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L’élection présidentielle vue d’Espagne

L’élection présidentielle vue d’Espagne
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Comme dans la plupart des pays européens, le premier tour de l’élection présidentielle française de 2017 a été suivi avec attention en Espagne. Il faut dire que le futur de l’Union européenne se jouait en partie ce dimanche 23 avril dans les urnes. Les réactions ont été très variées, dans la presse comme chez les principaux acteurs politiques du royaume.


 

Au matin du 24 avril 2017, l’Espagne est soulagée. Pourtant, Marine Le Pen, candidate eurosceptique qui fait peur à tout le pays, sera bien présente au second tour contre Emmanuel Macron. Mais personne ne croit en l’élection de la candidate du Front national (ou du moins personne ne souhaite y croire), car tous ont confiance en ce front républicain pour s’allier contre l’extrême droite.

 

La presse soulagée et séduite par Emmanuel Macron

 

En effet, la quasi-totalité des quotidiens nationaux pronostiquent une victoire facile de Macron le 7 mai prochain. El País, journal le plus lu d’Espagne, titre : « Macron reçoit le soutien de ses adversaires pour freiner Le Pen ». Son éditorial qualifie le candidat d’En Marche ! « d’espoir ». Son programme est vu comme celui d’un « centre réformiste et progressiste, qui a su prendre le dessus sur le Parti socialiste et Les Républicains ». Le journal de centre-gauche salue la défaite de François Fillon, qui incarne « le refus de la corruption » tant espéré dans une Espagne marquée par de nombreux scandales du même acabit. Les deux points noirs de ce premier tour que note le quotidien sont « la grande percée de Marine Le Pen » et « les difficultés qu’aura Macron à former une majorité lors des législatives ».

Quotidien libéral et de centre-droit, El Mundo voit l’ancien ministre de l’Économie comme « un optimiste au pays des pessimistes ». Néanmoins et à l’inverse de la plupart de ses confrères, le journal met en garde contre une possible victoire du Front national. En effet, selon lui, de nombreux soutiens de Jean-Luc Mélenchon pourraient se tourner vers la candidate frontiste. Un soutien dont Marine Le Pen rêverait, mais qui semble assez peu probable. Le programme « vide » de Macron est également souligné.

Le principal quotidien conservateur, ABC, affiche de son côté en une : « La France entre le centrisme de Macron et le radicalisme de Le Pen ». Selon le quotidien, le programme de Marine Le Pen constitue une « synthèse entre le bunker ultra-nationaliste et le socialisme ». Le journal se montre soulagé que Jean-Luc Mélenchon ne soit pas parvenu au second tour, sans vraiment exprimer d’état d’âme par rapport à la défaite de François Fillon, battu par « la corruption et l’extrême droite ».

La presse espagnole au lendemain du premier tour.
(Capture d’écran)

D’autres unes marquantes ont paru ce lundi matin. Nous pouvons citer le quotidien catalan El Periódico de Catalunya, avec un message sans appel : « Tous contre Le Pen ». El Correo, journal basque, titre : « Macron met un pied à l’Élysée », alors que La voz de Galicia salue le fait que « la France essaie de freiner la montée de l’extrême droite ». D’une manière générale, l’élection présidentielle a été très suivie en Espagne (une grande soirée électorale à l’image de celles réalisées par les plus grandes chaînes françaises a même été diffusée en direct sur La Sexta). Les grands acteurs politiques du pays ont, pour la plupart, suivi avec attention le scrutin français.

 

 

Un appel au vote pour Macron presque général

 

Le Partido Popular (PP, droite conservatrice), au pouvoir depuis 2011, a timidement appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour, sans toutefois réaliser de communiqué officiel. Le président du Conseil Mariano Rajoy, en déplacement au Brésil, ne s’est à l’heure actuelle toujours pas exprimé. Certains cadres du parti, comme l’Andalou Juanma Moreno, a indiqué sur son compte Twitter qu’il « se réjouit de la victoire de Macron, un candidat centriste et pro-Europe », oubliant un peu vite qu’il y avait encore un second tour (le système électoral espagnol n’est constitué que d’un seul tour). Le député Pablo Casado a salué un programme « liberal et modéré que doivent adopter la France et l’Union européenne ». Étonnamment, aucune déclaration n’a été faite concernant l’élimination de François Fillon.

