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Jean Lassalle, histoire d’un berger en politique

Jean Lassalle
Dorian Burnod

Atypique, iconoclaste, le candidat « surprise » à l’élection présidentielle de 2017 sait user de l’art de la communication. Député, il avait en juin 2003, interrompu l’allocution du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, en entonnant le chant basque Aqueros Mountagnos devant l’ensemble de l’hémicycle. Trois ans plus tard, alors maire de Lourdios-Ichère, il avait eu recours à une grève de la faim pour maintenir une usine Total sur sa circonscription. Mais qui est vraiment Jean Lassalle, maître du happening politique ? Focus sur l’exploitant agricole des Pyrénées-Atlantiques en marche pour l’Elysée.


 

A la surprise générale, Jean Lassalle est parvenu à réunir les 500 parrainages nécessaires pour entamer la course à l’élection présidentielle. Ancien membre du MoDem aux côtés de François Bayrou, les deux hommes qui, courant 2016, ont enchaîné désaccord sur désaccord, se sont alors progressivement éloignés. Jean Lassalle, visiblement déterminé à élargir son engagement politique à l’échelle nationale, a alors pris la décision de quitter son parti pour lancer un nouveau mouvement centriste qu’il nommera « Résistons ! », gage de sa candidature.

 

Un « petit candidat » séduisant malgré son manque de crédibilité

 

Candidat à l’empreinte culturelle marquée et proche des localités, « le berger » peine cependant à créer une véritable dynamique autour de son projet. Engagé dans une brèche hors-partis déjà occupée par d’autres, Jean Lassalle est en perpétuelle quête d’un souffle médiatique capable de propulser sa campagne et de lui octroyer une véritable crédibilité. Pourtant, les idées susceptibles d’intéresser ne manquent pas, loin s’en faut. Dépasser les idéologies entre partis traditionnels pour tendre vers davantage de cohérence, remplacer un système à bout de souffle par un modèle plus juste et remettre les citoyens au cœur même du débat politique constituent autant de points-clés du programme de Jean Lassalle . D’autant plus que plusieurs candidats à la présidence usent déjà, avec succès, de ce type de projet qui revendique à la fois alternance et renouveau : Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon ou encore Marine Le Pen en sont de parfaits exemples. Par-delà le dit-projet, le personnage, dans un contexte où le vote subit de plus en plus l’impact par l’hyper-personnalisation des politiques, ne peut que séduire.

Fervent militant, Jean Lassalle a tout du candidat œuvrant inlassablement en faveur de l’intérêt général, passant outre les jeux de pouvoir et les affaires judiciaires tant décriées. Ses nombreuses actions, certes parfois décalées vis-à-vis des codes et du moule politiques, en sont la représentation. Or, un homme politique en action est un homme politique qui plaît… et qui obtient des résultats. D’ailleurs, le député se plaît à le répéter, que ce soit dans son spot de campagne ou auprès de ses militants : « Je n’ai jamais perdu une seule élection ».

Et pourtant, malgré tous ces aspects positifs qui constituent de solides atouts pour sa candidature, Jean Lassalle ne parvient toujours pas à développer une stature présidentielle. Moqué, caricaturé, condamné aux 1% par les multiples instituts de sondages (le dernier en date étant celui d’Ifop du 21 mars) le candidat échoue pour l’heure avec sa campagne « à l’américaine », à convaincre l’ensemble électoral.

 

Un programme ambigu

 

La source d’une tel insuccès est peut-être à chercher dans le fondement-même de toute candidature politique : le programme du candidat en question. Outre l’idéologie, qui, à la manière d’Emmanuel Macron, aspire à rassembler des hommes et des femmes de tous bords politiques autour d’un même projet, Jean Lassalle entend former son plan pour « retaper la France » autour de trois grands axes : démocratie et République, éducation et écologie.

