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Hard ou soft Brexit ?

Brexit
Dorian Burnod

A trois jours du déclenchement de l’article 50 du Traité de Lisbonne par le gouvernement de Theresa May qui marquera le début des négociations entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni, une question fondamentale émerge : assistera t-on à une rupture nette ou progressive entre les deux parties ? En d’autres termes : Brexit hard ou soft ?


 

Samedi 25 mars, toute l’Europe s’était réunie dans la capitale italienne pour fêter les 60 ans du Traité de Rome, texte fondateur du projet européen. Quelques milliers de manifestants se sont ainsi mobilisés pour exprimer avec émotion leur amour de l’Union Européenne et revendiquer leur appartenance à cette instance supranationale aujourd’hui tant décriée. Parmi eux, des Britanniques encore décontenancés du choix de leur peuple, sont notamment venus rappeler la force de leur engagement européen, qu’ils s’apprêtent à abandonner dans la soumission au vote populaire. Inquiets pour leur avenir, après plus de quarante ans de coopération économique, politique et diplomatique (certes plus ou moins enthousiaste selon les gouvernements successifs) avec les autres pays membres, les Britanniques se préparent au périlleux saut dans l’inconnu qui les attend à l’aune du déclenchement des négociations avec l’UE.

 

« Brexit means Brexit »

 

Après maintes tergiversations, avancées et retours en arrière, Theresa May ne semble toujours pas parvenir à s’extirper du « Brexit veut dire Brexit » et du flou qu’entretient la sentence. Tiraillée entre le vote populaire qui la pousse à mettre un terme à l’immigration de masse permise grâce à la libre-circulation des marchandises, des personnes et des capitaux, et les pertes économiques que générerait un Brexit hard (perte du passeport européen pour les banques britanniques, baisse des exportations, inflation etc.), la Première ministre britannique se contente, pour l’heure, d’afficher timidement sa volonté d’obtenir « un nouveau partenariat positif entre le Royaume-Uni et nos amis et alliés de l’Union européenne »… sans toutefois en préciser les contours.

Toute l’ambivalence réside précisément en ce point sur lequel le gouvernement nourrit l’incertitude : comment à la fois décrocher un accès au marché unique européen, qui réunit près de 500 millions de consommateurs, tout en exigeant des conditions allégées et exclusives en matière d’immigration ? Face à 27 pays déterminés, pour la solidité de l’UE, à faire du cas du Royaume-Uni un exemple vivement déconseillé à suivre, la politique « à situation exceptionnelle, conditions exceptionnelles » peut-elle seulement être imaginée ? Quels autres arguments que sa puissance économique et la crédibilité qui en découle, le pays dissident a t-il à revendiquer auprès de pays particulièrement motivés à lui faire payer ce qu’ils considèrent comme un gouffre politique ?

D’autant plus que si la situation extérieure semble déjà assez complexe pour le Royaume-Uni, celle située sur le plan intérieur l’est encore plus. Contestée jusque dans les rangs son propre parti, Theresa May doit, en outre, affronter le mécontentement d’une partie conséquente de la population, agacée par ses approximations et le manque de netteté de sa « feuille de route » de sortie ou tout simplement inquiète d’un futur sans UE. Enfin, pour ajouter à l’âpreté ambiante, la Première ministre britannique, déjà occupée sur tous les fronts, va devoir stopper au plus vite la menace agitée d’un référendum d’indépendance de l’Ecosse. et rassurer l’Irlande du Nord quant aux risques d’émergence d’une frontière réelle avec la République d’Irlande.

 

Au-delà des clivages

 

Dans un effort de rassemblement autour d’une lutte généralisée, Theresa May a déclaré lundi vouloir mener le combat de la rupture « pour tous les habitants du Royaume-Uni et pour toutes ses composantes ». Au vu des incertitudes qui pèsent sur la question du Brexit, et de la pression plurielle croissante imposée, la Première ministre semble l’avoir compris : le hard et le soft Brexit perdent chaque jour un peu plus, leur sens initial. Répondre à la « volonté » du peuple britannique dans son ensemble, tout en évitant une déstabilisation politique et économique, relève du domaine de l’équilibriste, qu’il n’est pas recommandé d’expérimenter.

La seule stratégie possible pour demeurer la tête hors de l’eau consiste pour un pouvoir assailli de toutes parts, à esquiver les pièges et les bavures en attendant le début des négociations. Après avoir obtenu l’aval du Parlement et de la reine, la chef d’Etat a effectivement toutes les clés en main pour guider les négociations pour une rupture « juste » et « positive », réalisée au nom de l’ensemble des Britanniques, pour l’avenir d’une nation, et non plus seulement en vertu d’un paradigme politique :

 

 » Nous allons nous retrousser les manches et négocier âprement, en permettant ce pour quoi les Britanniques se sont prononcés. Le gouvernement affiche clairement ses objectifs: un accord qui marche pour chaque nation et région du Royaume-Uni, et de fait pour l’ensemble de l’Europe. « 

 

Au-delà d’un événement sans précédent qui marque l’avènement d’une période d’incertitude tant sur le plan politique, économique que diplomatique, le Brexit constitue, sans conteste, un réceptacle particulièrement intéressant de la crise de l’Union Européenne. D’où la nécessité d’appréhender la direction dans laquelle il tend et de dépasser des idéologies devenues elles-mêmes incohérentes depuis le temps des campagnes mensongères qui ont abouti à un tel phénomène.

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Dorian Burnod

Lycéen en Première ES, engagé pour une actualité profonde et objective, et passionné d'économie et de littérature.

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