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Jacques Cheminade ou le désenchanté des présidentielles

Jacques Cheminade ou le désenchanté des présidentielles
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« C’est le système qui m’a rejeté ». Son interview sur le plateau de « C’est à dire » le 13 mars dernier, l’avait transformé en Booba de la politique. Ses idées qualifiées parfois de « farfelues » traduisent son rejet de la conjoncture socio-économique actuelle, mais ne trouvent que peu d’écho dans les urnes. Focus sur Jacques Cheminade, cet homme politique peu présent dans la sphère médiatique.

 


 

Jacques Cheminade a réussi à obtenir les 500 parrainages indispensables pour se lancer dans la campagne présidentielle. Le candidat de Solidarité et Progrès (parti créé par lui même en 1996), tente pour la 3ème fois d’atteindre la plus haute fonction de l’État. Il a déjà participé à la campagne de 1995, ainsi qu’à celle de 2012, auxquelles il a terminé en dernière position, plafonnant au maximum à 0.28% des voix. Malgré ces défaites politiques, il continue d’exposer ses idées et veut de cette manière, éveiller la conscience des français quant à la situation actuelle.

Énarque, diplômé de HEC, et ancien haut fonctionnaire du ministère de l’économie ; il se pose pourtant comme un candidat « anti-système ». Profil politique qui se veut unique et novateur, et qui cependant trouve sa représentation chez Emmanuel Macron, Marine Lepen, Jean Luc Mélenchon et maintenant Jacques Cheminade. Leurs grandes idées sont intéressantes au regard d’une volonté de changement, la foule de curieux qu’ils déplacent, le prouve. Leur rejet de la façon d’exercer le pouvoir aujourd’hui, produit un intérêt chez les citoyens qui voient en eux une alternative. Nous pourrions donc prédire un relatif succès, tout du moins meilleur qu’aux dernières élections pour Jacques Cheminade. Certains croient à cette perspective, tandis que d’autres la considèrent très peu probable. Son programme à lui, à maintes reprises qualifié de « gaullisme de gauche », et parfois inspiré du mouvement international larouchiste, porte à controverse.

 

Un programme original…

 

Son projet se base sur trois grandes mesures, qui mèneront à la construction d’un crédit national. Sa première grande mesure a déjà été prise par Charles De Gaulle à la Libération ou Franklin D. Roosevelt lors de sa politique du New Deal entre 1933 et 1938. Il souhaite séparer les banques en deux. Depuis les années 70, seules les banques privées peuvent octroyer des crédits, or elles suivent une logique de profit, qui varie selon la spéculation sur les marchés et se répercute sur l’économie du pays. Selon lui ces banques vont, si elles sont en déficit, demander de l’aide à la puissance publique (la Banque Centrale Européenne pour les banques françaises), prétextant une défense de l’intérêt général. Le candidat vise alors une politique du Glass Steagall. Autrement dit, il souhaite qu’il existe des banques de dépôt, et des banques d’affaires, qui ne peuvent pas interagir entre elles. Dans le premier cas, elles seraient soutenues et aidées par l’État, et dans l’autre laissées à elle même. Ainsi les spéculateurs ne pourront pas jouer avec l’argent des dépositaires.

Il exige ensuite la mise en place d’un nouveau Bretton Woods. Cette union monétaire internationale avait pour but de soutenir l’économie des pays au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et de les aider à se développer dans un contexte mondial serein. Il voudrait ainsi, supprimer la dette des États pour leur part illégitime, en aidant par exemple la Grèce en grande difficulté financières.

Enfin, et plutôt paradoxalement à sa précédente mesure, il souhaite quitter l’Union Européenne, qu’il accuse d’être « un relai régional de la dictature financière ». Le candidat parle aussi d’un retour au franc, équivalent à l’euro, afin de retrouver la souveraineté économique nationale. Néanmoins les réussites scientifiques et culturelles communes, telles qu’Erasmus+ ou la coopération entre les chercheurs, le poussent à vouloir garder un certain lien avec les pays voisins.

