Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

One Comment

En Roumanie, le peuple prend les choses en main

En Roumanie, le peuple prend les choses en main
mm

Février 2017 restera sans doute dans la mémoire populaire roumaine l’un de ces moments où l’histoire hésite, bégaye et se joue. Des marées humaines déferlant sur la Piata Victorei (place de la Victoire), une fronde politique menée par le président Iohannis et des scandales de corruption à répétition ; telles sont les épreuves que le gouvernement de Sorin Grindeanu tente de surmonter. Le peuple se lève, le gouvernement se courbe et l’histoire est en marche. Retour sur les événements marquants de ce mois de février.


 

L’incertitude politique

 

Avec le soutien de la majorité sociale-démocrate, le Premier ministre M. Grindeanu échappe facilement à la mention de censure déposée par l’opposition libérale. Les libéraux, alliés du président Klaus Iohannis et menés par l’ancien Premier ministre Catalin Predoiu, dirigent en effet la fronde au parlement contre le gouvernement. La tension, exacerbée par les déclarations de chaque camp, prend ses sources dans l’adoption inattendue d’un décret extrêmement controversé. Ce décret, immunisant les responsables politiques reconnus coupables d’abus de pouvoir si celui-ci ne porte pas un préjudice à la société de plus de 44 000 euros (plus de 8 ans de travail au salaire mensuel moyen en Roumanie), a été adopté, de nuit, le 31 janvier 2017.

La classe politique, extrêmement clivée, se divise en deux camps plus ou moins identifiés : d’un côté celui du Premier ministre Sorin Grindeanu qui a pris le pouvoir mi-janvier 2017. Il est soutenu par le Parti social-démocrate (PSD) de Liviu Dragnea. L’autre camp est celui de Catalin Preadoiu, ancien Premier ministre libéral, soutenu par le président Klaus Iohannis et fort d’une coalition d’environ 160 élus exhibants à la chambre un brassard dont l’inscription est sans appel : « demisia » (démission). Caractérisé par des discussions houleuses et des déclarations incendiaires, le débat semble presque impossible entre les deux coalitions… M. Grindeanu, réagissant à la déclaration de M. Preadoiu qui a qualifié le décret de « honteux », a demandé la démission du président Iohannis. Cédant à la pression des manifestants, Grindeanu a fini par abroger le décret le 4 février. Malgré cela, la rue continue le combat.

 

« Laura t’attend ! »

 

C’est le slogan adressé à Liviu Dragnea, social-démocrate et soutien du Premier ministre, scandé à de nombreuses reprises par les manifestants en Roumanie, l’un des rares pays où une procureure est acclamée par la foule. Cette procureure, c’est Laura Codruta Kövesi, la cheffe du parquet anti-corruption et figure de la justice roumaine. Considérée par beaucoup comme un modèle d’intégrité, elle est réputée pour son intransigeance envers les politiques corrompus. L’as roumaine de la lutte contre la fraude peut se targuer d’avoir poursuivi « un Premier ministre, cinq ministres, seize députés, cinq sénateurs, 97 maires ou maires adjoints, quinze présidents ou vice-présidents de conseils départementaux, 32 directeurs de compagnies publiques ». Toujours selon le DNA (Parquet national anti-corruption), le montant de l’ensemble des fraudes de ces politiques serait d’environ 500 millions d’euros (55 000 fois le PIB par habitant en Roumanie). Toutefois accusés de faire des enquêtes « politiques » par ses détracteurs, cette institution et sa leader Mme Kövesi sont considérés comme indispensables par de nombreux Roumains et se dote de moyens importants pour garantir une lutte efficace contre la corruption.

Mais Mme Kövesi possède également son antithèse, du nom de Liviu Dragnea. Président du PSD et grand soutien de Sorin Grindeaunu, l’homme de 54 ans est très souvent hué par la foule lors de ses apparitions : empêtré dans de nombreuses affaires, il est soupçonné d’avoir orchestré la mise en place du décret du 31 janvier dans l’objectif d’éclaircir sa propre situation judiciaire. Habitant dans une villa de 7 000 mètres carrés, soupçonné d’emplois fictifs, de financement illégal de campagne ou encore de fraudes électorales, l’influent leader social-démocrate au Parlement est un encombrant soutien pour Grindeanu tant son impopularité est grande, notamment dans la capitale, Bucarest. Il n’en reste pas moins le chef parti ayant remporté 45 % des suffrages aux législatives de 2016.

 

Bien qu’ayant perdu en intensité, la mobilisation se maintient. Loin d’être découragés, les Roumains, animés par un réel désir de justice, multiplient les appels du pied à l’Union européenne et demandent une Europe garante des valeurs de la méritocratie et de la lutte contre la corruption. Par ailleurs, les rassemblements sont également caractérisés par une incroyable hétérogénéité sociale et politique : libéraux, sociaux-démocrates, instituteurs, fonctionnaires, salariés, étudiants, intellectuels, chômeurs, jeunes et personnes âgées marchent côte à côte pour prendre leur destin en main, comme l’avaient fait leurs parents, leurs cousins, leurs amis ou eux-mêmes, il y a 28 ans de cela.

The following two tabs change content below.
mm

Vianney Savatier

Lycéen de 1er ES. Mon cœur balance souvent entre Cobain et Musset, mes oreilles entre Gainsbourg et Georgio.
mm

Derniers articles parVianney Savatier (voir tous)

Comments

  1. Estée

    Texte passionnant et insruitif écrit avec prouesse.

Submit a Comment