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Regards sur le journalisme

Regards sur le journalisme
La Rédaction

Dans un contexte d’élection présidentielle et d’effervescence politique, la sphère médiatique est l’institution transmettant traditionnellement l’information. Pourtant, les compétences des médias sont aujourd’hui profondément remises en question. Leur manque présumé d’objectivité ainsi que leur inadaptation aux bouleversements de nos sociétés sont autant de critiques récurrentes de la part des citoyens. Plus inquiétant, ces reproches proviennent de plus en plus d’une certaine frange de la jeune génération, destinée à côtoyer cette institution. Manipulation, liberté d’expression et de presse réduite et perte fatale de crédibilité ? Réponse d’une autre partie de la jeunesse pour qui le journalisme incarne encore un espoir.


 

Coup de projecteur sur la situation du journalisme

 

Submergés d’images et de faits divers parfois biaisés par l’intermédiaire des réseaux sociaux, nous constatons que les jeunes perdent le goût des articles de presse. L’idée d’un “système” oppressif et corrompu domine sans partage l’univers médiatique.

Une des grandes thèses de certains polémistes critiques du journalisme version 2010 est que le “noble journalisme” s’est fait corrompre par l’avènement d’un journalisme de seconde zone : peu pertinent et dans l’affect. En effet, l’avènement de nouvelles technologies, de formats très condensés, de la recherche de sacro-saintes punchlines en 140 caractères, conjugué à la “peopolisation” des politiques, ont bien changé la face du journalisme. Dans un monde d’information accessible partout et par tous, la frontière entre journalisme et racolage, apparaît de moins en moins évidente, et cela révèle un problème non pas du journalisme en tant que tel mais de société.

L’image “faussement libre” des grands médias leur colle à la peau. Certes, la plupart des médias “mainstream” français sont contrôlés par de grands actionnaires, comme Vincent  Bolloré, Xavier Niel ou encore Arnaud Lagardère ; mais peut-on affirmer que ces médias sont totalement enchaînés à des intérêts financiers ? Ce peut être vrai : supporter tel ou tel candidat pour en tirer une notoriété donc des ventes… Mais le média peut aussi mettre en place une ligne éditoriale partisane, liée à son histoire (Marianne ou l’Humanité par exemple). Une certaine pluralité d’opinion est en tout cas préservée. Le pluralisme politique est un des piliers de la démocratie car il amène le débat. Sachant cela, il en est de la responsabilité du lecteur d’avoir un regard critique et de se forger son avis. Chacun peut y trouver son compte, et l’intelligence réside précisément dans cette soif d’opinions contradictoires : “Qui me contredit, m’instruit” écrivait Montaigne.

Face à cela, la presse “totalement libre” – au sens de non contrôlée par de grands actionnaires financiers – demeure en France ! Que dire du Monde Diplomatique, du Canard Enchainé, ou encore de Mediapart ? A ces journaux sont reprochés le caractère engagé, et parfois, “gauchiste” ; le Canard serait misogyne, et Mediapart diffamerait ? Nous disons que ces journaux ont la force et le courage de porter un regard frais et critique sur les puissants.

Non, le monde n’est pas manichéen : tous les journalistes ne sont pas compétents. Tous les journalistes ne sont pas indépendants. Tous les journalistes ne sont pas intègres. Et ce constat nous amène à une nouvelle réflexion : la désacralisation du journalisme, qui n’est aujourd’hui plus de mise. Un journalisme qui doit également faire face à une nouvelle concurrence. Comme le rappelait très justement le président de 20 Minutes Olivier Bonsart dans les colonnes du Figaro : “Tout le monde peut prendre la parole, donner de l’information et la distribuer”. L’avènement de YouTube et d’une nouvelle génération de Youtubeurs, les “vulgarizators” en est le symbole. Ceux-ci donnent une dimension nouvelle à l’information et à son interprétation. On peut citer Osons Causer ou encore Bonjour Tristesse. Cette nouvelle vague est certes concurrentielle, mais le journalisme traditionnel n’en ressort pas forcément affaibli. C’est aussi une occasion pour lui de marquer ses différences.

