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#SansMoiLe7Mai : Emmanuel Macron, écoutez les potentiels abstentionnistes

#SansMoiLe7Mai : Emmanuel Macron, écoutez les potentiels abstentionnistes
Maxime Haes

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle, comme la majorité des internautes, j’étais rivé sur les résultats et sur Twitter. Le mouvement d’abstentionnistes se fait entendre. Certains s’en moquent. Le reste ne comprend pas. Comme moi. Jusqu’à ce que je tombe sur le texte d’une potentielle abstentionniste.


 

Les résultats tombent. Je suis scindé entre soulagement et colère. Soulagement parce que face à Marine Le Pen, nous avons Emmanuel Macron, indéniablement démocrate. Colère parce que Emmanuel Macron ne reflète pas mon idéal absolu, en ce sens que le programme économique qu’il soutient n’est pas assez porté sur le social. Trop peu tourné vers les problèmes que rencontrent les millions de français appauvris par des politiques d’austérités plus inutiles les unes que les autres, dragués par le repli identitaire et les illusions proposées par le FN. Et que son programme, tel qu’il est établi, ne répondra pas à leurs besoins.

Comme la majorité des électeurs horrifiés à l’idée de voir l’héritière de Jean Marie Le Pen et ses soutiens franchir les portes de l’Elysée, mon choix de second tour s’opère promptement. Je voterai, en me pinçant le nez, pour Emmanuel Macron, malgré plusieurs désaccords que j’ai avec ledit programme. Parce que l’heure est beaucoup trop grave pour que je ne laisse le FN accéder au pouvoir. Parce qu’il est, quoiqu’on dise, aux antipodes d’une candidate nationaliste dont on oublie trop souvent qu’elle est, elle et dans son parti, poursuivie par la justice. J’ai d’ailleurs écrit un long post sur mon Facebook pour éclaircir mon choix, parce que je considère que cette élection est bien trop vitale pour rester silencieux auprès de mes amis.

J’avais déjà, début mars, lancé un thread sur Twitter. Une série de tweets, sourcés, pour énumérer les frasques judiciaires du FN, ou encore les dérives haineuses de ses élus, cadres et militants. Il y en a déjà plus d’une centaine au compteur. Le but n’était et n’est pas de convaincre les convaincus mais bien de faire prendre conscience aux hésitants de ce que représentent le FN et ses soutiens.

 

 

Entre temps, le hashtag #SansMoiLe7Mai apparaît. Et je découvre l’immense mouvement de melenchonnistes et d’électeurs se revendiquant de gauche, clamer haut et fort qu’ils s’abstiendront le 7 mai.

 

 

Stupeur. Quoi ? Comment peut-on se prétendre républicain, démocrate, et s’abstenir face à une Marine Le Pen qui menace notre économie déjà bien asthénique ? Une Marine Le Pen qui menace nos libertés, déjà bien abîmées ? Une Marine Le Pen qui menace les droits des plus faibles et des minorités, trop peu protégés ? Sans compter le racisme, l’homophobie, la xénophobie et ces mouvements de haine qui l’accompagnent. Pas plus tard qu’hier, on apprend que le président du FN par interim (puisqu’elle s’est mise en retrait pour l’élection) n’est autre que Jean-François Jalkh, un individu doutant de l’utilisation du Zyklon B dans les chambres à gaz. A la bonne heure !

Je parcours le hashtag, entre dégoût et incompréhension. Je partage mon avis, qui est que face à ce danger que représente le post-fascisme, l’hésitation ne peut avoir sa place. La responsabilité citoyenne dans une république se doit de sauvegarder la démocratie. Je valide les principales analogies sabrant cette logique. En évitant toute condescendance. C’est leur choix. Mais je ne le comprends pas.

 

 

Puis, en déroulant mon fil Twitter, je tombe sur ce tweet et ce texte, d’une militante melenchonniste, @Thaliane_K. Et là, je prends conscience que cette élection n’est pas semblable à 2002. Bien que les sondages présagent d’ores et déjà une large avance pour Macron, il n’empêche qu’il reste deux semaines. Deux semaines, c’est énorme. Il n’empêche que Le Pen peut encore l’emporter, et que non, les français désabusés ne voteront pas systématiquement « contre ». Rien n’est assuré. Bien au contraire. Le danger est réel. Et les prises de recul plus que nécessaires. Thaliane vient de m’en faire prendre une.

 

 

Cette militante évoque d’abord son expérience, parle de son parcours. De l’après 2002 où elle a commencé à s’investir dans le militantisme, pour ne plus revivre l’expérience d’un Chirac contre Le Pen. « Je faisais partie de la grande Marche contre le FN, (…) au second tour, sans pince à linge, je votais Chirac et dépouillais heureuse que mon bureau vote à 90% comme moi », écrit-elle.

