Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Présidentielle : le débrief du second grand débat

Présidentielle : le débrief du second grand débat
La Rédaction

Le premier débat avait été jugé par certains comme superficiel, -oubliant six candidats- celui-ci ne les a pas oubliés, mais est demeuré sans fond. On ne peut pas tout avoir. A onze, avec moins de 20 minutes de temps de parole pour chaque candidat (F. Fillon, M. Le Pen, B. Hamon, E. Macron, J-L. Mélenchon, F. Asselineau, N. Arthaud, N. Dupont-Aignan, J. Cheminade, P. Poutou, J. Lassalle) il n’a logiquement pas été possible de s’attarder suffisamment sur les différents programmes. Certains candidats sont parfois oubliés, en atteste M.  Fillon qui en début d’émission s’est fait confisquer la parole pendant plus d’une demi heure, et il aura été surtout difficile de se détacher (comme étaient parvenus  à le faire MM. Macron et Mélenchon lors du précédent débat). Le service politique de Radio Londres décrypte pour vous ce débat inédit à plus d’un titre.


 

Bienvenue au spectacle

 

Si certains sont vite parvenus à trouver leur place, à l’instar de Philippe Poutou qui lance à Ruth Elkrief : “c’est pas parce que j’ai pas de cravate qu’il faut me couper”, et de Nathalie Arthaud qui assène l’une des phrases les plus marquantes du débat : “Quand on est mal payé, que ce soit en franc ou en euro, on est mal payé”; les “petits” candidats ont été davantage risibles qu’audibles. Jean Lassalle, novice de l’exercice paraissait totalement perdu, l’air hagard, ne cessant d’enlever et de remettre ses lunettes. Jacques Cheminade semblait extrêmement mal à l’aise, à tel point que les journalistes se sont sentis obligées de l’aider à prendre la parole “Allez y M. Cheminade, lancez-vous !”. François Asselineau n’a cessé de d’aligner les articles de la Constitution française et des traités européens, si bien que le public a fini par s’en amuser. Quand à Nicolas Dupont-Aignan, hautain et donneur de leçon, il est resté inaudible.

Malgré tout, ces six candidats ont apporté avec eux des points de vue rarement évoqués dans les médias. Les propos avaient de quoi étonner. En effet, face à un Asselineau prônant un “Frexit” immédiat et un Dupont-Aignan presque apocalyptique en disant “La France crèvera à petit feu” et évoquant “la faiblesse [française] vis-à-vis des barbares”, Marine Le Pen semblait presque modérée. Pour M. Cheminade qui évoque une “Europe de 30000 lobbyistes”, et accuse Mario Draghi d’être un “banquier douteux”, ainsi que pour M. Poutou et Mme Arthaud qui dénoncent respectivement le “rouleau compresseur capitaliste” et le “grand patronat”, l’ennemi était clair : le capitalisme et le libéralisme.

A côté de cela, les citations choisies par les petits se sont révélées variées et dire que certaines étaient étonnantes serait un doux euphémisme. La palme revient à M. Asselineau qui est parvenu en moins de 20 minutes à citer un proverbe chinois ou à comparer l’Europe au sparadrap du capitaine Haddock dont il ne peut se débarrasser, sans oublier de citer le général De Gaulle à foison.

Certes, ces “petits candidats” parlaient avec abnégation (Poutou et Arthaud en tête), certes leurs points de vue étaient par moment intéressants et argumentés mais ils n’ont tout de même pas pu éviter de sombrer dans la caricature et même dans  le “clownesque”. L’anti-américanisme primaire de M. Cheminade -pour ne citer que cet exemple- criant au complot semble tout droit sorti d’un autre temps et devient rapidement ridicule. Mais si l’on en croit les réseaux sociaux sur lesquels les montages et les “meilleurs moments” -autrement dit les punchlines- pleuvent,  les “petits candidats” ont fait leur boulot : ils ont diverti. Bienvenue à l’ère de la politique spectacle.

 

 

La cour des « grands »

 

Emmanuel Macron, la ligne  »droite ».

La fonction du candidat d’En Marche est restée fidèle à lui-même: lisse et floue à la fois, dans une certaine constance. Le candidat du renouvellement incarnait un tempérament droit, semblable à celui du dernier débat. Lorsqu’il lance à Marine Le Pen  »le nationalisme, c’est la guerre », sur le sujet européen, il y fait une double référence : à son interview, d’abord,  dans le Monde du 3 avril dans laquelle il configue un duel, celui  »des patriotes », le sien, opposé à celui de Le Pen,  »les nationalistes ». Un constat manichéen, à la Clash of Clans, qui fait de Macron le candidat du  »bien » face à Marine le Pen, l’incarnation du « repli sur soi », le « mal » lui-même.

