Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

La culture selon… Nicolas Petillot, porte-parole de Nathalie Arthaud

La culture selon… Nicolas Petillot, porte-parole de Nathalie Arthaud

Nous poursuivons notre série d’échanges, avec différents acteurs politiques, sur les liens qui unissent culture et politique. Nous partons d’un regard plus philosophique pour en venir progressivement à la politique plus actuelle ; nous partons des idées pour aller au sensible. Nous rencontrons aujourd’hui notre troisième responsable politique, Nicolas Petillot. Il est membre du parti Lutte Ouvrière et porte parole de Nathalie Arthaud durant cette campagne présidentielle. Nouveau visage, nouvelle vision, nouvelles références.


 

Bonjour M. Petillot, merci de répondre à nos questions. Quelle serait la place de la culture dans la société idéale de Lutte Ouvrière ?

Nous sommes communistes et révolutionnaires. Nous voulons changer cette société fondée sur des inégalités. Ce combat passe par une culture qui serait à la fois une culture de tous, mais aussi une culture pour tous. Ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui. Nous pensons que la culture peut être bien supérieure à celle que l’on voit dans la société actuelle : celle d’une petite élite capitaliste qui gouverne et qui nous impose ses valeurs. Nous prônons une culture humaine et participative.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui n’ont pas accès et qui ne participent pas à la culture. Il y a 2,5 millions d’illettrés en France. Les ouvriers vont très peu au musée parce que ça coûte cher. Ils ne vont même pas en vacances pour 50% d’entre eux. Il y a donc des lieux culturels auxquels ils n’ont pas accès. C’est une réelle discrimination sociale et donc culturelle. La culture ne doit pas être réservée à une élite ou à une partie plus favorisée de la population.

Par ailleurs, quand on parle de culture, on doit parler d’instruction. Ça commence par là. On voit des classes surchargées où il n’est pas possible d’individualiser la pédagogie et où on ne peut pas aider ceux qui en ont le plus besoin. Cela laisse de côté toute une partie de la population, la plus pauvre.

 

En regardant le site de campagne de Nathalie Arthaud, on ne voit aucune rubrique consacrée à la culture, est-ce un choix ?

Il y aura sans doute une rubrique culture dans les jours à venir (la rubrique a été ajoutée depuis cette interview, ndlr). L’absence de rubrique ne signifie pas qu’on ne s’en préoccupe pas. D’ailleurs, nous organisons chaque année, à la Pentecôte, la Fête de Lutte ouvrière. Cette fête est un lieu festif, politique, mais aussi culturel. On y trouve des cinémas gratuits, de vastes librairies, une cité des sciences, une cité des arts, une cité de l’Histoire. Tout cela s’adresse à un milieu ouvrier et populaire. Cette Fête est, en petit, ce que l’on voudrait pour une société future : une culture qui s’adresse à tout le monde.

 

Associez-vous « société idéale » à « société de loisir » ?

Nous sommes d’accord avec le socialiste Paul Lafargue, qui a écrit un livre s’intitulant Droit à la Paresse. Il dit qu’il doit y avoir un droit au travail, mais aussi un droit au loisir. Nous devons pouvoir faire autre chose que de s’éreinter au travail. Ce droit au loisir permettrait d’avoir le temps de lire des livres, d’aller au musée, de prendre le temps de réfléchir et de trouver belle la vie en communauté. Le communisme construirait une société où l’on travaillerait juste assez, pour permettre à tout le monde de vivre correctement.

En juin 1936, ce sont les plus grosses grèves qui ont bousculé les choses, ce n’est pas le gouvernement de gauche. C’est le fait que les patrons ont eu peur, vingt ans après la révolution russe, de se faire confisquer leurs usines. Ils ont alors convoqué Blum et lui ont dit « maintenant, on travaille quarante heures ». Et les congés payés sont apparus qui ont permis aux ouvriers de faire autre chose que de travailler. C’était un moment où les ouvriers ont affirmé leur besoin et leur soif de culture. Quand les travailleurs se battent, ils sont capables d’imaginer autre chose pour le bien commun. Ils réfléchissent collectivement. Ce ne sont plus les intérêts privés qui dominent.

