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La démocratie imprévisible

La démocratie imprévisible
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Le soir d’une élection est un moment crucial pour l’avenir d’un pays, voire d’une région ou du monde entier. C’est un moment de tension, mais il peut être également le paroxysme de la démocratie électorale. Parce que ce qui définit la démocratie, entre autres, c’est l’imprévisibilité du résultat.


 

Dans un régime dictatorial qui tient des élections – pensons à la Russie de Poutine ou au Paraguay de Stroessner –, les résultats sont connus d’avance. L’enjeu est inexistant parce que la prévisibilité du résultat est absolue. C’est ce qu’on appelle les democraduras : des dictatures qui se vêtissent d’un fin voile de démocratie en tenant des élections qui ne sont ni libres ni transparentes.

Dans ce sens, en démocratie, il faut faire jouer toutes les institutions qui assurent à la fois la liberté du vote, c’est-à-dire l’imprévisibilité du résultat, son incertitude, et puis sa sûreté, sa preuve. C’est alors un vote démocratique : libre, donc imprévisible en amont et non-frauduleux en aval. De ce fait, l’élection présidentielle de 2017 est devenue une véritable élection libre et démocratique, les quatre candidats en tête étant coude-à-coude dans les sondages et dans les résultats de dimanche soir. Voilà la beauté du jeu démocratique.

C’est ainsi que contre vents et marées j’ai toujours considéré le 21 avril 2002 comme étant un échec des démocrates, mais un triomphe de la démocratie. Personne ne s’attendait aux résultats qui sont tombés, et de ce fait, le toujours plus somnolant régime démocratique de l’époque a pris un coup de douche froide qui l’a chamboulé, qui l’a rendu vivant encore une fois. En effet, si on s’assume démocrate, on ne peut pas dire que la démocratie fonctionne si et seulement si le résultat nous arrange ou s’il confirme ce à quoi on s’attendait au préalable. La victoire de Donald Trump aux Etats-Unis répond à la même logique : le considérer comme une blague dès le début a pavé sa route vers la Maison Blanche. Et indépendamment d’un système électoral que je trouve dépassé et caduc, l’imprévisibilité de sa victoire a donné à la démocratie étasunienne un élan qu’elle n’avait pas connu depuis la victoire de Barack Obama aux primaires démocrates de 2008. Si le résultat n’est pas celui auquel on s’attendait et si les contrôles électoraux mis en place assurent la transparence de l’élection, cela veut bel et bien dire que nous sommes face à une démocratie qui fonctionne.

 

Le problème n’est donc pas l’imprévisibilité des résultats d’une élection. Le problème est dans le fait de laisser la critique de la démocratie aux antidémocrates, et encore une fois de paver leur voie vers les instances de pouvoir. Le lendemain du 23 avril 2017 n’a pas été le même que celui du 21 avril 2002. Le choc n’a plus fait la une des journaux, puisque ce choc n’y était plus vraiment. Si dimanche 7 mai, le résultat du second tour n’est pas celui auquel certains s’attendent, on pourra dire pas mal de choses, mais on ne pourra pas dire que la démocratie n’a pas fonctionné en accord avec ses propres règles. Rien n’est joué, et c’est cela la force de la démocratie.

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Javier Llopis

Diplômé de Sciences Po Paris, étudiant de master à La Sorbonne, passionné de la France, l'Amérique latine, et Twitter. J'ai toujours aimé lire. À présent, j'écris parce que le silence n'est pas ma langue.
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