L’objectif est donc de taille pour les médias traditionnels : pouvoir rivaliser avec la rapidité et l’instantanéité des réseaux sociaux, tout en proposant des informations de qualité. Ceux-ci se donnent, il faut le reconnaître, les moyens de leur ambition : faire de leurs billets les garants de la véracité et de l’analyse de l’information. Et cette volonté se traduit très concrètement par la création de programmes destinés exclusivement à détecter et contrer les publications mensongères. On peut citer l’émission 28 minutes d’Arte, la section “Désintox” de Libération ou encore l’outil “Decodex” du journal Le Monde par exemple.

Tout n’est pas si sombre ; il faut aussi manier les arguments critiques envers le journalisme avec précision.

 

Divers journaux

 

Notre avis

 

Nous ne sommes pas journalistes. Nous sommes des jeunes, des adultes, des étudiants mais avant tout des citoyens français parmi d’autres. Des jeunes esprits en quête d’information pour mieux comprendre le monde dans lequel nous évoluons.

Nous voyons dans le journalisme un amalgame – peut-être grossier – d’une infinité de pratiques (parlons alors des journalismes !) qui forment l’outil qui nous aide à y voir plus clair dans ce monde, un contre-pouvoir qui a pour devoir de mettre en lumière la vérité, une force contre la désinformation connectée ; une volonté réitérée de défendre une vision, une passion, et plus encore, une liberté : celle d’écrire, de penser, sans contrainte. Le journaliste a un rôle très puissant dans la société : il observe, commente, décrit. Parfois il juge, parfois non. Un journaliste montre, parle, écrit, tweete aussi. Le journalisme constitue un précieux outil pour dépasser les idéologies qui restreignent au lieu d’élargir, c’est un vrai contre pouvoir. Nous osons l’affirmer : il est un moteur essentiel pour la construction des individus. Sans tout cela, quelle opinion se forger de notre vie politique, de notre société, de notre avenir si ce n’est notre unique pensée ?

Mais nous regrettons de constater que dans la vie courante, les individus n’ont plus confiance envers les médias, nos regards sur eux sont traversés d’une terrible défiance. Les « de toute façon, les journalistes sont tous pourris, ils ne valent rien et sont là seulement pour détruire les politiques » deviennent monnaie courante. Un regard distant, voire méprisant : lors de l’interview de Marine Le Pen, le 28 mars dernier, sur France 2, la fachosphère a critiqué très violemment David Pujadas. Des tweets haineux. Des tweets honteux. Des tweets sans limites. Le journaliste a été insulté. Terriblement insulté. Et dans ces tweets, nous pouvions découvrir de très agréables hashtags « merdias » contraction poétique de merde et de médias.

Est-il normal qu’une journaliste se fasse insulter sur Facebook ? Elle n’a « qu’à aller se prostituer ailleurs » dit un maire, après une rapide altercation entre Nicolas Dupont-Aignan (qui a quitté le plateau) et Audrey Crespot-Mara sur TF1. C’était le 18 mars dernier, elle a porté plainte. Elle a bien fait.

Nous regrettons aussi que les « fake news » se déversent en de vastes flots, remplaçant l’analyse méthodique, seule gardienne de la vérité, par de la malbouffe de données. On devient infobèses et on aime ça, et on en perd le débat. La vérité dernière est de plus en plus souvent noyée dans les faits divers et les pages people sur les personnalités politiques qui font vendre. Pire encore, la subjectivité tant décriée lorsqu’elle déroge à la présentation exhaustive des faits et idées, gagne chaque jour du terrain ; y compris dans les plus grandes rédactions. Le journalisme aurait-il donc failli à sa mission ? L’essence du projet journalistique a-t-elle échoué ? Trop engagé, mal engagé, tiraillé entre les titres racoleurs (et autres techniques de marketing) et son objectif premier, le journalisme s’est perdu dans une logique de profit infernale qui le contraint à céder sans cesse davantage à la partialité, cette vieille ennemie tenace qui, toujours, réapparaît pour faire le lit des partis.

