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Guyane : révolution dans « l’enfer vert »

Guyane : révolution dans « l’enfer vert »
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Alors que le premier tour des élections présidentielles approche à grand pas, la Guyane se réveille. Longtemps utilisée comme terre d’accueil pour les bagnards, le département 973 de la République Française abrite depuis 1968 la base de lancement spatiale française et européenne. Véritable vitrine pour notre pays, les guyanais se sentent cependant délaissés, bafoués et abandonnés.


 

Une situation très alarmante 

 

Jeudi 16 mars 2017, alors que Ségolène Royal (actuelle ministre de l’écologie) se trouve au sein de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) pour participer à une conférence internationale sur la protection des fonds marins, une trentaine d’individus cagoulés font éruption dans l’hémicycle. Scandant « Nou bon ké sa » (« On en a marre de cela », en créole), le collectif des 500 frères souhaite interpeller la ministre sur la situation de la Guyane. Sans aucune violence physique, ces derniers expriment brièvement leurs idées à la représentante de l’État, avant de repartir. Néanmoins, Rodolphe Alexandre, président de la Collectivité Territoriale de Guyane, est abasourdi par ce qui vient de se passer :

« Je comprends les 500 frères, j’ai moi même perdu des amis. Mais il ne fallait pas faire ça, je ne sais pas comment on pourra rattraper cette image de violence, les délégations ont cru à une attaque terroriste »

À raison en effet, plusieurs délégations ont demandé d’écourter leur séjour en Guyane.

Néanmoins, on peut très aisément penser (toute proportion gardée bien sur) que l’indignation de ces quelques délégations étrangères n’est rien, comparé à la situation du département. Cet événement est l’extériorisation du « grand ras-le-bol » des guyanais. En effet, depuis le début de la semaine, de nombreux mouvements sociaux paralysent la Guyane. Ces mouvements de protestations englobent de nombreux secteurs d’activités et de collectifs, allant des salariés  d’EDF, aux agriculteurs, en passant par des collectifs contre l’insécurité. Ce qui montre bien que la colère est collective, partagée. Outre l’éruption au CTG, les différents manifestants bloquent les principales rues du pays, empêchant les voitures de circuler. Ils ont surtout demandé à tous les commerçants du territoire de fermer boutique, en signe de soutien. Mais leur plus grande réussite reste sans doute le blocage du Centre Spatiale Guyanais, reportant à une date ultérieure, un lancée de fusée Ariane 5 initialement prévue le 21 mars.

 

L’enfer vert

 

La Guyane est le département français détenant le plus fort taux d’insécurité, la violence y est monnaie courante. « Ici, on tue pour 20 euros ou bien pour un téléphone portable » déclare un habitant. C’est ce qui lui vaut le surnom de « l’enfer vert » en référence à son immense forêt.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce désarroi. Tout d’abord, l’économie de la Guyane va mal. Loin de l’image de carte postale de la Guadeloupe voisine, elle ne peut vivre du tourisme (l’eau y est rarement bleue et le sable pas toujours fin) et à du mal à se développer. De plus, il y a « deux Guyane » bien distinctes. Une tout le long du littoral, développée et disposant des principales richesses du pays. Et une autre dans les terres, isolée, où pour une dizaine de communes, l’accès à l’eau potable et à l’électricité restent des enjeux cruciaux. À cela s’ajoute une démographie toujours plus élevée (50% de la population a moins de 25 ans) et des frontières très perméables (que cela soit au niveau du Brésil ou bien même du Suriname), qui rendent la Guyane en proie à l’insurrection.

Malgré le fait que l’Etat soit le premier employeur du territoire, le taux de chômage stagne à 22% de la population active. Oui, le gouvernement français injecte de l’argent pour faire vivre la Guyane, mais cela n’est pas suffisant. Lorsque l’on sait que le sous-préfet du territoire ne dispose que de 75 gendarmes pour sécuriser Saint-Laurent du Maroni (deuxième ville du pays) et la frontière avec le Suriname voisin, il y a de quoi se poser des questions. La Guyane semble être un gouffre financier pour sa métropole, mais cette dernière ne peut déroger à son devoir de protection.

 

La grande hypocrisie de Paris

 

En décembre 2013, François Hollande promettait à la mairie de Rémire-Montjoly la signature d’un pacte d’avenir pour la Guyane.

« Allons vers un pacte pour l’avenir de la Guyane qui guidera l’action publique de l’Etat, de la future collectivité de Guyane et de tous les acteurs publics pour les 10 ans qui viennent […] Faisons le et scellons ce pacte en 2014, avant l’échéance 2015, pour bien montrer ce que nous devons à la Guyane », tel était le message d’espoir du septième président de la cinquième République.

Quatre ans plus tard, la situation du département n’a qu’empiré.

Le seul intérêt que Paris à pour la Guyane est son centre spatial, regrettent amèrement bon nombre de guyanais. Davy Rimane, secrétaire général du syndicat UTG-CGT de l’éclairage en Guyane, a déclaré aux micros de franceinfo qu’ils « étaient les abandonnés de la Nation, des français de seconde zone » et que l’état devait « réagir vite et bien ».

 

Une mission interministérielle doit arriver sur le territoire guyanais afin de tenter de trouver des solutions sur le terrain, avec les différents protagonistes. Mais alors que l’UTG (l’Union des Travailleurs Guyanais, le syndicat majoritaire) a voté ce samedi la grève générale illimitée à partir de lundi, la tache s’annonce ardue…

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Aurélien Epiais

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