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« Girls », le miroir sans filtre d’une génération

« Girls », le miroir sans filtre d’une génération
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En 2012, un ovni télévisuel nommé Girls débarquait sur les écrans de la chaine HBO. C’est ainsi que sous l’oeil aiguisé de la jeune réalisatrice Lena Dunham, on découvrait Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna, quatre « girls » à l’aube de leur vie d’adulte. Très vite, la série se distingue en offrant un regard neuf et sans tabous sur toute une génération. Aujourd’hui, après six saisons, elle tire sa révérence. Retour sur ce singulier phénomène, bien trop discret dans le paysage des séries à succès.  


 

Le portrait décomplexé d’une génération

 

Dès le premier épisode de la série, l’héroïne Hannah Horwath, sorte d’alter ego de Lena Dunham, annonce ce qui semble être l’ambition de la réalisatrice et de son équipe tout au long des six saisons : « Je pense que je pourrais être la voix de ma génération ». Si les aspirations d’écrivaine d’Hannah vont largement être mises à mal dans la fiction, en réalité une chose est sûre : Girls a su portraiturer avec subtilité et justesse sa génération. En effet, Lena Dunham met en scène quatre citadines new-yorkaises, très différentes, au sortir de l’université et résolument pas prêtes à entrer dans le monde des adultes. Elles rêvent de devenir écrivaines, femmes d’affaire, chanteuses – de réussir. Pleines d’ambition, chacune semble pourtant se heurter aux réalité d’un monde fait de désillusions et de doutes. Aucune ne paraît s’adapter au modèle conformiste qu’on leur destine. Ainsi, c’est une génération profondément solitaire que les scénaristes de Girls nous décrivent. La série n’hésite pas à aller au bout des choses et à exploiter des thèmes encore tabous, tels que les troubles du comportement. C’est la génération des expériences, chaque personnage tentant d’aller au bout de lui même, jusqu’à s’y perde. C’est celle des enfants des années 1990, qui n’arrivent pas à trouver leur équilibre entre deux voix : d’une part l’insouciance, les expériences et d’autre part la voix modelé des responsabilités et de la stabilité.

 

 

Une réalisation aussi audacieuse que maîtrisée

 

Si la série se distingue par son fond, c’est sans compter sur la réalisation de l’interprète-scénariste, Lena Dunham, dont les talents semblent d’ailleurs infinis. Il faut dire que la jeune femme est très bien entourée. Co-produite, co-réalisé et co-scénarisé par Jennifer Konner et par le maître de la comédie américaine, Judd Apatow, cette collaboration transparaît vivement par la qualité des dialogues et la justesse de la réalisation. En effet, l’humour est incontestablement présent et permet de tourner en dérision un réel qui est souvent montré avec brutalité. Ainsi, Girls apparaît comme étant le fruit d’un subtil équilibre entre comédie et drame, où évolue des personnages aussi comiques que mélancoliques.

On appréciera également les partis pris de narrations particulièrement pertinents. La série est en effet ponctuée d’épisodes « parenthèses ». Tout en restant ancré dans l’intrigue, les réalisateurs ralentissent le temps et nous immiscent au coeur d’un moment de vie des personnages, qui pourrait paraître a priori banal mais qui se révèle être un instant charnière. Sorte de série dans la série, les créateurs parviennent à capter des moments très forts et essentiels pour la compréhension des protagonistes. La saison 6 nous offre un exemple assez brillant, où le personnage d’Hannah se retrouve confronté tout au long d’un épisode à un écrivain qu’elle admire mais qui est également accusé de viol. En forçant le dialogue entre ses deux personnages, Girls confronte son héroïne et ouvre toute une réflexion sur la culture du viol et l’ambiguité du consentement, véritables sujets de société.

 

Les personnages de « Girls », Jessa, Shoshanna, Marnie et Hannah, HBO©

 

Une série féministe ?

 

Girls revendique elle-même son féminisme et force est de constater que c’est bien légitime. De fait, tout au long de la série, Lena Dunham cherche à déconstruire la vision préfabriquée de la traditionnelle héroïne de série. Elle montre à l’écran quatre femmes qui s’éloignent chacune à leur manière de l’archétype des personnages féminins malheureusement récurrents dans l’industrie télévisuelle et cinématographique. Cette audace passe notamment par la sexualisation de ses personnages. Leur nudité est exaltée. On voit apparaître à l’écran des corps qui tranchent avec les canons de beauté diffusés. La sexualité y est crue, et s’éloigne de la vision idéalisée présentée habituellement dans les productions audiovisuelles. En un mot, l’exploration de la sexualité féminine n’est plus un tabou dans Girls. Il n’y a plus de supposée norme, juste des femmes qui font ce qu’elles veulent.

La réalisation ne cherche pas de surcroît à rendre ses personnages sympathiques. Chacune comporte son lot de défauts qui les rendent souvent irritantes : elles sont narcissiques, égoïstes, désinvoltes, ambitieuses… Mais elles sont entières. C’est d’ailleurs, à travers leurs expériences, leurs réussites et leurs échecs qu’on grandit quelque peu avec elles. On accède à des parcours aussi audacieux que chaotiques mais où, plongé dans le bain de la pression de la réussite sociale, chacune — pour citer le personnage d’Hannah dans la dernière saison — « essaye de faire de son mieux ».

Toutefois, le féminisme de la série comporte bel et bien ses limites. Il est en effet vivement décrié depuis ses débuts. On reproche, à juste titre, le parti pris trop excluant de l’unique représentation de la femme blanche, privilégiée, faisant abstraction de la réalité plurielle, sociale et culturelle. Néanmoins, une chose est sure, Girls apporte un souffle nouveau dans le traitement de ses personnages féminins, et dans les messages qu’elles diffusent. Elle se distingue ainsi sans aucun doute de sa grande soeur également diffusé sur HBO il y a quelques années, Sex and the City.

 

Subtile tant sur le plan de la réalisation, de la narration que du scénario, Girls a été bien plus qu’une comédie feel-good. La série a réellement su véhiculer des messages forts, et a permis la diffusion de personnages et de visions bien trop rares aujourd’hui à la télévision. Pas de doute, Girls va manquer au panel des séries américaines.

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Lise Niederkorn

Etudiante strasbourgeoise en hypokhâgne. Parfois j’écris, de temps en temps je dessine, souvent je gribouille.
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