Nous ne pouvons nous résoudre à cela ; il n’est plus acceptable de lire des tweets ou des posts horribles, ni de lire n’importe quoi. Non, le rôle d’un journaliste n’est pas de détruire des politiques. Ce n’est pas de raconter n’importe quoi. Parce que la liberté d’expression est un bien fondamental qui anime notre pays, il n’est pas acceptable qu’elle soit bafouée. Elle ne peut être écrasée. La liberté d’expression doit exister. M. Sarkozy parle d’une “ingérence médiatique”, mais c’est le sens même des médias, en démocratie ils ne doivent pas être gérés. George Orwell disait parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre. Ainsi, Ils doivent tout révéler, même si cela ne plaît pas. Les médias ont ce pouvoir et ce devoir.

Le journalisme est un partage, un dialogue. Il suffit d’allumer la radio pour nourrir sa culture, les journalistes ont ce rôle de “redistributeur des savoirs”. C’est cette facette du journalisme qui nous attire particulièrement. Le journaliste n’étale pas sa culture, il l’offre, la rend accessible au plus grand nombre. Pour qu’à son tour l’auditeur, le lecteur, le téléspectateur puisse l’offrir à nouveau. Il fait la liaison entre l’information brute, et le public moyen, qui n’a pas forcément toutes les connaissances pour la comprendre dans sa forme initiale. Le journaliste est un pédagogue, il doit aider à la formation d’un esprit critique  ; c’est pourquoi il est essentiel et ne disparaîtra pas.

Alors il faut faire quelque chose. Nous, jeunes, et journalistes tant qu’on le peut, ne souhaitons pas rendre au journalisme une splendeur qu’il n’a peut-être jamais vraiment eue. Nous souhaitons que le journalisme se mette lui-même au défi de nous expliquer dans les détails, de nous donner, à tous, l’ensemble des clés indispensables à la compréhension des événements. De nous redonner le goût du déchiffrage, pour mettre fin aux faits divers qui font diversion. Redevenons ainsi maîtres des sujets qui sont nôtres, quand on veut et comme on veut. Il faut le rendre meilleur : il nous est donné de pouvoir le transformer, le rendre meilleur encore. On entend partout et tout le temps : « votre génération est celle qui changera la société » ; faisons-le et croyons dans ce que le journalisme a de meilleur à apporter à notre société.

 

En ce sens, émerge une nouvelle forme de journalisme dont le rôle ne se limite plus à une banale transmission de l’information mais qui s’ouvre davantage vers une véritable lecture de cette dernière, lisible et accessible à tous. Là est sans doute le devenir du journalisme : une entité que les machines ne peuvent pas remplacer, garante d’une analyse sérieuse, vérifiée, contrôlée, seule en capacité de donner les clés suffisantes aux lecteurs pour comprendre le monde qui les entoure. Difficile de s’empêcher d’achever cet appel à une profonde autocritique du journalisme par une éclairante citation d’Olivier Bonsart qui n’est que trop révélatrice des enjeux qui attendent, à l’avenir, les institutions de l’information : “Il faut réinventer le journalisme au rythme où la société d’information et même la démocratie se réinventent”. Et l’on serait même tentés d’ajouter : sans quoi la démocratie et la société d’information dépasseront, sans regret, le journalisme lui-même.

 

Des liens d’articles pour aller plus loin

Article rédigé par Matthieu Slisse, Zacharie Kartener, Burnod Dorian, Mohammed Azzaoui, Gaël Copin, Gaspard Claude, Martin Hortin, Timothé Perrier, Vianney Savatier et Théo Metton.

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La Rédaction

Comments

  1. Sébastien Lucero

    Par rapport aux media dans nos démocraties, je vous conseille de lire ou entendre les analyses de Noam Chomsky, entre autres: « Manufacturing Consent » (https://youtu.be/AnrBQEAM3rE) ça date, mais c’est toujours valable, et même s’il parle surtout des États-Unis les situations sont les mêmes ou similaires dans tous les pays occidentaux.

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