Si à première vue, le programme semble bien rôdé et solidement construit, il présente, lors d’une analyse à peine plus méthodique, de nombreuses faiblesses techniques. D’abord, des pans entiers du champ sur lequel le pouvoir politique possède des prérogatives paraissent avoir été complètement délaissés. C’est ainsi que des thèmes aussi fondamentaux que ceux de la croissance, de l’emploi ou encore de la sécurité ne sont même pas abordés. Si le candidat traite effectivement du monde des grandes entreprises, acteurs importants de l’économie, considérant qu’elles ont « renoncé à toute vision à moyen ou long terme, à toute solidarité avec leurs propres salariés », il n’expose aucune mesure concrète sur la nature de l’intervention étatique qu’il entend mener.

Par ailleurs, même sur les pôles où son analyse, quelque peu pessimiste, semble concentrée, le candidat entretient le flou.

Dans le domaine de l’éducation, Jean Lassalle en appelle au « retour de l’instruction publique » où les « talents » pourront librement s’épanouir tout en étant « formés à produire et à créer ». Une vision assez ambivalente de l’école, tiraillée entre la volonté d’en faire un lieu productiviste mais aussi créatif. Et, une fois de plus, très peu de propositions concrètes sur un champ qui en est pourtant particulièrement demandeur. Pour ne citer qu’un exemple, lorsque le candidat aborde la question du nombre d’élèves par classe, point régulièrement abordé par l’ensemble des prétendants à la présidence, il « propose que chacun d’entre eux [les élèves] soit suivi attentivement, au long de sa scolarité, par un petit groupe autour des enseignants, attentif à repérer ses talents […] »

Or, que signifie « petit groupe » ? Quel sens donner, mais aussi quels moyens pour « repérer les talents » ? Si diminuer les effectifs d’élèves par classe s’avère effectivement en concordance avec la volonté d’assurer un suivi plus personnalisé, savoir dans quelle mesure l’aurait été encore plus. En outre, le candidat entend faire découvrir l’alternance bien avant seize ans, ce qui induit nécessairement la fin du collège unique. Toutefois, le candidat n’indique aucun remplacement effectif, si ce n’est d’encourager « les classes spécialisées pour sportifs et artistes ».

Il exige par ailleurs « une confrontation des propositions » pour restaurer les principes républicains et « réformer profondément les institutions comme les Français l’avaient voulu en 1958. » Seules institutions évoquées : les régions dont la récente découpe ne semble pas convenir au candidat et les communes auxquelles il compte accorder davantage de liberté une fois élu. En outre, il considère que l’autorité du peuple souverain, après avoir été « bafouée près de trois décennies » doit être à nouveau « reconnue » en tant que telle. De nobles idées mais qui, à l’instar des autres propositions, n’émettent aucune mesure concrète et se contentent de demeurer dans la superficialité moralisatrice.

Enfin, dernier pilier du programme asymétrique de M. Lassalle : la transition écologique. Partisan certain de cette dernière, le candidat entend lutter contre la « financiarisation qui dénature l’écologie » en « s’attaquant au modèle capitaliste actuel » et ainsi préserver les « biens communs de l’humanité qui sont les ressources de notre planète« . Pour mener cet ambitieux projet, l’ancien exploitant agricole en appelle à « reprendre le pouvoir aux marchés » et à se lancer assurément dans le développement des énergies renouvelables, parmi lesquelles « le solaire » encore peu représenté. S’il apparaît évident que le candidat induit dans son programme écologique un encouragement financier de la part de l’Etat, il n’affiche ni aucun objectif précis, ni moyens définis.

 

Originale, utopiste mais aussi singulièrement imprécise, la candidature de Jean Lassalle s’inscrit dans une profonde ambivalence qui peut, en partie, expliquer le peu de dynamisme qu’elle génère. Entre souci d’apporter des réponses aux réalités quotidiennes, et volonté de réaffirmer nombre d’idéaux, elle n’en demeure pas moins la démonstration que les « petits candidats » ont eux aussi une part conséquente à jouer dans la campagne présidentielle, notamment celle de proposer de nouvelles visions utiles à l’intérêt général. 

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Dorian Burnod

Lycéen en Première ES, engagé pour une actualité profonde et objective, et passionné d'économie et de littérature.

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