle-même en ciblant son électorat ; Benoît Hamon, bien que cohérent, n’a pas réussi à suivre le rythme et a été peu audible ; et enfin, le bonnet d’âne revient à François Fillon, qui apparaît comme le grand perdant de l’exercice, par manque de crédibilité mais surtout d’engagement.

Ce débat fut riche et intéressant, permettant de confronter les principales personnes susceptibles d’accéder à la fonction suprême en mai prochain. On peut cependant regretter la longueur du programme qui l’aura probablement desservi. Il sera intéressant de voir comment se dérouleront les futurs débats à onze (sur France 2 le 20 avril et sur BFM TV, CNews le mardi 4 avril).

 

Article rédigé par Alizé Boissin, Matthieu Slisse, Florian Bouhot, Sami Ayadi, Camille Bahon, Gaspard Claude, Louis Faurent, Martin Hortin, Sabri Megueddem et Vianney Savatier.

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