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« L’Opéra », un documentaire qui dévoile les coulisses

« L’Opéra », un documentaire qui dévoile les coulisses
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Bien peu sont les jeunes à avoir déjà foulé le seuil d’un opéra, et encore moins ceux qui sont déjà rentrés à l’Opéra de Paris (Bastille ou Garnier). L’Opéra, un monde à part et fascinant, qui à la fois intrigue et effraie ceux qui ne le connaissent pas, se dévoile dans L’Opéra, un documentaire signé Jean-Stéphane Bron.


 

Une saison dans les coulisses de L’Opéra de Paris. Passant de la danse à la musique, tour à tour ironique, léger et cruel, l’Opéra met en scène des passions humaines, et raconte des tranches de vie, au coeur d’une des plus prestigieuses institutions lyriques du monde.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Un portrait complet du monde de l’Opéra

 

Dans ce documentaire très complet, on peut retrouver tous les corps de métier de l’Opéra : les directeurs, les danseurs, les choristes, les solistes, les enfants, les costumiers, les employés administratifs, les employés de ménage, les pompiers, les régisseurs, les maquilleurs et bien d’autres encore. A la tête de cette maison, Stéphane Lissner, qui règne fermement sur la ruche et qu’on suit pendant sa deuxième saison et sa première année à la tête de la programmation de l’Opéra (sa première saison ayant été planifié par son prédécesseur).

Le documentaire ne se contente pas de brosser un portrait général et édulcoré de la vie à l’Opéra : on y observe les crises, les moments de doute, les échecs et les succès qui rythment toute une année de vie. La saison filmée est celle de 2015-2016, qui a connu entre autres les attentats du 13 novembre, les grandes grèves de la Loi Travail, le passage éclair de Benjamin Millepied en tant que directeur de la danse et la création de Moïse et Aron, un opéra très complexe en rupture avec la direction artistique et esthétique de son prédécesseur. Une grande contrainte pour cet opéra réside dans l’apparition d’un taureau d’abord en cage puis librement sur scène : on assiste donc à sa sélection, à son dressage et à ses premiers pas sur le plateau de l’Opéra accompagné de son éleveur ; tout ce processus peut faire sourire lorsqu’on voit tous les ennuis et les contraintes liés à la venue de ce taureau comme des horaires à respecter, son traitement et ses soins. Mais derrière la représentation, il y a des longs mois de travail pour créer le décor, faire répéter et parer à tous les problèmes techniques, même celui de faire venir un taureau blanc pour la mise en scène.

En parallèle, on suit le parcours de Micha, un jeune chanteur russe qui a étudié à Weimar, et qui a été sélectionné pour être élève à l’Opéra. Il apprend le fonctionnement de l’Opéra mais aussi la langue française, puisqu’il ne parle à son arrivée qu’allemand, russe et un peu d’anglais. On assiste à son audition, à ses premiers pas et à ses progrès dans cet univers tout nouveau pour lui, dans lequel il doit s’adapter pour progresser.

On nous montre aussi les projets mis en place à destination des jeunes, notamment pour les jeunes enfants de quartiers défavorisés, afin de leur permettre de pratiquer un instrument, d’apprendre des morceaux et en juin, de pouvoir faire un concert à l’Opéra devant leurs parents et amis comme un véritable orchestre professionnel. Eux aussi font leurs progrès à leur rythme, avec des échecs et des succès dans la pratique de leur instrument et dans l’interprétation de pièces du répertoire classique.

 

Une ruche agitée et tumultueuse

 

Le documentaire représente bien la difficulté du travail des artistes. La caméra capture des moments de fatigue intense, d’épuisement, d’essoufflement, de stress avant d’entrer sur scène ; la ruche se déploie autour d’eux pour les soulager un maximum. Les habilleuses, dissimulées dans les coulisses, attendent les sorties de scène avec des mouchoirs pour éponger la transpiration et de l’eau pour étancher la soif. Cependant, ces efforts intenses sont récompensés par des prestations sublimes et les chaleureux applaudissements du public : un artiste donne tout pour son travail et son art. Les danseurs et chanteurs répètent inlassablement, s’épuisent, souffrent, mais à la fin s’épanouissent sur scène sous le feu des projecteurs et face à une salle silencieuse suspendue à leurs lèvres ou à leurs corps.

Le documentaire n’occulte pas les tensions et les problèmes qui réside à l’intérieur de la maison : le metteur en scène doit souvent composer avec le choeur et ses exigences et l’on insiste à certains moments d’anthologie où sur une simple mise en scène, un débat peut se créer et avoir des répercussions jusqu’à Dieu (le directeur Lissner appelé « Dieu » car son bureau est « au Ciel » c’est-à-dire tout en haut du bâtiment au 8ème étage) qui doit savoir gérer chaque crise et les apaiser au plus vite car quand un grain de sable perturbe la machinerie, tout l’Opéra s’arrête de fonctionner et donc perd de l’argent. Ou bien lorsqu’un chanteur tombe malade l’avant-veille de la première et qu’il faut chercher de toute urgence un remplaçant (qui a déjà joué l’Opéra dans la saison ou la saison précédente) n’importe où sur la planète pendant le week-end de Pâques pour l’amener à Paris et lui faire répéter la mise en scène (qui peut changer selon les productions) juste avant le lever de rideau.

 

 

L’argent est à la fois le nerf de la guerre mais aussi le grand problème : l’Opéra est déficitaire et ne vit que grâce au soutien de l’Etat ; se pose donc certaines questions, comme le prix des places. Faut-il le baisser pour inciter plus de gens à venir ou faut-il le garder à un niveau élevé, créant donc un fossé entre ceux qui peuvent se payer une excellente place et ceux qui se rabattent sur les moins bonnes places ou sur des spectacles moins chers ? L’Opéra, depuis quelques années, cherche à se démocratiser, à rompre cette barrière pseudo-élitiste qui retient certaines personnes qui pensent que la musique classique ne les concerne pas. Derrière des rideaux rouges, des dorures et des costumes chamarrés, ce ne sont que des passionnés acharnés qui cherchent à faire découvrir leur art au plus grand nombre.

 

La grande force de L’Opéra est son regard neutre et global. Rien n’est oublié : ni la répétition de la danseuse étoile ou du chanteur, ni le régisseur dans sa cabine qui doit donner le top au chef d’orchestre et à chaque artiste, ni l’employé de ménage qui passe avant ou après la représentation pour tout ranger et nettoyer. L’Opéra est une véritable fourmilière vivante, active 24 heures sur 24 : on le voit souvent comme une ville dans la ville, avec tous ses corps de métiers différents, ses petites mains et ses stars qui cohabitent côte à côte pour créer un spectacle grandiose et admirable, applaudi par un public innocent, qui ignore presque tout de ses coulisses. 

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Khâgneuse spé H/G. Mi-bretonne mi-parisienne. Amatrice de séries et amie des chats. Nez dans les bouquins et yeux sur un écran.

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  1. Un bel article qui m’a permis de découvrir un documentaire de plus, j’irai peut-être le voir au cinéma si le temps me le permet.

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