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La France divisible, une société fracturée

La France divisible, une société fracturée
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De droite, et de gauche. Déterminé à dépasser les antagonismes stériles qui clivent les Français. Habité par la volonté de porter un message de vérité, de nuances et d’équilibre pour composer le « gouvernement des meilleurs ». Telle est la noble ambition d’Emmanuel Macron, rassembler. Il est pourtant l’incarnation d’une France divisible où la réalité des uns est l’utopie des autres. Charles De Gaulle disait de l’élection présidentielle qu’elle était la rencontre entre un homme et un peuple. En 2017, c’est la rencontre entre un homme et une classe sociale. 


 

La géographie d’un vote

 

Les analyses du géographe Christophe Guilluy, auteur de « La France périphérique », ont été explicitement confirmées lorsque les résultats électoraux selon les territoires ont été révélés. La géographie électorale de ces élections n’a rien de rassurante puisqu’elle révèle les fractures sociales du pays. La politique n’est donc plus capable de jouer son rôle transcendant qui savait unir des citoyens au delà de leur condition. La répartition des votes selon le salaire est une indication éloquente. Il y a à présent la France de l’Ouest et celle de l’Est. La France urbaine et rurale. Mais surtout, il y a « Paris et le désert français », pour reprendre le nom de l’ouvrage publié en 1947 par le géographe Jean-François Gravier. L’auteur constatait la rupture entre Paris et la province. Mais le 23 avril 2017, comme lors du référendum de 2005, la fracture est aussi devenue électorale.

Le cas parisien est hautement symbolique et les chiffres mettent en lumière ces deux France qui se font face. Comparons donc les résultats du premier tour à Paris et en France, en 2012, puis en 2017. Il y a 5 ans, 28% des Français ont fait confiance à François Hollande, 27% à Sarkozy. A Paris, 34% des électeurs ont fait confiance à François Hollande et 32% à Nicolas Sarkozy. Seuls deux points y séparaient donc les candidats qualifiés. En 2012, Paris était le reflet d’une réalité française, c’est à présent fini. Le 23 mai 2017, 24% des Français accordent leur suffrages à Emmanuel Macron, 21% à Marine Le Pen. Dans la capitale, 35% des Parisiens ont voté Macron, 5% ont voté Le Pen. 31 points séparent les deux candidats. Paris est devenue une enclave.

 

Un mépris de classe ? 

 

Le soir du 23 avril 2017, les gagnants ont gagné. Tant mieux pour eux. Mais puisque dans cette campagne de second tour, les gagnants s’opposent aux perdants, pouvons-nous tendre l’oreille aux soucis des vaincus ? Et même tenter d’y répondre ? Ou la candidate qui semble maintenant être la seule à les représenter est trop détestable pour que l’on montre une quelconque empathie pour cette France qui souffre ? La France des ouvriers de Lorraine où les usines ont fermé les unes après les autres, la France des agriculteurs qui pour un tiers d’entre eux, vivent avec moins de 390 euros par mois. La France de la ruralité où les liens sociaux s’écroulent par la fermeture du dernier bar du village, par le remplacement de l’épicerie par le supermarché.

Il est vrai que les solutions que proposent la candidate du Front National ne soit pas les bonnes. Mais vouloir faire taire ses arguments économiques (protectionnisme) par des arguments moraux et des formules caricaturales (« repli sur soi ») relève d’une profonde indifférence des difficultés que peuvent rencontrer bon nombre de Français. Jadis pourtant, la gauche s’honorait par son souci du plus démuni. Une question alors nous vient en tête : où est la gauche ?

 

Le front républicain en marche, le débat en recul

 

Rien n’est plus légitime que de vouloir contrer les positions de Marine Le Pen. Encore faut-il bien s’y prendre. Nul besoin donc, de faire comme Raphaël Glucksmann, dans un article publié dans L’Obs ; « Faire barrage », une comparaison entre Marine Le Pen et le « choléra nazi », ou bien d’exclure le Front National de la République (comme le fait, entre autres, le Parti Socialiste dont le nouveau slogan est « Votons le 7 mai pour la République, votez Emmanuel Macron »). Si le conseil n’est pas mauvais, le motif l’est, en revanche. Car si l’adversaire est un nazi ou un ennemi de la République, alors il n’est pas légitime. Alors il n’y a pas de débat. Alors il n’y a pas de démocratie. Vraiment, il doit y avoir des manières plus intelligentes et moins méprisantes de « Faire barrage ».

 

« Éloge du pessimisme »

 

Lors de son discours à la suite de sa qualification au second tour, Emmanuel Macron a déclaré : « Je porterai l’exigence de l’optimisme ». En effet, le candidat d’En Marche ! a cherché lors de cette campagne à porter un discours positiviste et porteur d’espoir. C’est tout à son honneur car l’intention est bonne. Mais l’optimisme n’est pas une exigence, c’est un privilège. Et par nature, le privilège n’est pas réservé à tous. C’est une possibilité pour les uns, un fantasme pour les autres. La volonté de l’optimisme, c’est le risque de se rendre volontairement aveugle des problèmes. Il faut alors citer un billant article de Jacques Attali, publié le 2 juin 2010 dans L’Express, intitulé « Éloge du pessimisme » : « L’apologie de l’optimisme systématique correspond a une posture de nantis : les riches peuvent se permettre d’être optimistes parce qu’ils savent que de tous les maelstroms ils se sortiront mieux que les autres. Les plus pauvres, eux, ne sont que des spectateurs et ont raison, aujourd’hui, de craindre le déclassement. Dénoncer le pessimisme, c’est donc se satisfaire du monde comme il est. D’une certaine façon, l’optimisme est conservateur, le pessimisme est révolutionnaire. »

Le philosophe allemand Hegel voyait le monde comme le produit des idées qui luttent. D’après les résultats du 23 avril dernier, nous allons vers autre chose. Ce second tour annonce le retour en force des thèse marxistes qui voyaient le monde selon le rapport dominants-dominés. Quand la politique n’est plus affaire de convictions mais de conditions ; quand la bataille des statuts se substitue à la bataille des idées.

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Olivier Crouzier

Lycéen en première ES, passionné par la politique française, européenne, et par le traitement de l'information par les médias
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