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Nicolas Lambert, « l’a-démocratie » pour la démocratie

Nicolas Lambert, « l’a-démocratie » pour la démocratie
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Nicolas Lambert est ce qu’on pourrait appeler un « journalisto-comédien ». En effet, son travail est d’interpeller les citoyens sur leur propre situation dans la société d’aujourd’hui, en dénonçant, à la manière d’un reportage, les flagrants manques de démocratie dans certains domaines imputés au rôle de l’État. A travers une trilogie théâtrale : « Bleu-Blanc-Rouge – l’a-démocratie », Nicolas Lambert propose une mise au point sur les tenants et les aboutissants de l’industrie du pétrole, du nucléaire et de l’armement en France au XXIème siècle. Rencontre.


 

C’est à force de voir écrit partout « Liberté – Égalité – Fraternité », sur les façades des écoles, de la poste, et de beaucoup d’autres lieux que Nicolas Lambert  a commencé à douter de sa réelle omniprésence dans la vie de la France.

« Si on nous la répète sans cesse (la devise française), c’est qu’on a tendance à l’oublier. Ce ressassement agit comme un pense-bête. »

En 2002, il assiste au procès de l’affaire ELF (ndlr, Total aujourd’hui), duquel va découler le premier volet de sa trilogie : « ELF : la pompe Afrique ». C’est donc sur fond de Françafrique et de valises à billets, que commence son œuvre. Il poursuit ses recherches et s’attaque en 2011 au nucléaire avec « Avenir adieux, une fission française ». Et enfin en 2015, il dénonce le manque de démocratie dans l’industrie de l’armement, traitant de l’attentat de Karachi dans lequel la France est accusée d’être implicitement impliquée, avec « Le maniement des larmes ». Ainsi Nicolas Lambert tente de redonner les clés au spectateur pour comprendre ce qui est peu explicité dans les médias, autrement dit pour comprendre le fonctionnement des domaines régaliens du régime français.

 

Comment décririez-vous votre l’ensemble de votre œuvre ?

Il existe un gouffre aujourd’hui entre la population et le monde du théâtre, peu s’y intéressent. J’essaye donc comme je peux d’intéresser le public sur des sujets aussi importants que ceux qui tiennent de la responsabilité de l’État. « Bleu-Blanc-Rouge – l’a-démocratie » est selon moi une proposition de dédramatisation et d’information, sous la forme d’un reportage au théâtre.

 

Pourriez vous expliquer le titre de votre œuvre (« Bleu-Blanc-Rouge – l’a-démocratie ») ?

Bleu, pour le pétrole ; Blanc pour le nucléaire ; et Rouge pour l’armement. Trois domaine régaliens, c’est à dire qui ont toujours été à la discrétion d’un seul roi (ou empereur, ou président de la République suivant le contexte). Pour ce qui est du « a-démocratie », je voulais au travers du « a » privatif, exprimer le fait qu’aucune forme de démocratie ne règne dans ces domaines. C’est-à-dire que des hommes politiques font en notre nom mais sans notre accord des choix stratégiques et décisifs. La France se dit être la patrie de la démocratie, or elle est parfois inexistante. Certaines décisions sont hors de contrôle, c’est édifiant.

 

Ces spectacles ne participent pas à redorer l’image des politiques, dans une période où leur légitimité auprès de l’opinion publique est faible. Que représentent vos spectacles dans ce contexte ?

Si je peux me permettre, ce n’est pas tant la questions du politique en lui-même, c’est plutôt la question du poste du politique qui importe. On met aujourd’hui beaucoup trop de pouvoir en si peu de mains, je dirais même si peu de doigts. Nicolas Sarkozy pour l’exemple s’est permis certaines choses en Libye, en notre nom. Et nous savons qu’aujourd’hui, le pays est au mains de mafieux. Si Poutine n’avait fait ne serait-ce que le quart du quart de ce qu’à fait Nicolas Sarkozy, nous aurions eu droit à un énorme scandale.

Ce qui est aussi malheureux, c’est qu’au long des spectacles, nous retrouvons toujours les mêmes intermédiaires, même plusieurs années après. Je parle par exemple de monsieur Ziad Takieddine.

