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Pourquoi aller voir l’expo de Jeffrey Wolin à la Maison de la Photo de Lille ?

Pourquoi aller voir l’expo de Jeffrey Wolin à la Maison de la Photo de Lille ?
Les ambassadeurs de la MP

La Maison de La Photo lilloise accueille jusqu’au 17 avril les oeuvres de Jeffrey Wolin. Dénommée « Pigeon Hill : Then + Now », cette exposition retrace des histoires de vie, dans lesquelles vous vous reconnaîtrez probablement. En 1987, l’artiste américain décide de photographier les habitants d’un quartier de Bloomington situé dans l’Indiana, miné par la criminalité. 20 ans plus tard, il revient sur ses pas et réalise à nouveau leur portrait. On découvre alors comment ces derniers ont évolué. Et ça donne des frissons.


 

Avant – Après

 

De 1987 à 1991, Jeffrey Wolin réalise plus de 2500 portraits des habitants de la résidence de Bloomington, Crestmont, plus connue sous le nom de « Pigeon Hill ». À cette époque, le gouvernement et les médias soulèvent de nombreux problèmes de criminalité, de drogue (l’épidémie du crack est à son apogée) et de pauvreté. Après avoir avoir gagné un bourse du Guggenheim, le photographe travaille sur d’autres projets. La mémoire et le traumatisme constituent le fil rouge de son parcours. Vingt ans plus tard, il reconnaît une femme ayant participé à sa série de portait en Une d’un journal local. Elle venait d’être assassinée. Lui vint alors l’idée de retrouver ses modèles, en les photographiant une génération plus tard. « Certains résidents vivent encore sur la colline, pendant que d’autres ont déménagé dans les appartements situés dans les environs. Malheureusement, certains sont décédés, d’autres en prison ou alors sont partis » explique-t-il lors du vernissage. Bien que la situation de beaucoup d’entre eux reste précaire, certains font désormais partie de la classe moyenne. Le système judiciaire a rattrapé nombre de ces personnes, notamment pour des délits non-violents tels que le non-paiement d’une pension familiale ou à cause de la consommation de drogues.

 

 

Un récit sans jugement

 

« L’Amérique a le plus haut taux d’incarcération du monde. Bien que ces questions soient abordés dans cette série, mon principal intérêt principal reste les visages eux-mêmes, spécialement quand ils sont juxtaposés avec les anciens portraits. On peut voir les effets du temps qui passe et la façon avec laquelle les expériences de la vie (bonnes ou mauvaises) ont marqué ces visages ouverts et expressifs » explique Jeffrey Wolin. Le photographe nous livre un récit. « Ça raconte une histoire, j’aime quand c’est réel » nous confie un visiteur. En seulement deux photos, on a l’impression d’avoir grandi à leur côté. Les différentes évolutions que décrit le photographe à travers l’image et le texte renvoient d’ailleurs à son propre vécu, à une moindre mesure. En effet, c’est le genre de personnes que l’on voit à la télévision. Jeffrey Wolin nous rappelle alors qu’elles existent, « dans la vraie vie ». Lui qui a eu la chance de grandir dans un milieu légèrement plus privilégié, réussit à les exposer sans les condamner. Il refuse de montrer un univers « gore », et parvient à ré-humaniser ces personnes. Les sourires en témoignent. Finalement, c’est rare de trouver une étude sociologique sans jugement. La photo exige souvent un parti pris. Ici, on ne sait pas ce que l’artiste pense réellement, étant donné qu’il fait parler les modèles.

 

Des photos que l’on a envie d’emporter avec soi

 

« Pigeon Hill : Then + Now », c’est aussi un travail esthétique. Jeffrey Wolin propose une exposition agréable à l’oeil, dans le but de modérer le jugement inconscient de l’observateur. Il choisit la couleur sépia, afin éviter l’aspect dramatique. L’histoire n’est pas toute noire ou tout blanche. Il humanise ses modèles avec un texte écrit à la main, présent sur chaque photographie. Vous l’avez compris, la puissance de cette série réside dans le fait qu’elle fonctionne en diptyque. L’habitant de « Pigeon Hill » n’est pas figé sur le papier, dans la mesure où sa vie a évolué, dans le bon ou le mauvais sens. « Est-il plus heureux aujourd’hui ? » se demande-on face à chaque personnage. Le deuxième portrait nous répond. Ces photographies en binômes permettent aussi de prendre du recul. Par exemple, lorsque l’on observe Kevin, en 1988, qui vient de se faire tirer dessus, nous vient à l’esprit qu’il doit faire partie d’un gang. Puis lorsque l’on se rapporte au texte du deuxième portrait, l’on prend conscience qu’il n’a jamais intégré un tel groupe. Ce n’est pas parce que le crime est fréquent dans cette ville, que tous ses habitants sont des criminels. Et ce recul, on le perçoit dans le regard de chacun des personnages. Alors qu’ils paraissent dévastés dans un premier temps, il semblent plus apaisés par la suite. Preuve que le temps recouvre les plaies.

 

N’attendez plus, vous avez jusqu’au 17 avril pour vous rendre à La Maison de la Photo de Lille. Avec seulement 3€ en poche pour les étudiants, prenez le métro direction Fives, du jeudi au dimanche.



Alix Guiho

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