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L’Homme au cœur de la photographie, entre représentation du corps et récit de vie

L’Homme au cœur de la photographie, entre représentation du corps et récit de vie
Les ambassadeurs de la MP

Au rendez-vous à la Maison de la Photographie : corps au regard de la nature, numérologie et récits de vies sous forme de portraits. Retour sur le vernissage du 3 mars qui nous a fait découvrir les séries de Borys Makary, Connection et They were et de Jeffrey Wolin, Pigeon Hill : Then + Now.


 

Lorsque les portes s’ouvrent, les visiteurs investissent les lieux et se répartissent dans les différents espaces de la Maison de la Photographie qui inaugurait ses deux nouvelles expositions. A découvrir, trois compositions singulières. Deux séries de Borys Makary : Connection et They were et une collection de Jeffrey Wolin : Pigeon Hill : Then + Now.  L’Homme est au cœur des compositions mais de manières très distinctes.

 

Pigeon Hill : Then + Now

 

Jeffrey Wolin est professeur de photographie à l’université d’Indiana. Il présente une série de portraits effectuée entre 1987 à 1991 des habitants de la résidence de Bloomington, Crestmont, situé sur la côte ouest. Celle-ci est plus connue sous le nom de « Pigeon Hill ». En 2010, il décide de retrouver les personnes qu’il avait photographiées vingt ans plus tôt. L’artiste doit alors réaliser un authentique travail d’investigation afin de les retrouver. Portant un intérêt aux sujets de la mémoire et du traumatisme, le travail de Jeffrey Wolin articule images et textes. La juxtaposition des portraits transcrivent les effets du temps. Les inscriptions sur les photos écrites par les sujets des portraits nous retracent les trajectoires de vie de chacun.

La situation de nombreux de ces habitants reste très précaire, quand d’autres font maintenant partis de la classe moyenne. Les visages très expressifs nous désarment devant des parcours de vie le plus souvent très éprouvants.

 

 

Les visiteurs regardent, constatent les traces du passage du temps entre les deux portraits. « C’est impressionnant de revoir ces personnes vingt ans après et de voir ce par quoi elles sont passées » témoigne l’une d’entre eux. Ils s’attardent aussi sur les textes donnant une dimension encore plus profonde à l’évolution de chaque sujet photographié. « Cette série me bouleverse beaucoup par toutes ses histoires tristes mais elle redonne de l’espoir aussi quand on découvre les évolutions de certains » confie Marceau, jeune amateur d’art.

Borys Makary, second artiste exposé réalise des photographies conceptuelles et créatives. Présent au vernissage, il a présenté deux de ces séries : Connection et They were.

 

Connection

 

Connection est composé en arrière-plan de grands paysages avec au centre toujours une femme nue de dos immiscée au cœur de cet horizon. Les photographies semblent presque irréelles, les visiteurs se questionnent : « Je n’arrive pas à savoir si c’est vrai ou si elle est rajoutée », s’interroge l’un d’eux. Le contraste est considérable entre l’immensité  du panorama et le corps qui occupe une place centrale de la photo. Mais celui-ci est d’une telle blancheur qu’il se détache du reste.

 

 

Borys Makary revient sur les envies qui l’ont porté pour cette série. L’objectif était de retranscrire en photos la femme d’aujourd’hui. La femme moderne montrée dans la société sous des couches de vêtements, est ici nue, l’artiste s’inspirant de l’esthétique romantique. Connection joue sur le corps de la femme : elle est ouverte à la nature mais se soustrait à nous, ne laissant apercevoir son corps que de dos. Il a choisi de ne montrer aucun visage pour ne transmettre ni les émotions et ni la personnalité des sujets photographiés. Ici le corps est le symbole d’une nature féminine universelle.

 

They Were

 

They were a pour même objet le corps. Ici il est coupé, rassemblé, inversé. Cette série est formée de négatifs sur lesquels l’artiste a peint à la main des signes et des chiffres en référence à la numérologie. Ils traduisent la personnalité du modèle photographié. Chaque photo raconte l’histoire d’une femme différente.

« Nous aimons beaucoup les photos de corps surtout quand il est représenté sous des angles inattendus. On pourrait presque y voir des paysages martiens parfois ! » témoigne un couple d’amateurs d’art, « la numérologie donne une dimension encore plus importante à ces photos, elle offre une tout autre lecture ». Les visiteurs sont en effet amenés à effectuer un réel travail de déchiffrage pour découvrir derrière ces corps les significations de ces symboles. L’artiste nous explique que par exemple le 5 est le signe de l’intelligence, les ailes symbolisent la liberté et la lettre X, l’inconnu. Il nous encourage à lire les photos, à en trouver les sens pour décrypter l’histoire de ces femmes, comprendre qui elles sont.

Aussi, le photographe nous apprend que le négatif a une place particulière dans l’histoire dans la photographie. On lui attribue de nombreuses caractéristiques notamment la capacité de montrer la face cachée du monde car le négatif offre une perspective différente de notre vision. Il met en lumière certaines zones inattendues de ces corps.

 

 

Intéressé par l’esthétique, Borys Makary affirme qu’il n’est donc pas fermé à une seule représentation du corps. Ses deux expositions sont très différentes dans leurs figurations de ce corps mais elles ne montrent jamais de visage contrairement à la série de Jeffrey Wolin. Arnaud, scénographe à la Maison de la Photographie confirme « Jeffrey Wolin est de l’ordre du reportage alors que Borys Makary travaille les représentations de corps et de paysages ». Il explique ce choix d’exposer ces deux artistes « c’est le principe à la Maison de la Photographie, on aime bien proposer des séries de photographies qui tranchent, spécialement si ce ne sont pas les mêmes artistes ».

 

Ces deux expositions nous font donc vivre deux expériences très distinctes. Elles sont marquées de récits autobiographiques, de passage du temps d’un côté et d’esthétique de la nature féminine de l’autre.

Une troisième série de Borys Makary, Factice, s’est ajoutée cette semaine à la Maison de la Photographie. Elle était exposée à la foire Art Up! d’art contemporain qui se tenait du 2 au 5 mars à Lille.

 

Connection, They Were, Factice et Pigeon Hill : Then + Now, disponibles jusqu’au 17 Avril à la Maison de la Photographie. Ouvert jeudi et vendredi de 10h à 18h, samedi et dimanche de 14h à 18h.

 

Manon Selli

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