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Emmanuel Macron président : les enseignements à tirer du scrutin

élection présidentielle

Jeu, set et match. Au terme d’une campagne 2017 vertigineuse et haute en couleurs, le verdict est tombé : Emmanuel Macron, chef de file de son parti En Marche !, devient le 8ème président de la Vème République à seulement 39 ans, avec environ 65% des suffrages. Victoire de la République, progression et échec du Front national, la France “en marche” ? Radio Londres propose son expertise pour le second tour de la présidentielle. Analyse.  


 

Le Front National, face à un inéluctable “plafond de verre” ?

 

La France entière attendait ce duel au sommet entre le challenger et la candidate anti-système. Depuis la prise en main du Front National par Marine Le Pen en 2011, le parti d’extrême droite a entamé une véritable ascension. Des européennes aux régionales, toutes les élections du dernier quinquennat ont été marquées par l’avènement du FN comme une force politique majeure en France. Cette élection n’a pas dérogé à cette montée en puissance. Marine Le Pen a rassemblé quatre millions de vote et donc 12% de plus que son père en 2002.

La progression est incontestable et reflète bien la montée des mouvements de contestation vis-à-vis des partis traditionnels. Presque 35%. Le score est sans précédent. Le ton grave adopté par le président nouvellement élu lors de sa première allocution révèle bien la gravité de la situation. Bien que vaincu, le Front National n’a jamais été aussi puissant. La courbe de cette progression est stoppée, mais pas encore inversée. D’ailleurs, cet échec pourrait bien constituer un nouveau départ. Marine Le Pen, dans son discours de défaite annonce qu’elle sera la première puissance d’opposition avec sa formation, qui allait se refonder dans « une nouvelle force politique ». Le paysage français est en recomposition et le FN en transformation. Ce n’est pas la fin de l’histoire, simplement une nouvelle page qui s’ouvre.

Malgré tout, cette grande chevauchée se heurte à la réalité. Même sans un réel front républicain à son encontre, Marine Le Pen est largement battue. De plus, pour convaincre, Marine Le Pen a dû faire des concessions, poursuivant la politique de dédiabolisation menée depuis six ans : son programme se modère, notamment sur la politique européenne où ses propositions sur la sortie de l’euro sont de plus en plus modérées ; et le FN cherche des alliés, comme en témoigne l’alliance avec Debout la France et le ticket Marine Le Pen-Nicolas Dupont-Aignan.

Finalement, comme face à un “plafond de verre”, le FN se voit, une nouvelle fois, stoppé à la porte du pouvoir élyséen. En effet, la France semble être dotée d’une protection anti-FN structurelle en raison de son système électoral. Pour tout gagner, il faut recueillir la majorité des suffrages exprimés au second tour. De ce fait, l’unique chance vraisemblable de voir le FN gagner est de conjuguer très fort taux d’abstention et le rejet, ainsi que la division, des partis de gouvernement. Or, cette conjoncture exceptionnelle paraît chimérique.    

 

À campagne extraordinaire, président peu commun

 

Quelle campagne ! Digne des meilleurs séries télévisées, elle mériterait presque le titre de Game of Thrones français. Il est important de souligner l’aspect spectaculaire du travail réalisé par le mouvement d’Emmanuel Macron. En effet, de personnage politique encore inconnu il y a pas moins de 2 ans (le mouvement En Marche ! a été créé il y a près d’un an), il s’est peu à peu hissé sur le devant de la scène jusqu’à devenir le nouveau président de la République. En terme strict de campagne présidentielle, le seul qui a semblé lui tenir tête est Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise, avec finalement moins de succès…

Mais En Marche ! et Emmanuel Macron ont pu aussi bénéficier d’un alignement incroyable des planètes en leur faveur : après les évictions successives d’Alain Juppé et Manuel Valls au profit de François Fillon et Benoît Hamon, ils ont bénéficié d’un espace incroyable pour rassembler tous les français modérés, de droite ou de gauche et ce même au niveau d’élus Les Républicains ou PS. Comment ne pas croire en sa bonne étoile quand les nuages noirs s’amoncellent au dessus de la tête du candidat de droite et que les désistements s’accumulent chez celui du parti de la rose. Quel chance pour lui, enfin, lorsque l’on peut bénéficier d’une finale contre la candidate FN avec les avantages qu’un – relatif – front républicain offre !

Cependant, il serait réducteur de ne pas accorder de mérite à Emmanuel Macron. Car il faut dire qu’il a réussi son pari. Le pari de quitter le gouvernement alors qu’il avait la possibilité de faire ses preuves en tant que ministre de l’Economie. Le pari de bouleverser les règles du jeu politique en se posant comme un candidat dépassant les clivages. Le pari de l’outsider qui, en naviguant entre deux eaux, a réussi à coiffer au poteau tous ses concurrents. Mais quelles sont les raisons de cette victoire ? Ce n’est probablement pas un programme, car celui-ci n’a été publié que tard dans la campagne, et il semble d’après les sondages que ce ne soit pas la raison majeure du vote en sa faveur. Peut-être est-ce plutôt son personnage, son image, qui ont été bâtis avec une qualité rare. À l’image de responsables politiques outre-atlantique (Obama, Trudeau, plus récemment Trump), c’est la communication, le marketing, qui ont sans doute été les clés du succès… À moins de 40 ans, malgré son passé de banquier et de hollandien, il incarne un « vent de fraîcheur » qui a balayé toute opposition sur son passage. Inexpérimenté mais fougueux, imprécis et trouble dans son programme mais diablement optimiste, on peut aujourd’hui se demander quel élan donnera-t-il à la France…

 

Quelle France avec Emmanuel Macron ?

