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Parlons cerveau et mentalisme avec Fabien Olicard

Parlons cerveau et mentalisme avec Fabien Olicard
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Curieux de tout et nourrissant une passion particulière pour les facultés cognitives, le mentaliste de 34 ans Fabien Olicard – dont la chaîne YouTube éponyme culmine déjà à près d’un demi-million d’abonnés – sortira le 18 mai prochain son premier livre, Votre cerveau est extraordinaire. Nous l’avons rencontré au lendemain d’une des représentations de son spectacle Mental Roadage – dont la tournée touche à sa fin – au théâtre de l’Entrepôt à Mulhouse. L’occasion de découvrir un personnage simple et captivant au fil d’une conversation informelle. 


 

Tu ne laisses pas planer un mystère, aucune volonté de garder tes secrets. Est-ce que c’est ton objectif de rester très pédagogique ? 

Je souhaite redonner l’excitation que j’ai eue en apprenant quelque chose. En plus, je ne suis pas sûr que ça enlève du charme, peut-être que ça rend même l’ensemble plus crédible.

 

C’est ta volonté de désacraliser le mentalisme ?

J’ai envie que les gens se disent : « (Putain) potentiellement, si je travaillais autant, je pourrai le faire ». Après, c’est comme avec le piano, t’as des gens qui en 5 ans vont jouer du Mozart et y’en à 20 ans, mais à un moment donné tout le monde sera capable de le faire.

 

Mais alors, dans le sens où il serait accessible à tout le monde, ça pourrait être de la même manière que l’écriture par exemple, un outil pour se comprendre, se découvrir ?

Oui, ça c’est la partie un peu « développement personnel » du mentalisme, à la base le mot mentalisme on le retrouve dans la magie, dans l’illusionnisme. Le but était de mystifier des gens à l’aide de quelque chose qu’ils ne comprenaient pas. L’idée du mentalisme c’était de reproduire des phénomènes paranormaux, sans trucages, mais sans être voyant ni médium non plus. Après, il y a eu diverses branches, puisque c’est un mot un peu fourre-tout dans lequel on met ce qu’on veut le mentalisme. Il y a une branche qui est plus partie en développement personnel, une autre dans le spectacle, une autre encore qui est complètement magique, complètement truquée. On peut, suivant le prisme que l’on regarde du mentalisme y trouver des utilisations, et utilités différentes.

 

Comment est-ce que toi tu définirais le mentalisme, est-ce que c’est un peu comme ce qu’on voit dans Sherlock Holmes : une grande science de la déduction ? 

Ah ! c’est pas mal. Je pense que le personnage fictif de Sherlock Holmes est celui qui se rapproche le plus de ma définition du mentalisme.

 

Mais c’est pas vraiment du mentalisme, c’est plus de l’analyse que du mentalisme …

Alors, voilà, c’est ça le problème : qu’est-ce que le mentalisme ? C’est ce que j’explique dans le spectacle ou sur la chaîne, il n’y a pas de définition dans le monde du mentalisme. Du coup, un voyant qui dit « je suis mentaliste », potentiellement il a raison. Chaque mentaliste a sa propre définition. Une fois j’ai mis un forçage mathématique sur la chaîne, et on m’a dit « mais ça c’est pas du mentalisme ». Et en fait, pour moi ç’en est. Pour moi, c’est l’analyse, donc la déduction, l’influence, la mémoire, et tout ce qui est forçage cognitif. Ça englobe beaucoup de choses au sens large.

 

Comment expliquer alors que dans l’imaginaire commun, le mentalisme ça reste l’hypnose, ou encore le fait de pouvoir lire dans les pensées ? 

Chacun a son propre fantasme. L’hypnose est un outil potentiel du mentaliste, mais un hypnotiseur n’est pas forcément mentaliste.

 

Le mentalisme serait en fait une meilleure connaissance de notre cerveau. Mais quels sont ses limites à notre cerveau ?

Il y en a pas tellement, notre seule limite c’est la perception de la réalité telle qu’elle est pour nous les êtres humains. Par exemple, les animaux peuvent voir les ultraviolets et les infrarouges, qui font partie d’un spectre qu’on n’a pas. Nous, on est cantonnés dans une trois dimensions avec un spectre lumineux limité, etc. Mais après, notre cerveau, il n’a pas tellement de limites en soi. Et si ça se trouve, on va découvrir d’autres potentiels. Mais il est déjà très bien comme il est.

 

Et donc, d’après toi, n’importe qui avec les bonnes clefs, les bons outils peut pousser sa mémoire ?

