Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Expression et opinions politiques sur les réseaux sociaux

Expression et opinions politiques sur les réseaux sociaux
mm

À l’heure de l’élection présidentielle française, de plus en plus d’internautes expriment leurs opinions politiques sur les réseaux sociaux. Si les avis divergent sur la pertinence de ce lieu d’expression, cette tendance souligne également la différence entre l’expression sur les réseaux sociaux et dans la « vie réelle ». Cette notion, par opposition à la « vie virtuelle », est exprimée par l’abréviation IRL, In Real Life. Quelles sont les différences majeures entre ces deux modes de communication ? Pour quelles raisons les internautes préfèrent-ils ou non exprimer leurs opinions politiques sur les réseaux sociaux ?


 

L’expression sur la toile ou IRL : du pareil au même ?

 

Les réseaux sociaux accueillent de plus en plus d’internautes. Facebook est le plus utilisé d’entre eux, avec 32 millions d’utilisateurs actifs en France, soit près d’un Français sur deux. À l’échelle mondiale, il dépasse les 1,8 milliards d’utilisateurs d’après la newsroom du réseau social. Par comparaison, Twitter compte 12 millions d’utilisateurs français et 300 millions dans le monde. L’activité sur ces réseaux s’accroît d’année en année et le contenu se diversifie : anecdotes, photos, actualités, opinions politiques… Si les internautes s’expriment davantage sur les réseaux sociaux, ils ne communiquent pas forcément à l’identique IRL.

 

Extrait de l'étude réalisée du 27 avril au 2 mai 2017 par Léa Szulewicz

Extrait de l’étude réalisée du 27 avril au 2 mai 2017 par Léa Szulewicz

La moyenne du nombre « d’amis » sur Facebook dépasse les 150 personnes, auxquelles s’adresse simultanément chaque publication. Compte tenu des difficultés naturelles que présente une prise de parole face à un public aussi important, les réseaux sociaux apparaissent comme une solution pour s’adresser plus facilement à un plus grand nombre de personnes. Une enquête réalisée majoritairement auprès de jeunes âgés de 15 à 35 ans révèle les raisons invoquées pour justifier les différences entre les communications réelle et virtuelle. Parmi les personnes ayant un avis tranché, la majorité reconnaît qu’il est « plus facile de communiquer sur Facebook ou Twitter que dans la “vie réelle” ». Les arguments avancés en ce sens peuvent être regroupés en trois catégories.

 

La confrontation, le temps court et les défauts de l’oral évités sur les réseaux sociaux

 

Premièrement, l’absence de confrontation directe est appréciée. L’écran de son ordinateur ou de son smartphone offre une protection permettant d’échapper aux réactions immédiates de ses interlocuteurs. En évitant ainsi la confrontation directe et le jugement frontal, on ose plus facilement. L’anonymat facilite également l’initiative : un faux nom, une fausse personnalité plus « assurée » que dans la vie réelle… Il est donc possible d’incarner un personnage qui nous ressemble, mais avec une assurance factice. Les réseaux sociaux apparaissent alors comme le temple du « paraître », permis par l’absence de contact physique avec son interlocuteur et une confiance en soi accrue.

 

Extrait de l’étude réalisée du 27 avril au 2 mai 2017 par Léa Szulewicz

Ensuite, la notion du temps est très souvent mise en avant dans les réponses. Tout d’abord, les réseaux sociaux permettent de prendre le temps de réfléchir et de structurer un propos. Ils offrent également la possibilité de vérifier des informations avant de les publier et de les modifier au besoin. L’écriture permet donc de mieux formuler ses idées et de choisir ses mots avec soin, détail d’autant plus important qu’une trace écrite est conservée en l’état.

Enfin, l’expression sur un réseau social permet de s’adresser en une seule fois à un public varié, en contournant les défauts liés à la prise de parole. Effectivement, une publication sur Facebook ou Twitter ne contient ni bégaiement, ni hésitation, ni tic de langage, ni geste parasite. Cela est notamment lié à la distance émotionnelle prise par rapport au public récepteur du message. L’internaute, à l’abri des émotions suscitées par une prise de parole, ne s’en trouve donc pas affecté. Ce filtre émotionnel peut cependant être considéré comme un défaut et fait aussi partie des facteurs évoqués par les internautes qui préfèrent la communication orale à la communication virtuelle.

 

« Rien ne vaut l’IRL »

 

L’absence d’émotion dans les publications sur les réseaux sociaux peut engendrer des problèmes de communication. Effectivement, la manifestation d’émotions permet d’apporter des nuances : à l’écrit, il n’y a pas d’intonation et les propos peuvent être mal interprétés. Une phrase neutre peut prendre des sens complètement opposés si elle est lue avec une intonation joyeuse ou agacée.