 

Nos concitoyens ont jeté leur dévolu, après plusieurs mois de bataille intensive où l’arène politique n’a eu de cesse de dévoiler de nouvelles péripéties et rebondissements, sur Emmanuel Macron, aujourd’hui chef de l’Etat en charge de gouverner une nation : la France. Rupture, continuité ou synthèse de la politique menée depuis déjà cinq ans par François Hollande ? Quelle France Emmanuel Macron rêve t-il donc d’incarner ? À défaut d’être en mesure de présenter une vision exhaustive de la politique hypothétiquement attendue par notre nouveau président, nous pouvons, dès à présent, affirmer les grandes lignes d’un programme ou plutôt d’une idéologie qui s’est, progressivement mais résolument, imposée au sein d’une campagne mouvementée comme la voie à suivre.

Or c’est précisément sur cet aspect particulièrement mouvementé de l’élection et des enjeux qu’elle sous-entend que réside le véritable secret du succès Macron. En effet, fondée sur une ambivalence structurelle entre néolibéralisme et intervention de l’Etat, entre économie et social ou encore entre droite et gauche, la proposition politique d’Emmanuel Macron est ainsi née. Elle a finalement éclos et conquis l’espace politique, dans la nécessité de faire face à un monde bouleversé et d’adopter certains repères communs, tout en incarnant cette volonté croissante de renouveau et de dépassement des codes traditionnels.

Une chose est claire : Emmanuel Macron refuse une quelconque forme d’appartenance à un courant politique déjà existant. Pourtant, nombreux sont les indices laissant présager que le hollandisme l’a profondément marqué et qu’il serait, sans doute, prêt à en reprendre quelques aboutissants. L’Europe, qu’il s’efforce de défendre corps et âme face à la tempête en est l’exemple type. Selon lui, la puissance de l’Union Européenne ne peut se reconstruire que sur la base d’une nouvelle union : celle de la défense, de l’Europe à plusieurs vitesses, une vision déjà particulièrement revendiquée par son mentor. Plus qu’un simple élément de programme, son positionnement sur la question européenne incarne pleinement son souci de la synthèse politique: si l’on désire conduire l’UE vers davantage de démocratie et de sentiment d’appartenance de la part des citoyens, il est nécessaire d’y jouer un rôle important et se lancer promptement dans la course. Plus généralement, la candidature Macron représente parfaitement ce subtil équilibre entre l’acceptation de l’ordre actuel (Europe, libre-échange, démocratie libérale etc. ) et sa modération (protection des individus, et, de facto, connaissance des failles du système défendu) et révèle en cela sa profonde contradiction qui est aussi sa plus grande force.

 

Ce diptyque, qui puise ses racines dans la situation tout aussi contradictoire de nos sociétés modernes, se retrouve également dans la démarche même du candidat.

Enarque, ancien haut fonctionnaire et grand banquier, l’homme possède, à seulement 39 ans, toutes les marques du “système” dont la campagne a prouvé à maintes reprises l’aversion grandissante de certains envers ce dernier. Pourtant, allant outre ses origines qui lui ont été tant et tant reprochées, M. Macron a su, non sans difficulté il est vrai, apparaître peu à peu tel le détenteur d’un souffle nouveau, ce vent à la fois inconnu et attendu : un bouleversement substantiel de l’échiquier politique ; et plus encore, de la vie politique elle-même. Ainsi, que dire de son projet de loi de moralisation de la vie politique, qui, bien qu’encore assez vague dans ses contours, prévoit tout de même une limitation du nombre de mandats dans le temps, une réduction de près d’un tiers du nombre de membres du Congrès, la fin des régimes spéciaux de retraite, et des passes-droits judiciaires s’il ne faut citer que ces mesures. Que dire, en outre, de sa volonté d’intégrer dans son gouvernement, dont nous devrions prochainement connaître la constitution, des membres directs de la société civile ? Enfin, que penser de l’axe principal de toute sa campagne : le dépassement des clivages politiques traditionnels dans l’optique de former une France unie dans une même cohérence, plus fédératrice ?

Une nouvelle fois, l’opposition manichéenne, ou justement non-manichéenne, trouve son essor mais parvient toutefois à ne pas se perdre dans une complexité qui lui serait sans doute fatale. Cap assumé donc, vers l’ouverture où le libéralisme occupera pour beaucoup le champ économique et laissera aux acteurs sociaux une large amplitude tout en protégeant, héritage de la gauche s’entend, ceux qui n’ont pas la chance de posséder cette liberté. Si sur le plan théorique la feuille de route se tient, il demeure la question du concret. Comment mêler Europe actuelle et démocratie plénière ? Comment assurer protection dans un avenir libéralisé ou libéraliser pleinement les moyens avec le “bouclier” proposé ? Enfin, comment assurer cohésion politique dans une France divisée de toutes parts où l’élection même d’Emmanuel Macron incarne ce saut dans l’inconnu et où nul n’est assuré de ressortir indemne ? Seul l’avenir sera à même de l’indiquer. Il est certain que le nouveau président de la République française semble déterminé, “au-delà du bien et du mal”, à marquer l’histoire philosophiquement.

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Martin Hortin, Diego Beaumont, Sami Ayadi, Dorian Burnod et Théo Metton

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Comments

  1. Dominique

    Bel angélisme.la réalité c’est que son programme accentuera les inégalités et laissera sur le bord de la route ceux qui n’ont pas la chance d’être nés avec des capacités suffisantes pour affronter la vie

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