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Médias et démocratie à l’aube de l’élection présidentielle

Médias et démocratie à l’aube de l’élection présidentielle
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La récente controverse suscitée par la programmation sur TF1 d’un débat politique entre les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle relance la question de la qualité démocratique des médias télévisés.


 

Une annonce qui fait du bruit

 

Le 21 février dernier, la chaîne annonce l’organisation d’un débat politique programmé pour le 20 mars 2017, auquel participeront François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. De vives critiques ont aussitôt fusé, notamment de la part de Nicolas Dupont-Aignan, « exclu » pour l’instant du débat de TF1, mais aussi de Marine Le Pen et François Fillon, dénonçant comme une pratique peu démocratique le favoritisme de la chaîne envers les cinq candidats invités. La chaîne France 2, quant à elle, prévoit le 20 avril d’organiser un débat avec tous les candidats officiellement déclarés. En comparant cette initiative avec celle de TF1, d’aucuns pourraient effectivement s’interroger sur les règles régissant le « jeu médiatique » : n’entend-on pas régulièrement parler d’égalité du temps de parole pour les candidats ? L’initiative de France 2 ne respecte-t-elle pas davantage le principe démocratique en permettant à tous les candidats de s’exprimer ? Et si tel est le cas, pourquoi TF1 n’est-elle pas sanctionnée ?

 

Équité versus égalité du temps de parole dans les médias

 

Si la décision de TF1 est vivement critiquée, elle n’en reste pas moins conforme, pour l’instant, aux règles édictées par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Effectivement, la différence majeure entre les décisions de TF1 et de France 2 se situe au niveau du calendrier. La liste officielle des candidats à l’élection présidentielle de 2017 sera publiée par le Conseil Constitutionnel le 20 ou 21 mars 2017. Avant cette date, les candidats à l’élection présidentielle présentés par les médias sont donc ceux qui se sont déclarés ou qui sont présumés comme tels. Or, au cours de cette première période et jusqu’au 10 avril, le CSA impose l’équité du temps de parole et du temps d’antenne, et non l’égalité de ces temps comme ce sera le cas à partir du 10 avril. Quelle différence entre ces deux termes pourtant proches ?

L’égalité, par définition, prône un traitement identique pour qu’aucune des parties ne soit favorisée au détriment de l’autre. L’équité en revanche, également fondé sur un principe de justice, prend davantage en compte la personne et/ou les caractéristiques de la situation pour assurer un traitement juste des parties. Métaphoriquement, cette différence s’illustre parfaitement dans le cas des frais de scolarité. En appliquant le principe d’égalité, tout le monde paye la même somme : la règle est identique pour tous, en apparence aucune des parties n’est favorisée ni lésée. En appliquant le principe d’équité, la somme à payer est indexée sur le revenu des parents afin que les foyers modestes puissent tout de même avoir accès à l’école en question et qu’il y ait ainsi un équilibre entre familles aisées et modestes, sans désavantager aucune des parties.

 

TF1 : fautif ou non ?

 

Revenons maintenant au CSA : selon ses indications, les deux critères retenus pour déterminer les conditions d’équité sont la « représentativité » des candidats, mesurée par leurs derniers résultats en date (ou ceux de leur parti), et leur « implication dans la campagne », mesurée par toutes les initiatives menées pour faire connaître le ou la candidat(e) et son programme politique.

Eu égard à ces critères énoncés par le CSA, il apparaît que l’annonce de TF1 semble bel et bien conforme à la réglementation sur ce sujet, bien qu’elle s’impose aux limites de ces règles. En effet, en diffusant le débat le 20 mars, il ne resterait que vingt-quatre heures à la chaîne pour proposer aux autres candidats une possibilité de « rattraper leur retard ». Le CSA doit s’exprimer sur la question dans les jours à venir.

 

Et la démocratie ?

 

En dehors de la conformité (pour l’instant) aux règles, on peut s’interroger sur le bien-fondé de la décision de TF1, étant donné qu’elle fait ainsi disparaître du débat politique médiatisé les « petits » candidats, c’est-à-dire ceux issus de partis moins plébiscités et dont les initiatives pour se faire connaître et diffuser leurs idées ne sont pas considérées comme suffisamment étendues. Pour sélectionner les candidats, TF1 a annoncé se référer plus précisément au seuil des 10% d’intentions de vote : les candidats ne les atteignant pas ne sont donc pas conviés au débat, pratique qui semble favoriser les intérêts médiatiques et satisfaire le diktat de l’audimat, apparaissant ainsi aux antipodes de la démocratie.

Cela changera néanmoins après le 10 avril, c’est pourquoi France 2 invitera tous les candidats le 20 avril : non par élan démocratique mais par obligation compte tenu des indications du CSA. Celui-ci précise qu’à partir du 20-21 mars, la liste officielle des candidats à l’élection présidentielle de 2017 sera publiée par le Conseil Constitutionnel. Après cette date, en plus de l’équité du temps de parole et du temps d’antenne des candidats et de leurs soutiens, sont imposées des « conditions de programmation comparables », en tenant compte de la nature des programmes et des horaires auxquels ils sont diffusés. La campagne dite « officielle » débutera le 10 avril, date à partir de laquelle le CSA impose cette fois-ci l’égalité du temps de parole et d’antenne des candidats et de leurs soutiens.

 

De cette manière, si la décision de TF1 est aux extrêmes limites des règles en vigueur, elle ne les enfreint pas si l’on se réfère aux règles édictées par le CSA, dont l’avis sur la question est impatiemment attendu par les candidats écartés du débat. Sachant que ceux que nous appelons aujourd’hui les « candidats » sont en réalité les « candidats déclarés » et « candidats présumés », les plus actifs d’entre eux bénéficient d’une plus grande audience, du fait justement de cette plus grande activité. Cette dimension est consciencieusement prise en compte par les hommes et femmes politiques qui, à coup de phrase choc sur la colonisation, d’apparition révolutionnaire en hologramme ou de réactions immédiates aux problèmes de société comme les violences policières, mettent tout en œuvre pour tirer profit de cette valse dangereuse pour mieux entrer dans le jeu médiatique de la politique. La démocratie, elle, semble avoir été oubliée dans le processus au profit de ce que l’on appelle communément la « médiacratie ».

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Léa Szulewicz

Etudiante à Sciences Po Paris, passionnée par les médias et les relations internationales. En échange à University of British Columbia (Vancouver, Canada) pour l'année 2017-2018. Twitter : @LeaSzulewicz

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