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Interview – Akro : « On parle juste de notre réalité »

Interview – Akro : « On parle juste de notre réalité »

Les amoureux de la musique ont gardé de 2016 un goût amer avec les disparitions de David Bowie ou Leonard Cohen. Néanmoins, en parallèle, une nouvelle scène musicale a également émergée, avec l’avènement d’artistes comme le DJ Kaytranada ou du groupe The Last Shadow Puppets. Mais en France, ce n’est pas l’électro ou le rock qui ont été mis à l’honneur. PNL, SCH, Vald… Autant d’artistes qui ont pris d’assaut les classements musicaux et le monde du rap. Une petite révolution dont s’éloigne Thomas Duprel, alias Akro. Ce rappeur belge, ancien membre du groupe Starflam, a répondu à nos questions, pour évoquer le rap actuel et les attentats qui ont touché Bruxelles, il y a un an jour pour jour.


 

Tu as maintenant plus de vingt ans de carrière. Peux-tu revenir dessus pour les gens qui ne te connaissent pas ?  

Je suis issu de la seconde génération du rap francophone et j’ai plus précisément commencé en 1993. J’ai grandi avec des modèles, comme IAM, NTM ou Assassin et avec toute l’influence de la culture urbaine américaine. En 1996, je suis rentré dans le groupe Starflam et on a dû attendre cinq ans avant de réellement percer, grâce à l’album Survivant, sorti donc en 2001.

Puis, quand tu es dans un groupe composé de cinq MC, tu cherches à développer ta propre carrière. C’est comme ça que j’ai sorti mon premier album solo, intitulé L’Encre, la Sueur et le Sang, en 2006. L’année suivante, j’ai sorti Akro au crunk, où l’on retrouve l’un des tous premiers freestyle de Stromae. Mon dernier album date maintenant de 2015 et se nomme Quadrifolies. J’en suis très fier puisqu’il marque l’aboutissement de l’évolution que mon rap a connu pendant plus de vingt ans.

 

La formation originale du groupe Starflam. Akro est ici accroupi, à gauche.

 

Comment ont évolué tes sons au fil du temps ?

Mes premiers albums avec Starflam étaient fortement inspirés des beats de DJ Premier ou de Mobb Depp. Les boucles de ces DJ permettaient de mettre en avant notre flow. Après la séparation, je n’avais plus ce relais que je possédais avec les autres rappeurs. Je me suis alors entouré de musiciens qui m’ont apporté cette nouvelle couleur. Aujourd’hui, je ne m’imagine plus faire de la musique comme je le faisais dans les années 1990, c’est-à-dire sans un groupe de musiciens avec moi.

 

Tu as fait la majeure partie de ta carrière en Belgique, où tu as notamment fait les premières parties de Snoop Dogg ou Public Enemy. Pour toi, à quoi est dû le manque de visibilité des rappeurs belges en France ?

Les Belges n’ont jamais été pris au sérieux. Je me souviens qu’après l’album Survivant, nous sommes allés à Paris, au siège de notre label, EMI. Le patron de l’époque Benjamin Chulvanij ne nous a pas félicités mais a plutôt conseillé de faire un morceau sur les moules frites. C’est insensé !

Aujourd’hui, tout cela change un peu grâce à des groupes comme Caballero et Jeanjas ou La Smala. Le monde du rap reste très fermé et Internet est un nouveau format de diffusion pour nous. Les sites comme YouTube par exemple nous permettent de mettre en avant notre musique, notre vision du rap et de tuer les stéréotypes, qui laissent à penser que les belges ne sont que « les bouffons du roi ».

 

En 2016 et en ce début d’année, la France a vu éclore un grand nombre de nouveaux rappeurs. Quel regard portes-tu sur cette nouvelle génération ?

Il faut savoir que rendre un micro revient à prendre une responsabilité et les artistes d’aujourd’hui ne donnent pas le bon exemple. Il y a des limites dans les discours à avoir et il faut aborder les choses selon une certaine façon. On ne peut parler de drogue ou être misogyne, quand on sait que l’on peut être écouté par des enfants de douze ou treize ans, qui n’ont aucun recul sur les textes.

 

Tu as toujours été assez engagé dans tes textes et sur des sujets parfois particuliers, comme dans la chanson Mon Coca et mes Nike, qui parle de l’américanisation. A qui parles-tu dans tes morceaux ?

Mon coca et mes Nike est bien plus qu’un texte sur l’américanisation de la société. J’ai écris ce morceau quand je suis devenu père et je me suis interrogé sur le monde que je voulais laissé à mes enfants. Est-ce que je voulais que mon fils soit autant soumis que moi au matérialisme ou est-ce que je voulais qu’il développe sa propre réflexion ?

Je parle avant tout de moi à une masse invisible. Souvent, il est vrai que cette catégorie me ressemble mais si par chance, mes textes trouvent une résonance dans l’esprit d’un adolescent de quinze ans, je suis le plus heureux des hommes.

 

 

Depuis vingt ans, la société a profondément changé : accroissement de la peur de l’étranger, peur grandissante du terrorisme… Comment perçois-tu cette vague de violence, qui semble quotidienne ?

C’est difficile de se dire que la violence est maintenant partout et je suis amer quand je me dis que le rap n’est pas innocent. Dans les années 1990, les hymnes de la old school étaient surtout contre l’État et prônaient le rassemblement. Aujourd’hui, j’ai envie de vomir quand j’écoute les morceaux de Booba, qui propage un certain repli communautaire. Le rap ce n’est pas ça ! Le rap, c’est un moyen d’expression libre qui divulgue une vérité absente des médias ou des discours politiques. Un politicien qui gagne 20 000 euros par mois ne peut pas être le porte-parole des classes populaires. Par contre, un rappeur qui a connu les galères des cités peut parler de ce monde. Dans nos textes, on invente rien ! On parle juste de notre réalité.

 

Cette question de la réalité, on la retrouve notamment dans ta chanson Bruxelles plurielle, qui parle du mal du pays. Toi, qui est un belge vivant maintenant en France, comment as-tu vécu les attentats qui ont touché Bruxelles, il y a un an jour pour jour ?

Les attentats qui ont touché Bruxelles ont une connotation particulière puisque je les ai vécus personnellement. Le meilleur ami de mon petit frère a en effet été une des victimes dans le métro. J’ai été à son contact pendant de longues semaines, quand il a été dans le coma et après les nombreuses opérations qu’il a subi. En une seconde, j’ai vécu le mal au plus près.

De manière plus générale, je pense que ces événements ont obligé la Belgique à se mettre au niveau de la France. Mon pays a vu l’horreur que ces barbares pouvaient faire et l’idée selon laquelle « ça ne peut pas arriver chez nous » a été anéantie.

 

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Simon Wautier et Martin Pinguet

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