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Les Grands Voisins : le vivre-ensemble au cœur de Paris

Les Grands Voisins : le vivre-ensemble au cœur de Paris
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Impulsé par les associations Aurore, Plateau Urbain et Yes We Camp, le projet des Grands Voisins a vu le jour en octobre 2015. Immersion au cœur de ce village dans la ville qui redonne vie à un espace vacant tout en luttant contre l’exclusion sociale.


 

Il est 14h, un dimanche pluvieux à Paris. A quelques centaines de mètres de la sortie RER Denfert-Rochereau, le long de la grande avenue, des grilles sont ouvertes. « Les Grands Voisins ». D’emblée, nous sentons en entrant que l’atmosphère diffère de celle du dehors. Au fracas et à l’empressement de la rue, s’opposent la douceur et la chaleur de cet espace qu’on ne serait catégoriser tant il paraît hors-temps.

Une vente de plats africains à manger sur place ou à emporter, une boutique de livres à 1 euro, une brocante, l’éclectisme ne fait que commencer. En effet, nous comprenons très vite que venir aux Grands Voisins, c’est accepter d’être déconcerté à chaque pas. Mais avant tout, d’où vient ce lieu hors du commun ?

 

Les Grands Voisins. (Photo : Kristell Le Bas)

 

 

Une nouvelle manière de s’approprier les lieux vacants

 

Le but est affiché sur le mur en briques de l’entrée : « Utiliser avec audace et générosité les lieux temporairement inoccupés ». Dans l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul bientôt réaménagé en éco-quartier, des associations ont décidé d’insuffler la vie. Aurore bénéficie d’une mise à disposition à titre gracieux des lieux, le financement vient des associations et aides de l’Etat pour la création de places d’hébergement d’urgence.

 

Les Grands Voisins en chantier. (Photo : Perrine Détrie)

 

L’objectif ? Loger des personnes démunies et des migrants, accueillir des artisans et des entreprises solidaires, et faire bénéficier à tous d’espaces de travail et d’activités ouvertes à tous. Pas moins de 2000 personnes sont accueillies chaque jour dans cet ensemble de 3,4 hectares. 600 personnes y vivent, 1000 y travaillent. Elles se rencontrent lors des repas partagés et du Conseil des Voisins qui a lieu tous les mois pour prendre ensemble les décisions.

Les associations accompagnent les personnes en situation de grande exclusion dans leur retour au travail par des contrats d’insertion en partenariat avec la Mairie.

 

« Bobo-land » ou « lieu de mixité » ?

 

Dans cet espace où les migrants côtoient les start-ups, une sensation de malaise peut s’emparer de nous lorsque l’on s’aventure au-delà des premiers édifices. Passé le café où les Parisiens « brunchent » en ce début d’après-midi, des immeubles ternes, le linge aux fenêtres, se dressent dans la grisaille. Le contraste est saisissant : nous voici malgré nous témoins intrusifs de la vie de ces personnes démunies. De l’esprit hype et bobo de l’entrée – avec douche extérieure et boutiques végétales – nous sommes maintenant confrontés à la précarité et la misère.

Cette opposition de plusieurs mondes peut en gêner plus d’un, mais c’est cela qui fait la force du projet. Ce que l’on observe aux Grands Voisins, c’est la possibilité d’un vivre-ensemble. Dans la pratique, cette solidarité ne se trouve pas partout et « le dimanche, c’est bobo-land » comme nous dit Antoine, un visiteur. Anne, artiste plasticienne, affirme que « la Lingerie (café associatif) ne semble pas être un lieu de mixité ».

 

La banya, ou bain de vapeur russe. (Photo : Lisa George)

 

Mais tous les « Voisins » peuvent se retrouver et travailler ensemble au sein des lieux d’accueil et des ateliers partagés. « Sans même qu’on les provoque, il s’établit des liens » ajoute Anne. Jamais de telles rencontre n’auraient été possibles en dehors de ce cadre. « En semaine j’ai eu le sentiment d’une vraie cohabitation », confie Antoine. Avant d’ajouter : « Tout le monde se retrouve au café ».

 

L’invention du village de demain

 

Dans ce lieu des antithèses, c’est l’art qui fait jonction : les installations artistiques – avec les équipements de sportifs – sont des lieux de convivialité. « Je produis et j’expose des installations que j’ai faites spécifiquement pour le lieu », dit Anne avant d’ajouter qu’« une trentaine d’artistes – dont deux résidents – exposent dans la nouvelle galerie dédiée aux artistes du lieu ».

 

Ouverture du Trocshop des Voisins, septembre 2016 (Photo : Elena Manente)

 

La cantine solidaire, le coiffeur ambulant, l’invention d’une monnaie temps qui permet de faire du troc en échange de son temps… cet espace de fourmillement effervescent est plus qu’un simple lieu branché, il est l’invention du village solidaire de demain.

 

Une chose est sûre, il faut goûter à l’atmosphère des Grands Voisins. Ils vous accueillent à bras ouverts jusqu’à la fin de l’année, mais toujours à condition – comme l’indique le panneau d’entrée -, de ne pas faire de bruit après 22h !

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Hippolyte Radisson

Étudiant en khâgne, passionné de sport et de photo. Parce que l'actualité se doit d'être claire, je m'emploie à essayer de la décrypter.

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