Facebook a d’abord tenté de pallier ce problème avec les smileys, permettant de suggérer une expression faciale précise. Puis, le réseau social a ajouté la possibilité d’associer des humeurs aux publications. Ainsi, pour publier une bonne nouvelle, l’internaute peut l’assortir de l’humeur « heureux » ou « ravi ». Néanmoins, cela implique que l’internaute ait voulu partager son émotion ; or dissimuler sa surprise est plus facile sur un réseau social, en omettant tout signe explicite, que face à son interlocuteur qui ne pourra s’empêcher de remarquer un haussement de sourcils involontaire ou des bras subitement croisés. La relation peut donc se trouver biaisée par le fait de « choisir » d’exprimer ou non son émotion.

Ainsi parmi les avantages de la communication IRL, sont mis en avant une meilleure compréhension, la présence des émotions, une approche plus directe qui permet de nuancer et préciser un propos, ce qui confère à cette communication une meilleure efficacité.

Ces deux visions ne sont pas pour autant antagonistes. La majorité des internautes interrogés a justifié les différences de communications par la différence du public visé, impliquant d’adapter sa manière de communiquer. Selon ce résultat, il n’y aurait pas de moyen d’expression privilégié mais deux méthodes utilisées selon des objectifs distincts. Parmi eux, ceux à visée politique font débat : l’étude réalisée montre un quasi-équilibre entre les deux positions.

 

Contre les opinions politiques sur les réseaux sociaux : un problème structurel

 

Extrait de l’étude réalisée du 27 avril au 2 mai 2017 par Léa Szulewicz

Les internautes considérant que les opinions politiques n’ont « rien à faire sur les réseaux sociaux » font valoir le paradoxe entre l’aspect personnel de ces opinions et la dimension publique des réseaux. En effet, ils ne souhaitent pas être jugés selon leurs opinions politiques. De plus, la trace écrite des publications étant conservée, il importe de mesurer ses propos puisque ceux-ci ne peuvent être « oubliés » comme des paroles : « la parole s’envole, les écrits restent ».

La structure des réseaux sociaux est également remise en cause : les réponses pouvant être espacées de plusieurs heures, cela empêche de réagir rapidement aux arguments de son interlocuteur. Ainsi, les réseaux sociaux ne semblent pas être considérés par ces internautes comme le lieu le plus propice au débat productif. Autre élément de structure évoqué : le fait de s’adresser simultanément à un large public. Cela remet en cause l’expression de ses opinions politiques sur les réseaux sociaux : certains internautes sont prêts à débattre de leurs opinions politiques, mais ne souhaitent pas pour autant le faire avec toute leur sphère « d’amis », parfois pour des raisons professionnelles, ou simplement parce qu’ils considèrent qu’il s’agit d’opinions qui doivent rester personnelles.

Enfin, le comportement des autres utilisateurs est pointé. D’une part, ils estiment que ce mode d’expression, grâce à la protection de l’écran, facilite la tendance à polémiquer. La politique étant un sujet particulièrement clivant, les polémiques à ce sujet sont d’autant plus nombreuses sur les réseaux sociaux. D’autre part, ils évoquent les informations non vérifiées et des propos qu’ils jugent non constructifs ou superficiels. Ainsi, selon ces internautes, la structure des réseaux sociaux ne serait pas adaptée à l’expression de ses opinions politiques.

Cependant, le point de vue inverse est également défendu.

 

Les réseaux sociaux comme lieux d’expression de la démocratie

 

Paradoxalement, les internautes en faveur de l’expression de leurs opinions politiques sur les réseaux sociaux ont parfois utilisé les mêmes arguments que leurs « détracteurs ».

Tout d’abord, le fait de s’adresser à un large public est perçu comme un avantage favorisant le débat. La confrontation d’idées et le débat contradictoire en font un lieu d’ouverture d’esprit permettant de faire évoluer ses opinions. Beaucoup d’internautes soulignent effectivement l’importance de se confronter à d’autres points de vue que le sien. Si cela ne passe pas forcément par l’expression de leurs propres opinions, ils reconnaissent s’intéresser aux diverses publications de leur entourage pour s’informer.

Les internautes mettent également en avant la possibilité, sur ces réseaux sociaux, de faire valoir sa liberté d’expression et de l’exercer à grande échelle. Certains avancent d’ailleurs qu’il est parfois plus pratique de s’exprimer sur les réseaux sociaux concernant des questions politiques, car cela leur permet d’avoir une certaine résonance.

Le temps de latence des réponses, lui, est considéré comme un atout si cela permet de vérifier ses informations et de mieux construire son argumentation dans le but de convaincre ses interlocuteurs.

 

Ainsi, les internautes qui expriment ou taisent leurs opinions politiques sur les réseaux sociaux, pour défendre leur position, évoquent des arguments liés aux différences entre les communications réelle et virtuelle. Il s’agirait donc de critères pour déterminer quel mode d’expression est le plus pertinent selon le contenu à partager. Certains internautes sont partagés mais la majorité d’entre eux, qu’ils expriment leurs opinions politiques ou non sur les réseaux sociaux, reconnaît que même si leurs convictions peuvent tout à fait y avoir leur place, ce mode d’expression ne remplacera jamais l’efficacité d’une discussion In Real Life.

The following two tabs change content below.

Submit a Comment