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L’OTAN, une alliance obsolète ?

L’OTAN, une alliance obsolète ?
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Vingt-cinq après la fin de la Guerre froide l’ancien antagoniste du Pacte de Varsovie, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), est encore là. Pourtant, en dépit des nouvelles menaces provenant de la Russie et du Moyen-Orient, l’organisation est mise sur la sellette. Qualifiée d’obsolète, l’OTAN est dans la ligne de mire de l’« America First » de Donald Trump. Tour d’horizon sur notre bouclier défensif qui semble s’effriter.


 

Des dissensions internes

Ces derniers mois, les divergences stratégiques ont affaibli la position occidentale. Les purges massives perpétrées en Turquie à la suite du coup d’État avorté du 15 juillet 2016, avaient entraîné de facto un rappel à ordre de l’ex-secrétaire d’État américain John Kerry qui avait souligné que les responsabilités démocratiques allaient de pair avec l’adhésion de l’OTAN. Consécutivement, le président turc Erdogan a, en plus de sa dérive autoritariste, entamé un rapprochement avec Vladimir Poutine au dépend de l’Alliance (OTAN) qui unit la Turquie et l’Occident. La position ambiguë de l’autorité turque a même été à l’origine de plusieurs rumeurs sur une éventuelle relocalisation de quelques dizaines de têtes nucléaires américaines vers la Roumanie.

Au-delà de ces dissonances internes, malgré la « garantie » que l’Alliance symbolise pour les pays les plus démunis militairement face aux grandes puissances comme la Russie, et le poids qu’elle procure à l’Occident dans les relations internationales, l’avenir de l’OTAN s’inscrit en pointillés avec l’Amérique façon Donald Trump.

Depuis son élection le milliardaire répète son hostilité à l’égard de l’Europe et multiplie les prises de position. L’« American First » prônée par le président républicain assure que le financement de l’Alliance ne doit plus dépendre uniquement des États-Unis, mais doit faire appel à une augmentation de la participation des autres membres faute de quoi, l’Europe devra se débrouiller seule. L’animosité de Trump vis-à-vis de la Chine suscite des débats, et la priorité de l’Amérique semble de plus en plus se tourner vers elle avec une hypothétique « guerre commerciale », au détriment de d’Europe. Le rapprochement entre les États-Unis et la Russie envisagé par Trump, crée en Europe – notamment à l’Est – une véritable angoisse de voir l’« assurance-vie » américaine disparaître. Ces incertitudes inquiètent les leaders européens comme les responsables allemands qui exigent de la clarté dans la politique extérieure de l’administration Trump.

 

Un bouclier essentiel

 

Selon son ex-secrétaire général Hastings Lionel Ismay, elle avait pour but de « garder les russes à l’extérieur, les américains à l’intérieur et les allemands sous tutelle. » À la suite de la dislocation de l’URSS, beaucoup pensaient que l’organisation était à son crépuscule, car dépourvue d’objectifs. Néanmoins, l’effondrement du bloc de l’Est offrait une possibilité de renouvellement dans un cadre inédit, caractérisé par le décuplement des interventions militaires américaines et internationales mais aussi des missions humanitaires ou de surveillances.

Véritable « gendarme » du monde libre, l’OTAN est aussi le bras armé des Nation Unies. En 1995, la guerre d’ex-Yougoslavie est le conflit européen le plus meurtrier depuis 1945, et il ne prend fin qu’à la suite d’une incursion de forces otaniennes en territoire yougoslave. Mais c’est après l’effondrement des tours jumelles new yorkaises le 11 septembre 2001 que l’Alliance atlantique va mener l’une de ses plus symboliques opérations. Oussama Ben Laden est désigné responsable des attentats du World Trade Center, et l’Amérique exige que justice soit faite. Fer de lance de l’occupation occidentale en Afghanistan, le traité Atlantique doit à présent, comme il est défini dans ses nouveaux concepts stratégiques, « défendre ses membres contre les menaces planétaires: le terrorisme, la dissémination des armes de destruction massive et les États faillis. »

Militairement incontestable, l’Alliance sous l’autorité de l’hyperpuissance américaine est devenue un rempart plébiscité par les nouveaux États d’Europe de l’Est libérés face à la Russie renaissante de Poutine qui nourrit l’ambition de rebâtir son influence d’antan. Ainsi, en grignotant l’ancienne sphère soviétique avec l’admission de ses anciens pays satellites, l’Alliance n’a jamais compté autant de membres (28 aujourd’hui).

 

Extension de l'OTAN à l'Est

Extension de l’OTAN à l’Est (© diploweb.com)

 

Ces intégrations successives amènent une politique de renforcement du dispositif de défense suite à l’insistance des pays frontaliers à la Russie. L’OTAN, sous l’impulsion des États-Unis a multiplié ces dernières années les exercices militaires et les mobilisations de troupes en Europe de l’Est : « Anakonda », en juin dernier, constituait les plus vastes manœuvres d’entraînement depuis le démantèlement de l’URSS tandis que « Saber Guardian » (2017) et « Trident Juncture » (2018) s’inscrivent dans la même lignée.

« Nous interprétons cela comme une menace pour nous, pour nos intérêts et notre sécurité », a affirmé le Kremlin par la voix de son porte-parole , Dimitri Peskov. En effet, cet élargissement de l’Alliance à l’Est accompagne un resserrement de l’étau américain autour de la Russie. En janvier dernier, plus de 4 000 soldats américains ont été déployé en Pologne pour réassurer le soutien de l’Alliance atlantique et la dissuasion nucléaire américaine est en passe d’être renforcé. De plus, dans les années à venir l’US Army fera étalage de nouveaux types d’armements à la pointe de la technologie (sous-marins de classe Virginia, le porte-avions USS Gerald-Ford, bombardier furtif B-21 Raider) et terminera la mise en place du fameux bouclier antimissile européen d’ici 2018.

Dans ce contexte géopolitique hasardeux, l’Europe est pris d’une peur de déclin engendrée d’un côté, par la solitude qui se dessine avec l’éloignement de son protecteur américain ; d’un autre côté, par la fragilité de ces positions géostratégiques. Mais cette nouvelle conjoncture, libérée des pressions britanniques -grâce au Brexit- et américaines, ne serait-elle pas là l’occasion d’aboutir une vraie défense européenne ? 

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Diego Beaumont

Lycéen en Première ES. Derrière mon sourire attendrissant se cache un féru d'histoire et de politique ayant un projet : Intégrer Science Po !
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