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Au Zénith, meeting sans filtre pour Marine Le Pen

Au Zénith, meeting sans filtre pour Marine Le Pen
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Lundi 17 avril, à six jours du premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a réuni ses partisans au Zénith de Paris, pour un grand meeting placé sous le signe du patriotisme face à « l’ultramondialisme ». Mais à quoi ressemble un meeting de la candidate du « premier parti de France » ? Pour répondre à cette question, Radio Londres s’est invité dans les gradins du Zénith.


 

L’incident n’a rien d’exceptionnel, mais il donne le ton de la soirée. À quelques encablures du Zénith sont réunis des militants anti-FN. Soudain, Gilbert Collard, député RBM-FN du Gard, vient à leur rencontre en leur adressant un signe de main que l’on pourrait qualifier de provocateur. La tension grimpe en flèche : d’autres militants prennent les CRS pour cible, leur jetant cailloux et cocktails Molotov, avant que Collard ne finisse par prendre la direction du Zénith de Paris sous les huées. Plus tard, sur la scène de l’enceinte parisienne, le sénateur du Var David Rachline fustige le comportement des « racailles d’extrême-gauche » qui ont « lâchement attaqué » Collard. Ambiance.

 

En ce lundi 17 avril, Marine Le Pen a tenu son dernier grand meeting parisien avant le premier tour. Devant une salle pratiquement comble, la candidate du Front National s’est exprimée durant une heure et demie. Exaltant un « projet fraternel, d’union du peuple français » face aux « ultramondialistes », Marine Le Pen est parvenue à galvaniser la foule venue écouter son discours. Radio Londres y était, et vous livre le récit d’un meeting dont le mot d’ordre était (pour reprendre l’expression de la candidate) : « Rendez-nous la France. »

 

Roses, sifflets et drapeaux français

 

À bien des égards, un meeting de Marine Le Pen ressemble à n’importe quel meeting de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. On y voit des individus de tous âges, jeunes et vieux, hommes et femmes, convaincus et modérés. À l’entrée du Zénith, des bénévoles distribuent des exemplaires de Présent et Action Française, deux journaux d’extrême-droite. D’autres vendent des pins estampillés « Marine Présidente », des tatouages ou encore la fameuse rose bleu Marine. Parmi les nombreux bénévoles mobilisés, il y a Arthur, 18 ans, en licence d’histoire à la Sorbonne. Son premier vote ira à Marine Le Pen : « Depuis 40 ans, il y a cette alternance droite/gauche, et rien ne change, puisqu’on est prisonniers d’un système pro-Union Européenne. Marine Le Pen, c’est la seule à pouvoir nous faire retrouver notre souveraineté nationale. »

 

Sur la scène, aucun drapeau européen. Dans la salle, des drapeaux français par centaines. ( Photo par Pierre-Alexandre Bigel )

Sur la scène du Zénith, la candidate du Front National ne dit pas autre chose. Marine Le Pen déplore la perte d’autonomie d’une France qui, selon elle, aurait placé sa souveraineté entre les mains de Bruxelles. L’Union Européenne ? « Une prison à laquelle chacun de mes concurrents veut ajouter un cadenas supplémentaire ». Devant une salle remplie de drapeaux français et une scène où le drapeau européen est absent, la candidate réaffirme sa volonté de défier les institutions européennes. En commençant par quitter l’espace Schengen, qui permet aujourd’hui la libre circulation des personnes et des marchandises : « Moi présidente, le rétablissement des frontières sera mis en place dès le lendemain de ma prise de fonction ».

 

Marine Le Pen souhaite aussi faire un « moratoire sur l’immigration », s’opposant par cette occasion à un Emmanuel Macron qui, d’après la présidente du FN, compte « faire son autoroute migratoire du Maghreb vers la France ». Qualifié de « bébé Hollande », le candidat d’En Marche ! est copieusement hué. Et il n’est pas le seul. Macron, Merkel, Gattaz, Fillon, Mélenchon, Cohn-Bendit : autant de noms qui sont à chaque fois accompagnés d’une bronca monumentale. On entend même des « Fillon en prison » descendre des tribunes. À six jours du premier tour, tous les coups sont permis.