 

Vous vous définissez comme « internationaliste ». De ce point de vue, quelle vision avez-vous de la culture ?

Nous sommes contre le repli national, contre le chauvinisme, contre l’égoïsme des classes dirigeantes. On pense que toutes les cultures du monde devraient gagner à se fréquenter, à se mélanger. Il faut prendre ce qu’il y a de meilleur, de plus progressiste, dans chaque culture. Les travailleurs du monde entier doivent combattre ensemble contre les capitalistes du monde entier. Ces derniers imposent, sur toute la planète, une culture de la hiérarchie et de la domination. Il faut que l’on s’ouvre au monde pour enrichir notre culture.

Pendant cette élection, on cherche surtout à dire que nous voulons défendre les intérêts des travailleurs. Mais ces intérêts sont aussi culturels. On en parle, par exemple, avec le féminisme, qui est un problème culturel. Les femmes sont sous-représentées dans un tas de domaines : culturels comme publics. On ne veut plus d’une culture où les femmes sont exclues.

 

Quel est, selon vous, le degré d’intérêt des politiques actuels envers la culture ?

Les politiciens naviguent de promesses en promesses, sans jamais les tenir. Tant qu’ils ne mettront pas en place les moyens pour améliorer l’éducation et pour créer une culture accessible à tous, il subsistera d’énormes inégalités. Les autres candidats défendent tous l’idée qu’il faut continuer à aider les patrons à engendrer des milliards de profits. C’est absolument contradictoire avec le fait de mettre en place  les moyens nécessaires à l’éducation et à la culture. Quand on voit que le CICE donne tous les ans, jusqu’à 41 milliards d’euros, aux patrons, on est en droit de se demander : où l’État prend-t-il l’argent ? Il en prend sur les hôpitaux, sur les écoles, sur la culture. On ne peut pas continuer à mener une politique pareille.

Ce que dit Nathalie Arthaud, c’est qu’il faut prendre sur le profit des entreprises du CAC40 notamment. Sur les 76 milliards d’euros qu’ils ont réalisés cette année, l’État doit être en mesure de prendre au moins quelques milliards, pour créer des emplois éducatifs et permettre à la culture d’être accessible à tous. Nous sommes face à une grande hypocrisie. Parce qu’en définitive ceux qui nous dirigent, c’est le Medef. Le prochain président, que ce soit Hamon, Fillon, Mélenchon, ou je ne sais qui d’autre, sera aux ordres de ce que demanderont les patrons. Et ils en demandent toujours plus.

 

Que pensez-vous du bilan du Ministère de la Culture sous un gouvernement socialiste : y’a-t-il eu un réel changement par rapport aux quinquennats précédents ?

Il n’y pas de vrai changement. Le budget de la culture, c’est 1 % du budget de l’État, malgré une petite hausse ces derniers temps. Le budget de l’armée est de 32 milliards. Le budget de l’éducation nationale est de 88 milliards, ce qui est conséquent et cela ne choque personne. Cela veut dire que l’on peut trouver les milliards nécessaires pour développer la culture et l’éducation.

Il y a 6 millions de chômeurs. Sous ce quinquennat, il y a eu 1,2 million de chômeurs en plus. Cela creuse les inégalités culturelles. Donc même si le budget de la Culture augmente légèrement, ces chômeurs supplémentaires seront de nouveau exclus de la culture.

Quant à l’idée d’un pass culturel, il ne solutionnerait pas le problème. Je suis prof, à Créteil, dans un lycée professionnel. Mes élèves ne vont jamais à Paris. Ils ne lisent jamais de livre. Ils ne vont jamais au cinéma à cause du prix des places qui représente un vrai investissement. Ils n’ont pas été habitués à toute cette culture. Ça ne veut dire que ça ne les intéresse pas, mais c’est un monde qui n’est pas le leur. Le problème est avant tout social et politique.