Thaliane s’engage activement à partir de 2010, d’abord dans son école et son « quartier du Paris populaire et multicolore ». Elle rejoint ATD Quart Monde (association de lutte contre la pauvreté et pour les droits de l’homme). Puis participe à la campagne de Hollande en 2012. Sauf que, le quinquennat du président lui fait réaliser que sa politique « ne fait qu’alimenter le vote FN ». Elle n’est pas la seule.

Aux régionales, elle écrit avoir « une rage plus violente qu’en 2002 » de devoir voter Xavier Bertrand « parce que Le Pen était à 40% » dans sa nouvelle région. Elle renforce son engagement contre la politique départementale « qui retire le RSA à des sans-abris et à des familles déjà accablées ». Contre la politique régionale qui « laisse prospérer la haine des migrants en ne les accueillant pas dignement ». Contre la politique nationale « qui a jeté des centaines de milliers de gens dans les rues contre plus de précarité au travail, qui a atteint aux libertés individuelles en maintenant l’Etat d’urgence pendant 17 mois, qui a distribué des dizaines de milliards aux Entreprises du CAC40 qui se sont empressées de les distribuer en dividendes ».

Depuis l’été 2016, elle s’engage dans le mouvement des Insoumis de Jean Luc Mélenchon pour « le renouveau démocratique et l’éradication de la pauvreté », qui sont selon elle les meilleurs moyens de lutter contre le FN.

 

« Je crois avoir convaincu plus d’un électeur FN  »

 

Sur les marchés ou chez les gens en porte-à-porte, elle écrit avoir convaincu plus d’un électeur FN, « que le rejet des étrangers ne changera pas sa vie et qu’il y avait une véritable alternative, une autre société possible qui cesse de les mettre au ban ».

Elle critique ensuite la couverture médiatique qui a été faite sur Jean-Luc Mélenchon, mais aussi la prise de position du président François Hollande, pour qui elle avait fait campagne 5 ans plus tôt, après l’ascension fulgurante de Mélenchon dans les sondages, dont le but était de « mettre en garde » contre son candidat « plutôt que Le Pen ».

« Nous avons continué à chercher, à convaincre, en argumentant contre ces discours ravageurs (…) ça n’a pas suffi. Le discours de la haine et de peur a fait 700.000 voix de plus que mes convictions » poursuit-elle dans son texte.

 

« Que Macron fasse son travail de candidat. Et je ferai mon travail d’électrice  »

 

Enfin, Thaliane termine sur ce qui résume l’abstention à venir : « Et me voilà sommée aujourd’hui de « prouver » ma lutte contre le FN en adoubant Macron qui me semble réaliser toutes les prophéties auto-réalisatrices du FN et dont la politique annoncée ne propose rien pour lutter contre les désespérances qui alimentent la xénophobie et le repli identitaire », « J’ai déjà fait mon travail de militante contre le FN. Qu’il (Macron) fasse son travail de candidat. Et je ferai mon travail d’électrice ». Tout est dit.

Emmanuel Macron, écoutez ceux qui se battent contre l’idéologie du FN, contre sa politique. Ecoutez ceux qui aujourd’hui, désabusés, à justes raisons, en viennent à lâcher prise, et aborder l’abstention comme une fatalité. Ecoutez ceux qui vivent les politiques d’austérité menées depuis des années et des années. Ecoutez ceux qui, impuissants, voient leurs conséquences, et ne cessent d’alarmer. Ecoutez ceux qui comprennent le vote FN, et savent ce qui l’entretient et le renforce. Ecoutez les quasi 26% d’électeurs de gauche, et prouvez-leur, démontrez-leur que vous les avez entendus et agirez en conséquence.

 

Emmanuel Macron se présente comme le candidat rassembleur, et il est vrai, il a su rassembler divers horizons, bien plus que n’importe quel autre candidat. Mais demain, et avant le 7 mai, il lui faudra prouver qu’il est capable de battre le rappel chez les 26% d’électeurs désabusés et ceux qui se sont abstenus au premier tour. Il lui faudra prouver qu’il peut répondre aux besoins de ceux qui aujourd’hui ou demain se tourneront, bercés d’illusions et de désespoirs, vers Marine Le Pen. La menace de 2017 sera présente en 2022 s’il les ignore. Et l’escorter à l’Elysée par les urnes ne garantit pas qu’elle en sortira de la même manière. Il y a urgence en France.

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Maxime Haes

Etudiant Master - International Business & Marketing aux USA

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