 

Ces mesures alors mises en place, et ce crédit national (c’est à dire une banque d’État en quelque sorte) instauré, la lutte contre « l’économie casino » et « l’occupation financière » serait engagée. Selon lui, libérés de ce poids de la financiarisation de l’économie, nous pourrions refonder la société. Il veut élargir les frontières, et s’ouvrir à de nouveaux enjeux. La colonisation de Mars et de la Lune sont ses mesures les plus futuristes. L’implantation de centres industriels et scientifiques sont un impératif économique et culturel. Un ministère serait dédié au domaine spatial. Cependant le temps de la recherche, dénote beaucoup avec le temps d’un quinquennat. Comme Ronald Reagan dans les années 80, il veut une conquête de l’espace, mais que l’on peut d’ores et déjà visualiser comme infructueuse compte tenu de la marge d’action à long terme entravée par la faible durée du mandat présidentiel. A une échelle plus « terre à terre », Jacques Cheminade pense aider l’Afrique et le Moyen Orient à se développer, et désire instaurer la paix dans ces régions du monde.

 

…malgré certaines propositions qui portent à confusion

 

C’est lorsqu’il aborde ces propositions que le candidat perd un peu de sa crédibilité. Sa volonté d’un « nouvel ordre mondial », de concert avec les BRICS, et dans la paix la plus totale, est amplement louable. Mais son manque de réalisme est flagrant. Les grandes lignes philosophiques sont là, et les grandes propositions aussi, mais les moyens n’y seront pas. Pour le cas de l’Afrique par exemple, M. Cheminade prescrit des grands projets : comme « la revivification du lac Tchad, (…) la construction du canal de Jonglei au Soudan, la plantation d’une ceinture verte transversale au centre de l’Afrique, et la remise en eau douce des chotts algériens et tunisiens ». Il veut aussi « reconstruire la Syrie et l’Irak ».

Au delà de ces belles idées, entièrement défendables, beaucoup reprochent au candidat son penchant conspirationniste. Son affiliation au mouvement international de Lyndon LaRouche qui pense que la reine d’Angleterre Elisabeth II gère le trafic de drogue à l’échelle du monde, que la communauté LGBT est un coup du KGB, ou encore que le 11 septembre 2001 à été commandité par les États Unis eux-mêmes, porte énormément à controverse. De plus il a à plusieurs reprises, ouvertement fait l’amalgame entre musulmans et terrorisme. Prenant l’exemple de Mohamed Merah, il assure que les jeux vidéos violents montrés aux musulmans les poussent à aller faire le djihad. Il souhaite par conséquent les interdire.

 

Enfin, sa politique sur certains grands domaines, reste particulièrement floue. La jeunesse, et le terrorisme, se résument à un enchainement de propositions, qui démontrent une relative méconnaissance de la situation. Ses mesures dans ces domaines, sont similaires à plusieurs candidats, on pourrait alors soupçonner une copie sur ces dernier : de nouvelles places dans les prisons (10000), comme François Fillon ; ou l’accès au RSA pour les 18-25 ans, comme Benoît Hamon.

On se demande par conséquent qui sont les 528 parrains du candidat ? Les citoyens adhérents, qui sont environ 2000, affirment avoir ciblé les maires susceptibles de signer en faveur du candidat. Leur « tour de France » des communes s’est concentré sur les maires des villages de moins de 1000 habitants, qui ne sont pas convaincus pas les « grosses machines » électorales… et le système.

 

Jacques Cheminade l’habituel désenchanté des campagnes présidentielles, sera encore une fois présent cette année. Son programme en « rupture avec le système », comme il aime le répéter, pourrait s’apparenter à un programme d’extrême gauche anticapitaliste ; mais certaines de ses mesures sociales et économiques comme la sortie de l’Union Européenne, s’accorde avec la politique d’extrême droite. Son penchant complotiste renforce d’autant plus ce côté intriguant. Il se résume comme étant un candidat original, peut être un peu utopique, et très contesté. Malgré la suprématie dans le débat des « grand candidats », Jacques Cheminade reste l’assurance qu’il reste dans la démocratie française de la place pour des idées insolites.

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Timothé Perrier

Etudiant en terminale ES, qui n'a qu'une seule envie : comprendre le monde dans lequel il vit. Ma motivation quotidienne "je crois que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais" - Xavier Dolan.

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