 

« Avec moi, il n’y aurait pas eu Mohammed Merah »

 

Mais au-delà des attaques directes, qui semblent être de rigueur en cette fin de campagne, c’est bel et bien la France qui est au cœur du discours de Marine Le Pen. Une France souveraine, face à la « mondialisation sauvage ». Pour y parvenir, la candidate frontiste entend protéger par l’autorité. Citant Pascal « Le propre de la puissance est de protéger », Marine Le Pen met l’accent sur le renforcement des moyens donnés à la police ( « J’embaucherai durant mon mandat 15 000 policiers et gendarmes supplémentaires » ), à l’éducation ( « restaurer l’autorité du maître » ) et à la lutte contre le terrorisme. Sur ce dernier point, la candidate prône l’expulsion systématique des bi-nationaux fichés S. Une proposition applaudie par les militants, surtout lorsque l’oratrice ajoute : « Avec moi, il n’y aurait pas eu Mohammed Merah ».

 

Photo par Pierre-Alexandre Bigel

 Fidèle à son slogan de campagne « Au nom du peuple », Marine Le Pen se veut l’interprète des Français « patriotes », révoltés contre le libéralisme économique. Un libéralisme qu’elle évoque en ces termes : « Qui peut croire sérieusement que les poules pondraient davantage si on les laissait libres avec le renard dans le poulailler ? ». Après avoir parlé des institutions européennes et de sa vision de l’autorité étatique, la candidate d’extrême-droite embraie donc sur le volet social de son programme. Marine Le Pen propose, entre autres, la mise en avant des circuits courts pour l’agriculture, une baisse de 10% du montant de l’impôt sur le revenu pour les 3 premières tranches, une augmentation de 25% de l’aide au logement pour les étudiants et l’universalité des allocations familiales. Ici, l’ennemi désigné par la candidate est François Fillon, qui veut « privatiser la Sécurité Sociale pour faire plaisir à ses copains ».

 

Un « référendum pour ou contre la France »

 

Marine Le Pen s’est présentée comme la seule candidate apte à défendre la France face à la mondialisation, l’immigration et l’Union Européenne. La seule candidate apte à défendre la fierté d’être Français, aussi, lançant sous les applaudissements : « Être Français, cela s’hérite ou se mérite ». Et l’oratrice de conclure en exhortant ses soutiens à se rendre massivement aux urnes, grâce à cette affirmation : « Cette élection, c’est un référendum pour ou contre la France ».

 

À la sortie du Zénith, des membres de la DPS, le service d’ordre du FN, tendent un grand drapeau français afin de recueillir des fonds. ( Photo par Pierre-Alexandre Bigel )

Point d’orgue d’un rassemblement où la Marseillaise est entonnée à plusieurs reprises, et où les slogans plébiscités par l’auditoire sont « On est chez nous ! » et « La France aux Français ! ». Ce 17 avril, celle qui aspire à devenir la première Présidente de la République a su jouer sa partition sans fausse note, et ce malgré l’irruption de deux militantes Femen dans la salle. L’un comme l’autre ont été prestement neutralisés par le Département protection sécurité ( DPS ), le service d’ordre du parti lepéniste.

Au pied des tribunes du Zénith, deux militantes de 19 ans. « On est policières, et on voit qu’il y a aujourd’hui des fichés S qui se baladent dans la rue sans qu’ils soient inquiétés. Alors on est d’accord avec les propositions de Marine, surtout au sujet de l’augmentation des postes, et des 40 000 places de prison supplémentaires. » Elles aussi voteront pour la première fois dimanche.

 

En cette soirée printanière, les soutiens de la candidate du Front National se sont déplacés par milliers. Et à quelques jours du premier tour, la confiance et la détermination prévalent. « J’ai besoin de vous » déclara la présidente du parti lors de son meeting. Comme dans un écho à la phrase répétée en boucle par des militants dans la vidéo d’introduction à l’événement : « J’ai besoin de Marine. »

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Pierre-Alexandre Bigel

Je suis étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris, et j'aime beaucoup le théâtre, la série House of Cards et l'Olympique de Marseille ! Mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est mettre ma plume au service de Radio Londres

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