Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

One Comment

Philippe Poutou et les journalistes: Je t’aime… moi non plus !

Philippe Poutou et les journalistes: Je t’aime… moi non plus !
mm

Le Nouveau Parti Anticapitaliste a tenu, lundi dernier, une réunion publique à la maison des syndicats de Strasbourg avec son candidat, Philippe Poutou. Ce dernier est notamment revenu sur son passage dans l’émission On n’est pas couché et son rapport compliqué avec les médias. 


Lundi 6 mars à 20h15, la grande salle de la maison des syndicats de Strasbourg est pleine à craquer, il y a presque autant de monde assis que debout. Face à cette salle pleine, deux longues tables modestes avec cinq intervenants du NPA. La dernière prise de parole avant celle du candidat est celle d’un ouvrier de PSA Mulhouse qui termine son propos par : « Quand on a vu ‘On n’est pas couché’ on s’est tous senti insultés, un crachat sur les salariés. Il y avait vraiment une grosse colère et je tenais quand même à le souligner » avant d’être longuement applaudit par toute la salle.

 

« On me dit : ‘Ruquier est un con’, mais en attendant Ruquier est le seul à nous avoir invité »

Samedi 25 Février le candidat s’est retrouvé au milieu d’un plateau hilare à la suite d’une question de Vanessa Burgraff à propos de la proposition du NPA d’interdire les licenciements. Applaudissements du public, rires et blagues des invités et des chroniqueurs, une scène emprunte de mépris vis-à-vis du candidat que la production n’a pas jugée nécessaire de couper au montage.

 

 

Toujours dans la salle de la maison des syndicats, quelque part entre 21h30 et 22h, après avoir parler d’éducation populaire et de révolution, de lutte, de chômage, de démocratie, de parrainage, d’expropriation et d’inégalités vient le temps des questions de la salle. A celle sur son rapport aux médias il répond :

« On n’arrive pas à exister, d’ailleurs jusqu’à fin Janvier on était complètement inexistants. Finalement Ruquier c’est pas tellement révélateur, c’est juste un aspect. Mais le mépris dans les médias, le fait qu’ils ne nous prennent pas au sérieux s’illustre surtout pas le fait qu’ils ne nous invite même pas. On me dit : ‘Ruquier est un con’, mais attendant Ruquier est le seul à nous avoir invité et si je n’étais pas allé dans son émission on en parlerait même pas . Par exemple à France 2, TF1 etc il n’y a AUCUNE invitation, zéro. Libé 0 article sauf celui d’aujourd’hui sur le désarmement de la police, le Monde, le Figaro… 0 article à part faire une brève pour se foutre de la gueule de Poutou qui n’a pas ses parrainages ». 

 

Un espace médiatique restreint

 

Nous avons donc épluché les archives du 1er février au 5 Mars de la presse écrite, de la radio et de la télévision et, en effet, l’espace médiatique consacré au candidat du NPA est infime.

Sur cette période Le Monde n’a publié que six articles où le nom de Philippe Poutou apparaît dont trois où il n’est que cité, alors que le nom de Marine Le Pen apparaît sur cette même période plus de 341 fois. On compte sur Libération onze articles dont seulement un où il est vraiment sujet du candidat contre 265 articles citant Hamon et 433 Fillon. Et, contre toute attente, la palme d’or revient au Figaro avec sur cette même période vingt articles où le nom du candidat du NPA est cité avec plus de six articles le concernant.

 

Occurrence du nom des candidats dans les articles ayant été publiés du 1er Février au 5 Mars sur la version web des journaux

 

Les relevés du CSA concernant le temps d’antenne de chaque candidat à la télévision et à la radio viennent, eux aussi, confirmer les propos du candidat. Il est important de noter que nous avons choisi de nous appuyer, non pas sur le temps de parole, mais sur le temps d’antenne (qui comprend le temps de parole) afin d’avoir une vision plus globale de la répartition du temps d’antenne entre les candidats.