Mes spectacles n’existent donc non pas pour attaquer les politiques, mais pour donner aux citoyens les armes pour s’en défendre.

 

Vous dites à la fin de votre spectacle, « il ne faut pas laisser des questions aussi importantes que celles de la Défense, à des personnes qui en ont le goût ». Mais concrètement, que peut nous apporter la connaissance de ces domaines, nous, citoyens « lambda » ?

Aujourd’hui tout est organisé pour que l’on ait pas envie de s’intéresser à ces sujets. Or il est important d’avoir un opinion sur notre propre défense. Ce sont des sujets qui nous concernent, d’autant que l’armement, le nucléaire et le pétrole représentent à eux trois une part conséquente de notre PIB.

Et connaître, c’est déjà beaucoup. On peut plus rapidement identifier une erreur de la part d’un politique. Ce qu’il faudrait, c’est que nous nous emparions de ces sujets, que nous demandions des comptes aux acteurs politiques, et que nous remettions ces sujets sur la place publique. Nous avons la possibilité d’interpeller le reste de citoyens, en contactant facilement son député ou son maire, ou par la presse. Les moyens ne manquent pas, il faut se ressaisir de ces questions.

 

 

Maintenant, je souhaite vous poser quelques questions sur la situation actuelle. Comment s’en sortent les candidats à la présidentielle dans ces domaines ?

Je ne me prononcerait pas trop vite là dessus, je n’ai pas eu réellement le temps de me pencher sur leurs programmes. Mais ce que je sais, c’est qu’il n’excellent pas sur ces sujets. Toutes leurs propositions restent seulement des déclarations, trop fluctuantes. Hamon par exemple, est capable de dire tout et son contraire à propos du nucléaire.

 

Vous président, quelle serait votre première mesure ?

« Je supprimerais le poste de Président »

Comme je l’ai dis tout à l’heure, ce n’est pas tant la personne qui est incompétente, c’est le poste qui devient trop puissant. Il me semble que François Hollande est arrivé à l’Élysée comme l’homme le pacifique de la 5ème République. Pourtant, c’est celui qui a tué sûrement le plus de personnes, et vendu le plus d’armes. Selon moi, il faudrait plus de souveraineté du peuple. Changer les institutions, oui ; mais dans le fond, pas seulement leurs noms. Ne pas laisser les élites décider de tout, et mettre l’ensemble de la population au courant des mesures prises.

Je prend un exemple. En Suisse, ce pays francophone sans président, les citoyens sont mis au courant des actions de l’État et peuvent les contredire. Le ministère de la défense suisse avait par exemple fait le choix de tel avion pour son armée. Certains citoyens qui n’étaient pas en accord avec ce choix, se sont emparés du sujet, et l’on soumis au referendum populaire. Au final, les Suisses n’ont pas validé cette mesure du gouvernement.

Ce doit être à la politique de dicter les évènements et non l’inverse, sinon, on appelle cela un régime gestionnaire. L’attentat de Charlie Hebdo n’a pas été revendiqué par Daech, mais par Al Qaida, opposé à Daech. Peu de gens le savent. Et cela rend encore plus floue la ligne politique en matière d’affaires étrangères, de la France. Si vous la connaissez, je veux bien que vous m’en informiez.

 

Dans cette ambiance très pesante, d’affaires de corruption et de manque de démocratie, avez vous un message d’espoir à délivrer aux jeunes aujourd’hui ?

(Rires) Il vous reste tout à faire les amis ! Et cela promet d’être passionnant.

 

Pour conclure, avez vous un dicton favori ?

(Après une longue hésitation) « Après la pluie, le beau temps ».

 

 

L’œuvre de Nicolas Lambert, est un outil de la plus grande utilité, à qui veut comprendre comment fonctionne le système « démocratique » dans lequel il vit. Elle fait preuve d’une grande intelligence dans la mise en forme, et s’engage au mieux en faveur de la vérité.

Il poursuit ses représentations dans l’ensemble de la France : http://unpasdecote.org/Calendrier/

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Timothé Perrier

Etudiant en terminale ES, qui n'a qu'une seule envie : comprendre le monde dans lequel il vit. Ma motivation quotidienne "je crois que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais" - Xavier Dolan.

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