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« L’Histoire mondiale de la France » : une entreprise collective au service du débat

« L’Histoire mondiale de la France » : une entreprise collective au service du débat
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Il paraît dans toutes les librairies depuis un petit peu plus d’un mois, se place dans le peloton de tête des meilleures ventes, et défraye la chronique. « L’Histoire mondiale de la France » est l’ouvrage historique de ce début d’année.


 

Parti de l’idée d’un travail collectif, Patrick Boucheron éminent normalien et professeur au collège de France, a réuni 122 de ses collègues afin d’écrire une Histoire de France resituée dans son contexte. Une Histoire de France synthétisée en 146 dates qui outrepassent sa vison uniquement par le prisme national. Qu’est ce qui exaspère alors autant Alain Finkielkraut l’Immortel, ou Eric Zemmour le mediatico-philosophe ?

Le génie français s’est absolument nourri du génie étranger, c’est un fait. Les hommes et femmes de lettres se sont inspirés de leurs voyages ou de leurs correspondances étrangères pour écrire, par exemple. On pense particulièrement à Marguerite Duras et à son Barrage contre le Pacifique, qui s’est largement inspiré de son adolescence en Indochine ; Simone de Beauvoir qui a pris conscience d’une « condition féminine », après avoir échangé avec les révoltés de la « condition noire » aux Etats Unis ; ou dans un registre plus ancien, Candide de Voltaire, qui fait parcourir la planète à son protagoniste naïf. Cependant, le plus farouche adversaire à cette entreprise, j’ai nommé Alain Finkielkraut, dénonce un relativisme culturel qui omettrait de citer les grands penseurs français qui ont influencé le monde. Ainsi la France serait « amputée de toutes ses merveilles« . « Et je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent » écrit-il, à propos du livre, dans une tribune adressée au Figaro. Alors en effet, les auteurs n’y ont pas fait figurer ces écrivains, dramaturges et philosophes, puisqu’ils ont décidé de raconter une Histoire de France sans grands hommes, ni héros. Mais serait-ce un affront à la culture que de parler de Catherine Deneuve ou de Bourvil, à la place de ces derniers ? Très peu, car aussi populaires soient-ils, et n’en déplaise à certains, il sont la culture française, c’est indéniable. Ils ont influencé le monde à leur manière. Non pas grâce à la traditionnelle littérature, mais grâce à leur talent de comédiens. Enfin, pour reprendre les termes de l’académicien, les auteurs seraient les « fossoyeurs du grand héritage français » ; au contraire, ils sont ses modernisateurs. Car ce que l’on enterre, c’est les morts. Le « grand héritage français, lui, reste vivant« , a ainsi rappelé Patrick Boucheron sur le plateau de Quotidien.

 

Un nouveau récit national, ou un contre-récit national ?

 

Avant tout, qu’est ce que le « récit national » ? Pour Vincent Duclert, chercheur historien, le « récit national » est l’enseignement d’une perception de l’Histoire, au service d’intérêts. De premier abord, ce n’est pas une entreprise idiote. L’Histoire est un grand enjeu, puisqu’elle est à la base de l’identité d’une société. Des événements que des individus auraient en commun vont les lier et créer un sentiment d’appartenance à un même groupe. Le candidat à la présidence François Fillon a dans cette optique, en août 2016, garanti qu’il s’entourerait de trois académiciens pour refaire les programmes scolaires afin de rendre fiers les français. Or l’Histoire est une science, et ne prétend pas par conséquent détenir le savoir. Elle est en perpétuel mouvement. Alors le « récit national » deviendrait dangereux à partir de ce moment, où l’enseignement devient à sens unique, lorsqu’il ne peut être remis en question, qu’il ne laisse pas place au doute, et qu’il ne supporte pas être interrogé. Les manuels scolaires d’Ernest Lavisse sous la IIIème République se voulaient de ce patriotisme qui passe par l’Histoire ; ils donnaient un certaine interprétation des événements. Plusieurs pensent donc que L’Histoire mondiale de la France, qui donne une vision bien particulière de l’Histoire, serait un ouvrage à nouveau sur le modèle de Lavisse, une sorte de « nouveau récit » national. Cependant, il faut cesser de croire qu’il faille absolument un récit établi. Ce livre se pose comme un argument qui permettrait de faire évoluer le débat.

De plus, certains remettent en question les intentions de cet ouvrage. Il serait une idéologie démagogue, ce qui n’est pas totalement faux car il propose une certaine « doctrine » de l’Histoire. Mais chaque historien serait par conséquent aussi un idéologue au service du peuple, peu importe ses travaux. Alain Finkielkraut, lui, ira même jusqu’à penser que ce livre avoue les fautes de la France et la dette qu’elle a envers les pays arabes, comme une espèce de repentance. Ce qui serait, selon lui, la réponse qu’ils donnent à l’islamisme radical. Ainsi, ils videraient la France de sa culture au nom du combat contre terrorisme. Dans l’hypothèse où les auteurs aient poursuivi cette fin, il ne faudrait pas dépolitiser la haine de l’occident, et comprendre que nous y sommes peut être pour quelque chose. Selon Eric Zemmour enfin, c’est « une arme de gros calibre au service de l’historiquement correct« . Encore une fois L’Histoire mondiale de la France serait au « service » d’une certaine cause. Soit. Mais il serait insultant de dire que ses auteurs voulaient que l’opinion des lecteurs ne se fasse qu’à sens unique après lecture. C’est même le phénomène inverse qu’ils souhaitaient.

 

En définitive, nous ne pouvons comprendre la France sans resituer chaque événement au milieu des relations internationales. Fernand Braudel expliquait cela à merveille. En demandant à des enfants de pointer du doigt sur une carte les pays voisins à la France, il confirmait ainsi le fait qu’elle était un espace géographique qui ne pouvait être admis que si il était situé dans un autre espace : le monde qui l’entoure. Cet ouvrage relance donc le débat de la mémoire d’une nation, et des enjeux dans le présent qu’elle entraîne. Il marque un retour de l’intellectualisme dans la vie politique, et un souffle de démocratie dans cette campagne présidentielle. Il replace le citoyen dans le débat en lui permettant de comprendre différemment son Histoire, et de prendre les bonnes décisions dans le futur, pour lui et pour les autres. 

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Timothé Perrier

Etudiant en terminale ES, qui n'a qu'une seule envie : comprendre le monde dans lequel il vit. Ma motivation quotidienne "je crois que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais" - Xavier Dolan.

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