Plus encore, il fait référence à la maxime de François Mitterrand, pour faire signe à sa gauche, notamment à Benoit Hamon qui avait conclu son dernier meeting à Bercy par la même citation. Le candidat libéral perpétue une posture fédératrice, qui existe par le clivage dont font preuve ses adversaires. Moins convaincant que le radical Jean-Luc Mélenchon selon le sondage Elabe de BFMTV, Emmanuel Macron conserve une image mesurée, à défaut d’offenser, et peut-être même de se démarquer.

 

Benoît Hamon, la route est encore longue !

Le 20 mars dernier, lors du premier débat de la présidentielle, Benoît Hamon était passé complètement à côté. “Bouffé” par ses concurrents et fébrile, il avait loupé une occasion de s’affirmer et de se détacher dans les sondages notamment face à Jean-Luc Mélenchon. On peut dire aujourd’hui qu’il y a du mieux mais qu’il va falloir plus, voire beaucoup plus ! Dans cette nouvelle confrontation, Hamon a été plus à l’aise sur les sujets de société, probablement ses favoris.

S’il s’est démarqué par quelques passes d’armes avec Marine Le Pen sur la question du nationalisme ainsi qu’avec Jean-Luc Mélenchon sur le thème de l’Europe, il est resté au même titre que Fillon : assez transparent.

Il semble finalement que cette prestation est encore une fois mitigée pour Benoît Hamon, ce qui n’est pas pour rassurer ses soutiens. Alors que sa campagne bat de l’aile et qu’il a été dépassé par son principal adversaire Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, le débat d’hier ne risque pas d’inverser la tendance. Selon l’enquête Elabe pour BFM TV ce dernier  ressort comme l’un des gagnants, contrairement à Benoît Hamon, dernier des “grands candidats”, jugé convaincant par seulement 9% des sondés… Il reste donc un homme naturel mais qui paraît peu présidentiable.

 

Marine le Pen, en quête de « présidentialité »

Ce débat, elle le savait décisif si elle voulait enfin parvenir à dépasser celui qu’elle talonne depuis déjà quelques semaines dans les sondages : Emmanuel Macron. Ce débat, c’était un affrontement en dehors des logiques de partis, entre les « patriotes » et les « mondialistes« , une bataille qui, une fois remportée, pourrait faire d’elle la candidate inéluctable du second tour.

Fidèle à elle-même, ferme et solide dans ses propos comme dans ses positions, Marine Le Pen a su, à l’instar du premier débat entre les cinq grands candidats, imposer clairement les idées directrices de son programme. Néanmoins, campagne présidentielle oblige, la candidate du Front National a tenté, à maintes reprises, d’élargir le cercle de militants qui constitue traditionnellement sa base électorale en adoptant une attitude moins polémique, davantage en mesure de “rassembler les Français”… Avec plus ou moins de succès.

En effet, si elle a efficacement rappelé sa volonté de préserver le “modèle social à la française” et d’installer, élément neuf par rapport à sa candidature en 2012, “un contexte favorable aux entreprises, en particulier aux TPE/PME”, Marine Le Pen n’a pas su résister à la tentation de lancer quelques piques, notamment en direction de François Fillon… Au risque d’apparaître maladroite, et même parfois vulnérable. Sur la question du terrorisme, elle a ainsi reproché à son adversaire de “donner des chiffres délirants, sans doute tirés de l’institut Montaigne” et d’avoir, “avec le gouvernement qu’il a dirigé, fait n’importe quoi en matière de politique internationale”. Plus tard dans la soirée, sur le thème de l’exemplarité en politique, elle s’est affirmée “persécutée politiquement” dans une affaire qui était, pour sa part, “sans enrichissement personnel”, mettant ainsi en avant les différences présumées entre son démêlé judiciaire et celui de son opposant. Des attaques répétées donc, qui semblent pourtant avoir fait chou blanc face à un François Fillon impassible, capable de s’extirper à chaque fois par une habile pirouette : “Il y a autant de militaires actuellement qu’en 2012. La vraie question c’est celle du terrorisme”.

En revanche, Marine Le Pen a elle aussi, en tant que favorite, été attaquée sur son programme et n’a pas toujours réussi à s’en sortir aussi finement. Interrogée par Jean-Luc Mélenchon sur le respect de la laïcité lorsqu’elle a indiqué défendre “le patrimoine historique et culturel” de la France en “permettant aux mairies d’installer des crèches” en leur sein, la candidate du FN est demeurée dans la confusion, pour finalement retourner, une fois acculée, à l’agressivité et le mépris.

Si sa prestation ne lui aura pas permis de gagner la faveur (et le vote) des indécis, contrairement à ce qu’elle aurait sans doute espéré, Marine Le Pen n’aura au moins rien perdu en participant à ce débat. Chose honorable dans un échange aussi intense, elle est parvenue à conserver la maîtrise de son discours, à défaut d’incarner pleinement une stature présidentielle qui était, pourtant, visiblement recherchée.