Le deuxième grand parti espagnol, le PSOE (socialiste) a réagi dans la foulée de l’annonce des résultats, félicitant Macron et appelant à voter « contre Marine Le Pen ». Là encore, aucun message de soutien n’a été prononcé en faveur de Benoît Hamon. Il faut dire qu’à l’instar du PS, le Parti socialiste ouvrier espagnol est en pleine crise et n’a pas de leader depuis la démission de Pedro Sanchez, début octobre. Des primaires internes sous haute tension seront organisées en juin, et c’est l’avenir du parti – qui reste malgré tout aux alentours de 20% dans les sondages – qui est en jeu. Le spectre d’une humiliation similaire à celle subie par les socialistes grecs – et maintenant français – est présent dans tous les esprits. Candidate à la primaire, Susana Diaz a d’ailleurs mis en garde son parti, qu’elle invite à « retenir la leçon de ce qu’il s’est passé en France ».

Les partis les plus activement engagés dans la campagne sont les deux partis alternatifs qui ont émergé ces dernières années. Ciudadanos (centre-droit libéral) et son chef Albert Rivera ont salué la victoire d’Emmanuel Macron, qu’ils estiment « très importante pour la France et l’Union européenne ». Beaucoup de militants En Marche ! en Espagne ont passé la journée de dimanche aux côtés de Rivera dans l’espoir commun d’une victoire de Macron. El País nous rappelle que l’ex-ministre de l’Économie n’a pas connu le même échec que Rivera qui, longtemps annoncé parmi les vainqueurs lors des élections en 2015, avait finalement échoué au quatrième rang, rattrapé par le vote utile.

 

 

Enfin, le parti de gauche alternative Podemos avait clairement pris position lors de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Son leader, Pablo Iglesias, avait notamment pris part au périple de la fameuse « péniche insoumise ». Forcément déçu, ce dernier, qui a connu pareille mésaventure en 2015 (échec à la troisième place avec 20% des suffrages), a comparé cette élection à celle survenue aux États-Unis en novembre dernier. Selon lui, le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen rappelle celui entre Hillary Clinton et Donald Trump, regrétant l’absence du candidat de la France Insoumise, comparé à Bernie Sanders. Il s’inquiète notamment du résultat du vote, qui pourrait être similaire à celui enregistré outre-Atlantique. Pourtant, son parti est le seul à ne pas avoir appelé à voter en faveur d’Emmanuel Macron, restant fidèle jusqu’au bout à la position de M. Mélenchon.

Aucun parti n’a pour l’heure appelé à voter pour Marine Le Pen. Il faut dire que l’extrême droite n’existe pas vraiment dans un pays encore traumatisé par trente-cinq ans de dictature franquiste (La Falange, héritier de Franco, n’avait récolté que 0,2% des suffrages en 2015). De plus, la volonté des Espagnols de rester dans l’Union européenne est unanime et le barrage au Front National semble de fait indispensable.

 

D’une manière générale, les Espagnols se montrent soulagés par une probable victoire d’Emmanuel Macron le 7 mai prochain, qui a fait de l’Union européenne une priorité. Le spectre d’un nouveau vote anti-européen après le Brexit était redouté. De plus, les Français vivant en Espagne ont voté en masse (près de 26 000 suffrages exprimés). Si Macron arrive à nouveau largement en tête (37,3% des voix), François Fillon (22,5%) et Jean-Luc Mélenchon (20,1%) distancent assez nettement Marine Le Pen (8,3%). Le second tour sera tout aussi suivi outre-Pyrénées, et le cataclysme que représenterait une élection de la candidate du Front National reste omniprésent.

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Elio Bono

Étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris (campus de Poitiers). Grand amateur de politique française et internationale mais aussi d'économie et de sport

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