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« 13 Reasons Why », la série sur le suicide qui bouleverse les consciences

« 13 Reasons Why », la série sur le suicide qui bouleverse les consciences
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On ne peut pas passer à côté de 13 Reasons Why, la nouvelle série Netflix produite par Selena Gomez et Tom McCarthy (le réalisateur de Spotlight) qui traite un sujet des plus sensible : le suicide d’une adolescente de 17 ans suite au harcèlement qu’elle a subi. L’histoire d’Hannah Baker, dont on suit la descente aux enfers au fil des épisodes, est inspirée du best seller éponyme de Jay Asher sorti en 2007. La série est l’une des plus commentées sur les réseaux sociaux : comment expliquer cet engouement ? 


 

Hannah Baker s’est suicidé mais avant de mettre fin à ses jours, la lycéenne décide d’enregistrer 7 cassettes destinées aux personnes qu’elle tient pour responsable de sa souffrance. 13 faces correspondant chacune à l’une des raisons qui l’ont poussé à mettre fin à ses jours. Dans la série, on suit l’histoire de son ami Clay Jensen, secrètement amoureux de l’adolescente et très affecté par son départ tragique. Il découvre ses cassettes et cherche à comprendre ce qui a motivé son acte désespéré, déterminé à faire éclater la vérité.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Une narration originale

 

Chaque épisode tourne autour de la lecture d’une face des cassettes que l’on découvre en même temps que Clay (Dylan Minnette), le personnage principal, ce qui accentue le sentiment d’être impliqué dans l’histoire. On découvre donc au fur et à mesure des épisodes les personnes liées au mal-être d’Hannah. Les premiers épisodes paraissent un peu lents mais on est finalement très vite plongé dans l’intrigue, curieux de découvrir quel personnage se trouvera sur la prochaine cassette, ce qui rend particulièrement accro à cette série.

Pour nous aider à compléter le puzzle de cette histoire, de nombreux retours en arrière rythment le récit. Cette succession de flashbacks est parfaitement maîtrisée, avec deux colorimétries différentes : le passé est filmé avec des tons plutôt chauds, comme pour montrer que la présence d’Hannah avait une influence chaleureuse sur Clay tandis que le présent est plutôt froid, pour marquer le tristesse et le vide que la jeune fille laisse derrière elle.

Le bémol de cette série, c’est que tous les épisodes ne se valent pas, certains manquent de rythme, ce qui peut laisser penser que le concept a été quelque peu étiré. En effet, toutes les cassettes n’ont pas le même intérêt, certaines discussions sont même redondantes et auraient méritées d’être coupées au montage.

 

Des personnages qui donnent du relief à l’intrigue 

 

Au départ, on peut trouver la répartition des personnages très clichée, typique des teen-movies américains : d’un côté la bande des sportifs populaires et de l’autres, les lycéens réservés victimes de leurs moqueries comme Tyler le photographe du lycée et même Clay, qui est très maladroit avec les filles. On retrouve aussi la jeune fille studieuse BCBG, le « fils de riche » qui organisent les fêtes les plus épiques dans sa superbe villa et pense avoir tous les droits…

Mais finalement, la série évite de tomber dans une opposition trop manichéenne entre les personnages, même s’il persiste les éternels populaires cruels dont on peut difficilement trouver des excuses. Cependant, d’autres personnages, au premier abord antipathiques ou inintéressants deviennent bien plus complexes lorsque l’on explore leur sphère familiale. Il est simplement dommage que l’on n’ait pas cherché à développer l’histoire de tous les protagonistes de manière plus approfondie.

On s’attache rapidement aux personnages principaux, notamment à Clay, timide et touchant, avec qui on traverse cette épreuve douloureuse avec un sentiment d’impuissance. Hannah, drôle, cynique, est aussi très émouvante et on s’y identifie en revivant avec elle son expérience douloureuse. On a d’ailleurs du mal à croire que ce soit le premier grand rôle de l’actrice qui joue son personnage, Katherine Langford, tant sa prestation est intense. Les parents dévastés par la perte de leur fille, déterminés à lui rendre justice sont également bouleversants.

Les relations entre les personnages sont très intéressantes, le dialogue difficile entre parents et adolescents est également subtilement évoqué. Le mal-être des personnages lié à leur crise d’identité et au sentiment d’isolement est bien transcrit, sans paraître trop caricatural.

 

Un sujet nécessaire, traité avec justesse

 

Alors que la thématique du suicide est généralement exploitée simplement comme une intrigue secondaire, la série en fait son thème central et met en lumière les conséquences du harcèlement moral et physique. Si certains faits peuvent sembler anodins, c’est leur enchaînement associé à des expériences très douloureuses qui va avoir un effet destructeur sur Hannah. 13 Reasons Why souligne l’importance de chaque mot, de chaque geste et de l’empreinte indélébile que cela peut laisser sur une personne. Certes, ça n’est pas une moralité des plus originales mais cette série a la particularité d’avoir suffisamment d’impact sur nous pour nous marquer réellement avec ce message. Un pari réussi pour la sensibilisation.

L’absence de censure a parfois été reprochée à la série qui montre les choses telles qu’elles sont même si les scènes peuvent être dérangeantes voire vraiment difficiles à regarder. Ce qui a fait surtout débat, c’est la scène du suicide qui est délivrée avec réalisme. Nic Sheff, l’un des auteurs de la série s’est défendu sur ce sujet avec lucidité : « Ça me semblait l’occasion idéale pour montrer de quoi a vraiment l’air le suicide, de détruire le mythe d’un départ paisible. La chose la plus irresponsable que nous aurions pu faire aurait été de ne pas montrer la mort du tout […] On voit que le suicide n’est pas un apaisement, mais bien une horreur. »

Ce qui rend l’histoire vraiment implacable est d’avoir évité l’archétype de la lycéenne victime de harcèlement. En effet, Hannah n’est pas l’adolescente introvertie et solitaire qui peine à se faire des amis ; elle est jolie, intelligente et a réellement le sens de la répartie. Le genre de personne dont on ne soupçonne pas forcément le mal-être et pourtant… Il était intéressant d’étudier au delà du rôle des amis, les rôles des parents et des professeurs face à la souffrance d’Hannah. La grande réussite de la série est surtout de ne pas se limiter au point de vue de la victime de harcèlement mais aussi d’analyser celui des personnes qui assistent à cela, ce qui nous rend tous concernés.

 

13 Reasons Why est une série bien réalisée, qui sait faire grandir le suspense ; et même si on pourrait le penser, elle n’est pas destinée qu’aux jeunes ados. Son petit plus : sa bande son, avec son esprit vintage qui colle parfaitement aux autres éléments oldschool de la série. Un de ses titres phares est déjà devenu culte : The Night We Met de Lord Huron, une ballade enivrante. Si on rejète au départ l’idée d’une saison 2 qu’il n’est pas logique d’envisager en raison de l’histoire, on change vite d’avis à la fin de l’épisode 13 qui suscite encore de nombreuses interrogations et ouvre à de nombreuses hypothèses pour la trame de la deuxième saison, qui semble se confirmer au vu du succès impressionnant qu’a connu la série. 

 

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Laura Glode

Étudiante en 1ère année à Sciences Po Nancy

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