 

Fillon, le Républicain effacé du débat

C’est le 5ème plateau où le candidat tourmenté à l’élection présidentielle fait face à ses rivaux : les trois premiers, pour les primaires de la droite et du centre (qui ont été décisifs pour lui) et les deux derniers, pour la Présidentielle 2017 (les deux seuls qui se sont tenus).

De la sécurité à son modèle social, en passant par les emplois, François Fillon a réussi à caser son programme dans les trois thèmes choisis par les journalistes. Il est apparu à l’aise à l’antenne pour expliquer tous les points de son programme présidentiel.

Deux phrases lancées par Fillon, en réponse à Philippe Poutou sont à relever. Lorsque que le candidat du NPA aborde la moralité politique, notamment avec les « tricheries » ou les « vols » de Dassault, Balkany (« c’est tout une œuvre »), et…de Fillon. L’accusant de s’être rempli les poches avec de l’argent public, l’ex-premier ministre s’est défendu « Monsieur Poutou, on n’accuse pas comme ça ! ». Un peu plus tard dans la soirée, Poutou parle de la dette, préoccupant, selon lui, François Fillon. Mais, selon le candidat NPA, « il y pense moins quand il se sert dans les caisses publiques ». Le candidat Républicain rétorque « Oh oh oh, je vais vous foutre un procès à vous, hein ! »

Il a également fortement taclé les journalistes en général, sur leurs positions pendant le paroxysme de l’affaire Penelope Fillon, les accusant d’avoir mené un procès contre lui et même, d’avoir organiser son abandon à l’élection.

Est-ce parce qu’il n’avait pas de téléphone portable devant lui que Fillon est resté effacé et discret pendant tout le débat ? Face à ses adversaires, il est resté assez muet durant près de 4h00. En quelque sorte, Fillon est demeuré sur la seule ligne qui lui était encore possible d’emprunter, celle d’un “moi ou le chaos” au résultat mitigé.

 

 

Jean Luc Mélenchon, « prêt à gouverner »

Grande star du premier débat en hausse dans les sondages à la suite de sa prestation Jean Luc Mélenchon a pu paraître plus en retrait hier soir, relégué au milieu des onze concurrents. Le candidat de la France insoumise a tenu son rang sans réel coup d’éclat, rappelant dès le début de l’émission dans son ton habituel : « la finance doit rendre l’argent ». Il s’est néanmoins fait remarquer plus tard, en deuxième partie de soirée en assenant « Fichez-nous la paix avec la religion » à la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen. Allocution énormément reprise sur les réseaux sociaux. Décevant pour certains, plus responsable pour d’autres, M.Mélenchon a tout de même attiré l’attention sur lui.

Alors qu’il ne devrait pas y avoir de troisième débat entre les candidats avant le premier tour des élections présidentielles, Jean-Luc Mélenchon va-t-il maintenir sa très bonne progression dans les sondages ? Terminera-t-il devant le socialiste Benoît Hamon et pourquoi pas devant François Fillon ? Après un meeting à Châteauroux dimanche où il s’est dit « très fatigué » JLM a prouvé hier soir qu’il avait encore de l’énergie à revendre pour la dernière ligne droite. Espérant que ce deuxième débat consolidera son électorat, lui permettant d’éviter la mauvaise surprise de 2012 (annoncé par les sondages autour de 17%, il avait finalement récolté que 11,1% des voix).

 

Entre échanges et coups de force, ce débat télévisé a, en dépit de ses failles, rempli sa fonction première : permettre aux électeurs de se faire une idée sur chacun des candidats et ainsi de s’orienter vers un vote de conviction. Bien qu’historique, cet échange entre les onze prétendants à l’Elysée n’a cependant que trop renforcé le clivage entre les “petits” candidats prêts à tout pour être audibles et les candidats plus “présidentiables” mais trop prudents dans leurs postures, finalement contraints à une présentation partielle et peu efficace de leurs programmes respectifs. En somme, un débat nécessaire à la démocratie, mais qui s’est avéré rapidement chaotique au vu du nombre de thèmes à aborder. Il s’agissait pourtant de la dernière confrontation entre l’ensemble des candidats, France 2 ayant annulé le débat qui devait se tenir le 20 avril. Rendez-vous donc le 23 avril pour le premier tour de la présidentielle, seule réelle opportunité de savoir quel candidat aura finalement le plus convaincu les Français.

 

Par Gaspard Claude, Matthieu Slisse, Martin Hortin, Claire Lebrun, Théo Metton, Dorian Burnod

The following two tabs change content below.

La Rédaction

Submit a Comment