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Handball : La formation française, secret de la réussite ?

Handball : La formation française, secret de la réussite ?
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La France a décroché son sixième titre mondial en janvier dernier, un record dans la discipline et une performance historique dans le sport, mais quelle est la source du succès et de sa continuité ?


 

Jeudi 23 février, 15h. Saint-Junien, Limousin. Les arbitres donnent le coup d’envoi de la compétition interligue de la zone Sud-Ouest. Pour le premier match, les sélections masculines et féminines du Limousin, à domicile, affrontent leurs voisines aquitaines. Chez les filles, le Limousin l’emporte. Chez les garçons, c’est l’Aquitaine qui gagne. La compétition interligue oppose les sélections des meilleurs joueurs et joueuses de 15 ans de chaque région, et au premier tour, les ligues s’affrontent par zone, en l’occurrence la zone Sud-Ouest qui regroupent le Limousin, l’Aquitaine, les Midi-Pyrénées, le Poitou-Charente, le Centre, et la ligue de Paris Île-de-France Ouest. Mais il s’agit bien plus que d’une simple compétition visant à désigner la région la plus compétitive de France. Les interligues représentent surtout l’occasion d’effectuer un large ratissage du pays pour détecter les futurs champions.

Pour la très grande majorité, les jeunes sélectionnés ont participé l’année précédente à la compétition intercomités, qui oppose cette fois les sélections des meilleurs jeunes de 14 ans de chaque département. Chaque année, ces deux compétitions nationales sont organisées afin de détecter les joueurs à potentiel et de les encadrer dans un parcours d’excellence. L’objectif pour chacun est donc de briller individuellement, de démontrer ses qualités, et de se faire remarquer des techniciens. Pour les interligues, ils sont plus d’une dizaine par zone à se répartir tous les matches sur les 4 jours de compétition, afin de sélectionner ceux qui auront la chance d’accéder au stage de zone en avril qui regroupera les meilleurs joueurs et joueuses de la compétition. Grâce à l’aide de Pascal Person, entraîneur de l’équipe de France cadets et responsable du pôle espoir d’Île-de-France, présent sur la compétition, l’organisation a pu obtenir la venue du sélectionneur de l’équipe de France fraîchement champion du monde, Didier Dinart. Sa venue témoigne de l’importance capitale de ces événements dans le dispositif de formation français.

 

Le parcours d’excellence en détails

 

Cette compétition interligue s’inscrit dans le parcours de l’excellence sportive de la fédération française de handball. Celui-ci est décrit comme « un réseau de détection où chaque athlète est recherché, détecté, trouvé, sélectionné, orienté et formé ». La direction technique nationale a en effet mis en place depuis maintenant plus de 20 ans un système de détection de champions, capable de ratisser au plus large, sans laisser filer un potentiel. C’est sans aucun doute le secret de la longévité et de la continuité des succès de l’équipe de France A. Le dispositif se divise en 4 grands échelons. Un premier élagage a d’abord lieu au niveau départemental, avec les sélections de comités des meilleurs jeunes de moins de 14 ans. Viennent l’année suivante les sélections régionales, dans les équipes de ligues, évoquées précédemment.

Lors des compétitions interligues, les techniciens observent chaque jeune et en sélectionnent une poignée pour participer à des stages de zones. La plupart de ces joueurs choisis intègre par ailleurs des pôles espoirs, cursus intensif où le joueur suit parallèlement ses études en lycée et les nombreux entraînements. C’est là que commence la plus grande part de la formation des jeunes préalablement détectés. Pendant 2, 3, voire 4 ans, ils sont suivis, entraînés, leur jeu est analysé, peaufiné. Ils vivent handball à 100%. Au terme de ce cursus de pôle espoir, nombreux sont ceux qui ne connaîtront pas le sport de très haut niveau. Quant aux plus doués, ils peuvent accéder à la seconde partie du troisième échelon d’excellence, et intégrer un centre de formation, associé à un club de l’élite professionnelle. Si rien ne leur garantit l’équipe de France, ceux-là ont de grandes chances de connaître le haut niveau professionnel. Enfin, le quatrième échelon correspond aux sélections nationales, des cadets à l’équipe de France A. Le constat est indéniable : la sélection française est la plus efficace, en témoigne les performances des équipes nationales. En 2015, les 3 équipes de France, des seniors, moins de 21 et moins de 19 étaient championnes du monde. La quasi totalité des joueurs de l’équipe de France actuelle ont connu ce parcours. La formation française est reconnue dans le monde entier. C’est un véritable modèle, souvent imité, parfois copié, mais pour l’instant inégalé.

 

Une formation ultra sélective

 

Le parcours de formation présente cependant une limite : sortir régulièrement une poignée de joueurs surdoués a un prix et implique des sacrifices. En effet, la sélection est extrême et nombreux sont ceux qui restent sur le carreau. D’abord, il y a les blessés, qui gravissent un à un les échelons du dispositif mais qui ne supportent pas le haut niveau et son intensité, jusqu’à ce que l’organisme jette l’éponge. Puis il y a ceux que l’on écarte, parce qu’ils sont trop petits par exemple. A ce sujet, Didier Dinart rappelle lors de la conférence qu’il tient à l’occasion des interligues sur le thème des évolutions du handball contemporain, que le travail de sélection effectué en amont est primordial et qu’il doit avant tout s’orienter sur le physique, le gabarit, la capacité précoce d’un jeune à encaisser les chocs. Il précise d’ailleurs qu’à l’avenir, aucun joueur de très haut niveau ne fera moins de 1m85. La détection peut alors se résumer ainsi : on peut apprendre à un joueur à jouer, pas à grandir.

Rêves brisés pour des jeunes pourtant doués, mais le handball d’aujourd’hui est tel qu’il ne laisse pas de place aux petits gabarits. Certains parlent de dure loi du sport de haut niveau, c’est vrai, mais il y aussi il faut le reconnaître une part inévitable de gâchis. Ce dispositif de sélections semble être à mi-chemin entre l’entonnoir et l’escalier : à chaque échelon le nombre d’individualités se resserre, mais la marche est toujours plus haute, et si on la rate, on peut tomber. Derrière les médailles, il y a tous ces jeunes joueurs et joueuses qui croient toucher leurs rêves en intégrant les pôles espoirs, qui sacrifient leurs années de lycée pour s’entraîner toujours plus, mais qui doivent, parce qu’aucun centre de formation ne veut d’eux, se résoudre à tirer un trait sur leurs ambitions. Mais c’est aussi cela le haut niveau, et cette limite paraît inhérente à tout système de sélections sportives tant les situations de ce genre sont nombreuses, et ce dans tous les sports.

 

Il est évident que pour sélectionner les meilleurs, il faut écarter les autres. Et notons tout de même que si la chute est parfois dure pour certains jeunes, le handball ne connaît pas les difficultés que connaissent d’autres sports comme le football, concernant la gestion des jeunes qui échouent au haut niveau.

Crédits photo : Lionel Mansion

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Louis Faurent

Étudiant à Sciences Po Bordeaux, passionné par le sport, le cinéma, et l'actualité en tout genre.

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