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Gouvieux, bureau de vote n°5

Gouvieux, bureau de vote n°5
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A l’occasion du second tour des élections présidentielles, Radio Londres a visité le bureau de vote de Gouvieux, une petite commune des Hauts-de-France, où se cristallisent les enjeux chers aux électeurs depuis le début de la campagne. Détour campagnard.


 

Le bureau de vote n°5 de Gouvieux se trouve dans l’école Marcel Pagnol. L’entrée est discrète, entre deux trous de verdure. Il faut contourner l’entrée et ses gribouillages enfantins ; on vote dans le bâtiment suivant. Il est 16h30 – heure scolaire s’il en est. Quelques enfants jouent dans la cour. Leurs parents sont de vagues silhouettes derrière le voile de l’isoloir.

On connaît la commune par accident, à cause de la gare qu’elle nomme conjointement avec Chantilly, sa voisine plus fortunée qui accueille volontiers les Parisiens chics pour leurs escapades campagnardes. Depuis 1983, Patrice Marchand (Les Républicains) et son équipe municipale gèrent la bourgade. On est encore trop près de Paris pour voter massivement aux extrêmes. Parmi les trois quarts des votants qui se sont rendus aux urnes, un peu moins d’un tiers ont préféré la candidate au candidat.

Stéphane, 54 ans, est assesseur. Lui est venu « pour sortir de son marasme ». Il tient un petit sac de papier brun, son « quatre heures ». Il reviendra plus tard, pour dépouiller peut-être, dans cette ambiance « bon enfant ». Il est venu par hasard, après avoir entendu deux assesseures parler à la piscine de la communauté de communes.

A l’intérieur, c’est café « un peu fort et un peu chaud » et viennoiseries. On reçoit les votants par vague dans les cinq isoloirs couleur saumon passée. On devise sur le vote, « on n’est pas chauvins », et puis « l’important c’est d’être venu ». Pourtant, la participation a baissé de cinq points par rapport au premier tour, en descente graduelle depuis 2007. Ici, l’abstention désole, « on arrivera pas à dépasser les 1050 voix du premier tour, c’est sûr ».

Dehors, c’est le même son de cloche que dans beaucoup de petites villes, il faut faire « mieux dans l’économie », dit Marie, 67 ans. « Plus d’ordre dans le pays » et des « bonnes retraites » pour Manon, 20 ans, qui a décidé de voter blanc au dernier moment. La plupart des riverains fuient vite le bureau de vote après l’échange de rigueur, pour s’occuper d’une famille, d’un cheval – Chantilly et ses écuries ne sont qu’à quelques kilomètres.

De manière général, on habite ici depuis quinze, dix-sept, vingt ans, on vote par « devoir civique ». Au rythme lancinant des numéros, on jette son bulletin dans l’urne pour le « copain marocain » de sa fille, ou parce qu’on a « des amis en Allemagne » et qu’on n’imagine pas « devoir changer nos francs pour des euros à la frontière, non mais ».

Au cœur du clivage, l’Union européenne, dont la mention provoque soupirs et exaltation. Elle est décidément le symbole de cette élection, jusque dans les petites communes de campagne. Ligne de démarcation entre la France mondialisée et celle qu’on se complaît à appeler « la France d’en bas », elle est au centre des préoccupations de Pierre, 69 ans. Lui est fédéraliste convaincu, parce la France seule, rit-il, « aujourd’hui, c’est rien ».

Et la jeunesse ? Entre les familles et les retraités, les quelques jeunes qui viennent voter ne s’attardent pas. On parvient à peine à retenir Maxime* avant qu’il ne s’éloigne de ce bulletin jeté « par dépit, pour ne pas avoir de gros dégâts en France ». Olivier, 20 ans, est plus bavard, parle avec de grands gestes enthousiastes. C’est le seul qu’on rencontre avec un brin « d’espoir » dans la voix, appelant de ses vœux une « France nouvelle ».

Il rate de peu le maire, Patrice Marchand, qui débarque du bureau de vote du hameau voisin de Chaumont. Cheveux gris, lunettes rectangulaires, sourire débonnaire, il semble connaître une bonne moitié des votants de dernière minute. Entre deux poignées de main, il raconte avec fierté la construction du centre-ville entreprise depuis les années 1980. Et déplore la montée récente du « Front nat’ » aux élections départementales, que ses actions n’ont pas pu enrayer.

Pas de liste municipale pour le parti d’extrême-droite à Gouvieux, mais une liste départementale qui fait que les électeurs « se déchaînent », selon Patrice Marchand. Ce soir, pourtant, il affiche une mine confiante. Après le dépouillement, on ouvrira une des mille et quelques bouteilles produites à partir de la vigne voisine, pour célébrer un résultat dont peu semblent douter.

 

* Prénom modifié.

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Etudiante en deuxième année à Sciences Po Paris (campus de Reims). Gardienne de buts et passionnée d'écriture sous toutes ses formes.

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