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Trump et la politique étrangère : le retour du néoconservatisme ?

Trump et la politique étrangère : le retour du néoconservatisme ?
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Donald Trump n’a pas attendu longtemps avant de mettre en place une vague de mesures, qui ont fait couler beaucoup d’encre. En ce qui concerne la politique intérieure, il y a consensus pour dire que le nouveau Président applique son programme à la lettre. Mais qu’en est-il de la politique étrangère ? 


Souvent désigné de manière un brin naive comme le futur déclencheur de la Troisième Guerre mondiale, Trump semblait porteur d’une nouvelle forme de pensée diplomatique. Président depuis plus d’un mois maintenant, il convient de revenir sur les premiers pas de la « Doctrine Trump ». Réelle rupture ou bien continuité ?

Retour sur une campagne ambiguë 

Revenir sur la campagne du magnat de l’immobilier n’est pas une mince affaire. Entre incohérences, hésitations, changements d’opinions, dégager une idéologie structurée est en effet une tâche fastidieuse. Au niveau de la politique étrangère, on avait pourtant rarement vu un candidat Républicain aussi peu porté vers l’interventionnisme que Trump. De manière générale, le natif du Queens s’opposait à tous les grands principes qui régissent la diplomatie américaine depuis la fin de la Guerre Froide. Preuve en est qu’il a, au cours de la campagne, dénigré les interventions occidentales en Irak et en Libye, fustigé les alliés de l’OTAN, affiché un rapprochement avec Vladimir Poutine, et critiqué à plusieurs reprises l’Arabie Saoudite et les autres puissances du Golfe.

Comme expliqué précédemment, le programme de Trump est apparu comme très opaque, et truffé d’incohérences. Ses prises de positions sur l’invasion de l’Irak ont – à l’instar d’autres problématiques – fluctué d’un extrême à l’autre. Il en ressortait néanmoins que Trump se posait comme un fervent opposant à l’idéologie néoconservatrice, reine sous les administrations Reagan et Bush Jr, largement à l’origine des expéditions guerrières d’Irak et d’Afghanistan et des velléités belliqueuses contre l’Iran et la Syrie. Le candidat Républicain reprenant régulièrement à son compte des arguments propres aux populistes occidentaux, comme une foi dogmatique affichée vis-à-vis des dictateurs arabes en tant que « remparts » à l’islamisme radical, l’absence de légitimité, mais surtout, la primauté des intérêts nationaux. Par son slogan malheureux America First, Trump semblait finalement renouer avec les fondamentaux de l’isolationnisme à l’américaine, un temps considéré comme principe axiomatique de la politique étrangère de Washington, mais délaissé après 45 au profit d’une hégémonie bienveillante, et d’un interventionnisme militaire assumé dans les affaires extérieures.

 

America is back ?

Alors glas du néoconservatisme ? Pas vraiment. Déjà, il est bon de rappeler que le « Donald » n’a jamais été un pacifiste et encore moins un antimilitariste, en dépit de ses velléités isolationnistes. Le discours de Trump laisse en effet apparaitre sur certains sujets une valorisation sans ambivalences de l’outil militaire. S’il impute l’apparition du groupe Etat Islamique aux « mensonges irakiens » de Georges W. Bush, et à la désastreuse gestion de la crise syrienne d’Obama, il en a cependant toujours soutenu la destruction pure et parfaite, et ce, à l’aide des forces armées américaines. Trump a ainsi promis durant la campagne, toujours dans son style caractéristique, de neutraliser totalement le groupe terroriste, et que dans l’optique d’atteindre ce but il « n’exclurait rien ». De même manière, Trump s’inscrit dans la digne lignée de ses prédécesseurs Républicains en soutenant avec insistance une augmentation du budget de la Défense (54 Milliards de plus annoncés en 2017), du nombre de troupes, et en critiquant violemment les coupes budgétaires décidées par Obama. Une logique éminemment néoconservatrice, tant celle-ci insiste sur le maintien des Etats-Unis en tant que première puissance militaire mondiale.

Ses premières décisions tendent également à confirmer cela. Trump a en effet décidé de raids menés par les Navy SEALs sur des cibles d’Al-Qaida au Yémen, déclenché plusieurs frappes aériennes sur ce même pays, ainsi que des bombardements tactiques de drones. Il a en outre chargé le Pentagone d’accélérer le combat contre Daesh, ce qui pourrait se traduire par le déploiement de troupes combattantes (hors forces spéciales) en Syrie ou en Irak. Un véritable revirement stratégique dans la guerre contre le terrorisme. Enfin ses nombreuses mises en garde contre l’Iran après plusieurs tests de missiles balistiques et son soutien inconditionnel à la cause Israélienne s’inscrivent également dans la tradition néoconservatrice du parti Républicain.

 

Une nouvelle voie

Et malgré tout, Trump demeure une exception, qui diverge quelque peu avec les modes de pensées des milieux politiques et intellectuels Américains affiliés au néoconservatisme. Les relations plus qu’ambiguës de son administrations avec la Russie, dont la véritable étendue ne cesse d’être dévoilée jours après jours (Michael Flynn d’abord, Jeff Sessions ensuite) sont sources d’inquiétude pour nombre d’élus. John McCain, sénateur Républicain, qui a par exemple longtemps critiqué la complaisance de Trump vis à vis du régime de Moscou, presse l’administration pour des explications.

Il est également important de souligner que tous les potentiels choix annoncés au poste de secrétaire d’Etat durant la période de transition, se ralliaient plus ou moins à l’idéologie néoconservatrice. Des candidats tous écartés au profit de Rex Tillerson, connu pour ses liens avec la Russie, et a priori moins « traditionnel » que l’ensemble des autres concurrents. De même manière, Michael Flynn (ancien conseiller en sécurité nationale auprès du Président) est connu pour ses prises de positions iconolclastes vis à vis des milieux militaires. Un signe donc que Trump ne s’entoure pas d’une administration exclusivement dominée par les néoconservateurs comme ce fut le cas sous Georges W. Bush par exemple (sous influence de célèbres néoconservateurs comme Paul Wolfowitz ou Donald Rumsfeld)

 

Trump n’est donc pas un néoconservateur. Il n’est pas non plus en rupture avec son idéologie. Il se situe quelque part entre les deux.  Pour autant, il demeure difficile de prévoir de quel coté il finira par pencher. Ses premières décisions semblent montrer qu’il n’exclut en rien de nouvelles interventions militaires et le placent dans une forme de continuité (encore toute relative). Mais la doctrine extérieure d’un Président Américain ne se décide pas, elle s’adapte à la situation. Qui peut prévoir à quels nouveaux défis géopolitiques devra répondre Donald Trump durant les quatre voire huit prochaines années ? Georges W. Bush avait lui aussi fait campagne sur le thème de l’isolationnisme en 2000, et assurait ne pas vouloir devenir un « War-time President ». Dix mois plus tard, la guerre contre le terrorisme débutait avec l’invasion à grande échelle de l’Afghanistan. Le mandat de Trump, qui ne fait que débuter, est plein d’incertitudes. Et de toutes évidences, sa doctrine diplomatique l’est aussi.

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Raphael Tavanti

Etudiant de 18 ans en Première année à Sciences Po Paris, disciple de Maitre Kenobi, passionné de diplomatie. "If you're going through hell, keep going."

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