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L’Europe de la Défense : une occasion rêvée ?

L’Europe de la Défense : une occasion rêvée ?
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Lors du grand débat du 20 mars dernier, le candidat socialiste pour l’élection présidentielle Benoît Hamon disait que « moins d’Amérique, cela doit signifier plus d’Europe » . Avec des menaces persistantes comme le terrorisme ou celles venant des pressions de la Russie de Poutine et le possible retrait américain, l’Europe se retrouve seule face aux défis sécuritaires. La défense européenne verra-t-elle le jour ou restera-t-elle un vulgaire fantasme ? Analyse.


 

Une conjoncture propice et des arguments solides

 

Être abandonné est parfois le meilleur moyen de progresser. Depuis 1949, la défense européenne est assurée par l’intermédiaire de l’OTAN, résultant de la formation du bloc européen et de l’appui des États-Unis. Aujourd’hui, l’Union européenne est fébrile, l’OTAN paraît dépassé, et l’Amérique façon Donald Trump flirte avec l’isolationnisme, laissant à ses risques et périls le Vieux Continent. Mais face à l’adversité, il arrive que l’on trouve soi-même les ressources nécessaires pour s’élever à la hauteur des défis se dressant devant nous. Débarrassés d’un Royaume-Uni hostile vis-à-vis d’une défense européenne qui usait de son veto pour bloquer toutes avancées en la matière, les leaders européens veulent faire de la défense le fer de lance de l’approfondissement de l’Union européenne. Cette vision est étroitement liée à celle d’une Europe à deux vitesses. Dans cette optique, le nombre de sommets et réunions entre les chefs d’État européens s’est multiplié ces dernières semaines. Le mini-sommet à Versailles -r egroupant espagnols, italiens, français et allemands – et le soixantième anniversaire du Traité de Rome ont remis sur les rails l’Europe à deux vitesses et l’intégration plus poussée d’une défense commune. 

L’argent est le nerf de la guerre. Depuis la fin de la Guerre froide, les dépenses en matière de défense sur le continent européen ont énormément diminué. Ayant réussi à faire la paix en son sein, le Vieux continent pensait ne plus avoir de réels ennemis et imaginait qu’il pouvait se passer d’un outil militaire de dissuasion efficace. La réalité est autre. Les attentats perpétrés en Europe ont renversé la situation et de ce fait inversé la courbe des dépenses militaires qui sont reparties à la hausse. Unir les armées nationales dans une défense commune permettrait non seulement d’accroître considérablement le hard power européen, mais aussi de faire des milliards d’euros d’économies en standardisant le matériel militaire, en faisant des économies d’échelles lors des achats, en rationalisant les projets de recherches et développements en mettant à profit l’expertise de toute l’Europe sur un même projet (voir l’infographie ci-dessous).

Potentiel d’une défense européenne et comparaison avec l’armée américaine

 

Les réalités du terrain européen

 

En dépit des avantages économiques indéniables, l’idée d’une Europe de la défense est rattrapée par des réalités politiques et stratégiques. En effet, le populisme germe et se propage en Occident. Les différents partis nationalistes remettent au goût du jour la conception d’un État souverain. Trump, en Amérique, arbore sa politique de l’American First et affiche son euroscepticisme ainsi que ses réserves envers l’Alliance atlantique. Le Brexit marque le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, et les pourparlers de cette séparation s’annoncent ardus. De plus, cette sortie inédite fait rêver les eurosceptiques. Le « Nexit » avec Geert Wilders aux Pays-Bas, ou encore le « Frexit » de Marine Le Pen dans l’Hexagone prennent sensiblement forme. Conséquemment, si le nationalisme l’emporte, les chances de voir l’émergence d’une armée européenne multinationale s’amenuisent.

D’autres considérations géopolitiques interviennent également, venant surtout de l’Est et de la mer Baltique. L’avènement d’une Europe de la défense viendrait potentiellement affaiblir l’OTAN sur le continent européen ce qui affaiblirait à son tour la présence américaine. Or, ces États de l’Est et de la Baltique, frontaliers à la Russie, s’abritent derrière la « garantie américaine » devant un Vladimir Poutine belliqueux.

L’Europe de la politique est fondée sur le couple franco-allemand, mais l’Europe de la défense repose sur la coopération franco-britannique. À cet instant, la question est simple, mais la réponse complexe : comment concrétiser l’armée européenne sans un pilier essentiel qu’est le Royaume-Uni ? Effectivement, les forces armées britanniques disposent du plus important budget en Europe et de facto des capacités militaires les plus conséquentes avec la France. Ajouté à cela, Sa Majesté détient l’arme atomique et donc une puissance de dissuasion considérable et non-négligeable dans le cadre d’une hypothétique armée européenne. 

 

En somme, bien que l’Europe de la défense possède, dans la situation actuelle, une fenêtre de tir pour réaliser sa défense commune avec, qui plus est, des arguments économiques séduisants en ces temps d’austérité, le chemin de la réalisation du projet de défense est semé d’embûches. Les réalités géostratégiques et géopolitiques risquent en effet de mettre à mal le rêve du Europe unie.

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Diego Beaumont

Lycéen en Première ES. Derrière mon sourire attendrissant se cache un féru d'histoire et de politique ayant un projet : Intégrer Science Po !
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