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« Get Out », film d’époque

« Get Out », film d’époque
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Vous en avez marre des élections ? Nous aussi. Allez plutôt au cinéma. Get Out, sorti le mercredi 3 mai dernier, est toujours en salles : c’est un film immanquable, qui parle de son époque avec force. Critique. 


 

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose  filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

 

★★★★★ – À voir absolument

 

Ça commence par une scène terrifiante ; une scène pourtant banale dans l’Amérique des années 2010 : un jeune noir marche mort de peur dans les rues sombres et désertes d’un quartier résidentiel. Silence absolu. Une voiture surgit d’une allée adjacente, ralentit pour rouler juste à côté du jeune homme, toujours à pied. Paniqué, celui-ci fait demi-tour. Trop tard : le conducteur se jette sur lui, l’assomme et l’embarque dans le coffre. La voiture redémarre ; et doucement s’éloigne. Le quartier retrouve son calme. Sur les notes grinçantes du compositeur Michael Abels, jaillit en bleu azur « Get Out » (« Tire-toi »), le titre du film. Tel est l’envoûtant prologue du premier film de Jordan Peele.

Rien à voir, a priori, avec le reste du long-métrage, qui constitue le pitch de Get Out : une jeune femme — blanche — décide d’emmener son compagnon — noir — chez ses parents pour y passer le week-end. Rien à voir donc, et pourtant : sur place, une fois les présentations faites, une atmosphère étrange s’installe. Il y a d’abord ce regard bizarre, à la fois froid et accusateur, que jettent les domestiques de la demeure (noirs eux aussi) au personnage principal. Et puis cette « bienveillance » feinte des parents, trop insistante pour être naturelle — « J’aurais voté Obama une troisième fois si j’avais pu » assure le père (Bradley Whitford).

 

Copyright Universal Pictures International France.

 

Or, bien sûr, tout dégénère rapidement ; et, lorsque les autres membres de la famille débarquent, la maladresse cède la place au racisme le plus pur, quoique déguisé sous de larges sourires. « Vous jouez au golf ? Non parce que j’adore Tiger Woods » ; « Alors, c’est vrai ce qu’on dit sur votre sexe ? » ; « Etre noir est tellement à la mode aujourd’hui, vous en avez de la chance »… Et ainsi de suite. A partir de ces discours, abjects mais répandus, le film trouve une manière brillante de faire vivre sa dimension politique : il en exhibe la violence de façon directe, grinçante, sans jamais tomber dans la démonstration.

Il faut voir, en effet, comment la mise en scène s’attache à isoler Chris (Daniel Kaluuya, brillant) du reste des personnages — y compris de sa propre âme soeur, Rose, incarnée par la céleste Allison Williams. En cela, la question de la classe sociale se fond subrepticement dans celle de la couleur de peau : face à ces mœurs bourgeoises effroyables, le héros cherche à se rapprocher des rares personnages noirs, espérant trouver refuge dans une solidarité communautaire. Il n’en sera rien : seul son ami Rod, à quelques kilomètres de là, se fait un sang d’encre pour son sort.

C’est d’ailleurs par ce même Rod que surgit la comédie, Jordan Peele joignant dès lors (et avec un sens du dosage impeccable) la farce et le thriller d’horreur façon série B. Pour le dire franchement, rarement un film à petit budget aura si brillamment navigué entre les registres ; d’une scène à l’autre, l’on s’esclaffe, se reprend, sursaute. Forçant l’admiration, le cinéaste se permet même de détourner les codes du genre horrifique — voir la dernière séquence du film, qui atteint à ce titre des sommets de puissance politique.

 

Copyright Universal Pictures International France.

 

In fine, c’est surtout la résonance du film avec le présent qui frappe (au-delà de la lecture « anti-Trump »). On pourra dire ce qu’on veut de Get Out, mais on aura du mal à ne pas voir qu’il est déjà le troisième film de 2017 (après Nocturnal Animals et Un jour dans la vie de Billy Lynn) à exprimer un rejet du monde tel qu’il est — et choisit ici d’en rire. Vanité bourgeoise (Nocturnal Animals), quête du spectacle (Billy Lynn) et racisme enclavé (Get Out) : trois faces d’une Amérique malade et dégoûtée d’elle-même, que ces films fixent, à travers leurs personnages, droit dans les yeux. D’où cette fascination pour le regard, humide et hébété, d’Amy Adams et de Joe Alwyn hier, le même que celui de Daniel Kaluuya aujourd’hui : c’est qu’au fond, chacun à leur manière, Susan, Billy et Chris, les héros de ces trois grands films, sont les témoins d’une seule et même époque ; une époque brutale, absurde — leur époque.

 

À la fois comédie grinçante et série B d’horreur, le premier film de Jordan Peele s’inscrit dans cette lignée de films qui passent leur époque au scalpel — que le phénomène soit conscient ou non importe peu. D’une maîtrise subjuguante, Get Out est donc une immense réussite politique. Furieux, comique et jouissif ; immanquable.

 

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique.
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Comments

  1. Adriana

    Je verrai certainement ce film. Jordan Peele est un réalisateur de talent, je l’ai regardé son film Keanu est ridicule ( https://filmstreamingvf.video/4630-keanu-2016.html ).

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