Relevés des temps d’antenne du CSA du 1er Février au 5 Mars

 

Enfin, en ce qui concerne la radio et toujours sur la période du 1er février au 5 Mars la représentation du candidat-ouvrier n’est pas plus élevée. Sur France Inter il a le droit à 8 minutes d’antenne, 20 minutes sur France Info (ce qui ne représente, en réalité, que 0.61% de temps d’antenne par rapport aux autres candidats), une minute sur RTL et presque trois sur Europe 1. En somme jamais plus de 1% du total de temps d’antenne dédié aux candidats à la présidentielle.

 

« Il ne faut pas oublier qu’un journaliste reste un salarié dans une entreprise »

Le candidat  explique cette inexistence médiatique (fardeau qu’il partage d’ailleurs avec les autres « petits candidats ») par deux points :

  • Un journaliste est aussi un salarié dans une entreprise

« Il ne faut pas oublier qu’un journaliste reste un salarié dans une entreprise… Aujourd’hui un journaliste avant même de se faire censurer s’auto-censure parce qu’il ne veut pas risquer de se faire virer. A BFM par exemple, on m’avait invité pour 20 minutes et finalement je n’ai parlé que 3 minutes, l’info venait de changer juste avant, y’avait l’information judiciaire de Fillon. J’étais là et ils ne savaient plus quoi faire de moi, ils étaient emmerdés. J‘étais pendant 14 minutes sur le plateau sans parler et à un moment donné ils me posent une question – alors qu’on était censés parler du programme du NPA – sur l’affaire Fillon. Voilà ces trois minutes c’était l’espace NPA de BFM et maintenant voilà, c’est trop tard, c’est fou quand même.

Mais le point important de cet épisode c’est qu’à la fin, quand je pars, la personne qui vient me chercher dit aux autres qu’ils doivent faire des heures supplémentaires jusqu’à 22h. Les salariés de BFM ont râlé en expliquant qu’ils commençaient le lendemain à 6h30 du matin, les médias finalement c’est comme dans toutes les entreprises avec les mêmes rapports de salariés à chef. »

L’extrait est à retrouver ici à partir de la 7ème minute

 

  • A qui appartiennent les médias ? 

« Les médias ont résolut le problème en ne parlant pas du tout de nous. Cependant ce qu’on dit nous c’est que les médias appartiennent aux capitalistes : Bolloré, Drahi, Niel, Dassault, Bouygues…  Ils font parti des 20 plus grosses fortunes. Donc nous ce qu’on dit c’est qu’il ne faut pas que l’information soit entre leurs mains, et d’ailleurs il faut rien laisser entre les mains des capitalistes, vous l’aurez compris. Dès qu’ils touchent à quelque chose ils l’abîment. » 

Pour plus d’informations sur ce sujet, Le monde diplomatique et ACRIMED (Action-Critique-Médias) ont récemment créé une infographie regroupant tous les propriétaires des principaux médias français, elle est à retrouver ici.

Enfin une des autres explications de ce désamour est que le candidat est un moins « bon client » pour les médias que son camarade Olivier Besancenot. Parce que, malgré un grand humour, il reste moins spectaculaire que Besancenot et ses envolées lyriques militantes qui ont fait de lui un habitué des plateaux. Il est la figure du NPA, plus que Poutou, et c’est peut être aussi ça le problème finalement.

 
Il est maintenant 23h, à la maison des syndicats de Strasbourg la réunion publique touche à sa fin et la salle se vide doucement. En sortant on est accueilli par une allée de militants qui distribuent leurs journaux alternatifs et leurs publications mensuelles. Et si finalement, face à l’indifférence qu’affichent les médias traditionnels à son égard, l’extrême gauche avait décidé de se faire son propre porte voix ? 

The following two tabs change content below.
mm

Khedidja Zerouali

Etudiante en infocom en attendant de se rendre utile, le sud dans la voix et l'Alsace dans le coeur

Comments

Submit a Comment