 

Vous vous revendiquez trotskistes, prônant donc un État populaire, démocratique et citoyen. Que donneraient les réformes culturelles dans un pays trotskiste ?

Trotski était un des responsables du gouvernement soviétique après la Révolution Russe et s’est énormément préoccupé de culture. Il a écrit un essai intitulé Littérature et révolution, qui est entièrement dédié à ce sujet. Ce qui est frappant dans cette Russie pré-bolchévik, où 75% de la population  était analphabète, c’est que la prise du pouvoir par les classes pauvres a changé les choses. En quelques années, des millions de personnes ont été alphabétisées. Malgré le fait que la Russie était extrêmement pauvre et arriérée, ils ont créé des dizaines de milliers d’écoles. Lénine a pris un décret, en 1918, disant « tout homme sachant lire et écrire, doit apprendre à lire et à écrire à d’autres ». Cette mesure répondait à ce que voulait les gens, ils avaient soif d’instruction.

La révolution russe est sans doute l’une des expériences les plus marquantes pour illustrer le fait que, quand les pauvres accèdent aux commandes de la société, ce sont leurs intérêts qui priment. C’était une période où ils ont laissé libres de s’exprimer toutes sortes d’artistes. Dans notre société, aujourd’hui, des milliers d’artistes ne le peuvent pas : parce que ça coûte cher, parce qu’ils n’ont pas les contrats. A l’époque, tout le monde pouvait s’exprimer, des Chagall, des Kandinsky … Ces gens là ont participé à la révolution. Ils ont été à des postes de responsabilités pour construire des écoles de peinture nouvelles, qui s’adressaient à tout le monde et notamment aux ouvriers et aux paysans pauvres.

Après, Staline a pris le pouvoir. Les choses ont changé.  Cette période de liberté créatrice a été complètement verrouillée par le réalisme socialiste dans toute sa monstruosité. Mais malgré tout, le fait que l’économie ne soit plus aux mains d’intérêts privés, a permis au gouvernement soviétique d’envoyer le premier homme dans l’espace. Cela veut dire que toute une génération a pu avoir une formation intellectuelle, scientifique, extrêmement poussée durant toute cette période.

 

Vous avez parlé de la révolution russe, du Front populaire en 1936 en France. Que pensez-vous de Mai 68 sur un plan culturel ?

Mai 68 a été la plus grosse grève de l’histoire de France. 10 millions de grévistes. Toute la jeunesse mobilisée. Nous sommes convaincus que ce qui change la vie, ce ne sont pas les élections présidentielles. Ce n’est pas parce qu’il va y avoir un nouveau président que les choses changeront. Ça n’empêchera pas les licenciements, ça ne changera pas les bas salaires. Nous sommes convaincus que ce qui peut faire changer les choses, ce sont les luttes. Les femmes ont obtenu le droit à l’IVG, à la pilule, au droit de vote, parce qu’elles se sont battues.

Dans le domaine culturel, c’est pareil. Il a fallu se battre, à une époque, contre le fait que l’école était trustée par le catholicisme. Pour que l’on accède à une école plus ouverte, qui ne soit pas réservée à une seule catégorie sociale. Il y a eu des manifestations, des débats. Ça a été un affrontement important contre ceux qui détenaient le pouvoir de décision.

Un ministère de la culture véritable devrait écouter les intérêts de la rue, de la population travailleuse. Nous nous présentons aux élections pour défendre les intérêts politiques et culturels des travailleurs. Mais un jour, il faudra que les travailleurs décident eux-mêmes où va l’argent, à quel usage on utilise les profits que génère leur travail.

 

Nous étions, pour cet échange, dans le quartier Latin. L’ombre des drapeaux rouges plane sur quelques barricades, rue des Ecoles. Lutte Ouvrière rappelle que la culture se fait aussi dans la rue, qu’elle n’a pas besoin d’être officielle pour exister. 1917, 1936, 1968, 2017 ?

The following two tabs change content below.

Aurore Pageaud et Théodore Lellouche

Derniers articles parAurore Pageaud et Théodore Lellouche (voir tous)

Submit a Comment