Oui ! Mais ça c’est terrible parce que depuis 200, 300 ans, on ne sait plus se servir de la mémoire. Il y a quelques siècles en arrière encore, on avait toute la transmission orale et on apprenait à apprendre. Aujourd’hui on le fait plus. Ce qui serait génial, ce serait que dès l’école primaire on ait 2 heures de « mémoire » par semaine. Pour apprendre à apprendre.

 

Tu connais des milliers de décimales de Pi, c’est d’ailleurs un des moments phares du spectacle, mais les connaître paraît totalement dérisoire. Tout comme il semble inutile de connaître les capitales de tout les pays du monde alors qu’il suffirait de les chercher sur Google. La technologie nous a-t-elle rendus fainéants ?

On n’a pas encore perçu les dérives négatives, on connaît les points positifs. Le problème c’est la mémoire déportée. Dire qu’apprendre quelque chose ne sert à rien c’est à mettre en parallèle avec un entraînement sportif. Je m’entraîne pour pouvoir courir un marathon, on peut me dire « ça ne sert à rien, pour entretenir ton corps fais 10 km ça suffit », après c’est pousser ses performances. Dans le procédé mémoriel il y a ce qu’on appelle la « récupération », c’est le fait de repasser par un chemin. T’imagines une forêt, toi tu vas chercher une information dans cette forêt, c’est un peu comme si tu coupais les branches. Si tu n’utilises pas une information pendant longtemps ça va repousser un petit peu, si tu l’utilises ça va au contraire un peu enfoncer le terrain. Et c’est très important pour créer les connexions entre les neurones, chimiquement parlant. Ne pas passer par ce processus de récupération et aller directement chercher sur Google c’est un problème. Parce que les connexions ne sont pas renforcées et qu’on ne sait pas ce que ça va provoquer à long terme. C’est très important de se laisser galérer soi-même 10 minutes, 20 minutes à chercher, en se disant « je le sais ça pourtant ». C’est important (essentiel) de faire ce processus-là.

 

Et quels sont les outils pour pousser sa mémoire ?

Le palais mental (un lieu jouant le rôle de navigateur interne dans lequel chaque information importante est accessible facilement ndlr), les tables de rappel (associé un nombre à une image, exemple de 0 à 9 basé sur les rimes,  0 : torero, 1 : sapin, 2 : feu, 3 : croix, 4 : théâtre, 5 : ornithorynque, 6 : scie, 7 : tête, 8 : truite, 9 : oeuf ndlr), les procédés mnémotechniques, etc. En fait, ce qui est important, c’est de synthétiser l’information et d’ensuite y trouver une logique personnelle. Pas forcément de retenir tout grâce à cette logique là mais grâce à elle on refait d’autres connexions et on retient mieux. Evidemment, il existe pléthore de techniques.

 

Le cerveau, c’est  l’un des seuls organes que l’on ne travaille pas vraiment, on n’a pas cette volonté de « muscler son cerveau », pourquoi ? 

En tout cas, c’est intéressant de chercher à comprendre comment on fonctionne. On utilise ça comme métaphore mais en fait, on n’a pas besoin de le muscler, le cerveau prend déjà 30% des ressources énergétiques, il est hyper gourmand. Tout ce que tu manges, il en prend 30%, c’est celui qui consomme le plus. On le travaille un petit peu malgré soi. Mais ce qui est important c’est de prendre conscience de tous ses organes. Là, il y a un an et demi à peu près, on s’est aperçu qu’on avait l’équivalent d’un « deuxième cerveau » dans le ventre. On a des neurones dans le ventre, c’est ceux qui contrôlent le système digestif. Si vraiment notre cerveau était occupé à contrôler toute la digestion comme il devrait le faire, on n’aurait même pas le temps de penser ou de parler. Ce qui important c’est de comprendre l’ensemble du mécanisme corporel. Le cerveau est souvent mis sur un piédestal mais il ne devrait pas forcément l’être, c’est l’ensemble du corps, toute la mécanique.

 

Et ce qu’on peut parfois lire en fun facts sur le cerveau, est-ce que ce sont de vrais infos ? Par exemple, utilise-t-on réellement que 10% de nos capacités cérébrales ? 

Non non, ça c’est une idée reçue. En fait, si on utilisait que 10% de notre cerveau, on ne se serait même pas capable de marcher. Mais on utilise par contre que 10 à 30% de notre cerveau en même temps. La nuance elle est là. On n’utilise pas 100% du cerveau en même temps ; heureusement, on serait en surcharge complète. Mais par contre, on utilise toutes les aires, toutes les zones. De toute manière, on s’est aperçu que les zones définies de notre cerveau ne sont pas tout à fait réelles puisque notre cerveau c’est de la pâte à modeler, capable de se restructurer. Il y a des gens par exemple qui ont des problèmes encéphalo-rachidiens, c’est-à-dire qu’ils ont pris beaucoup de volume dans le cerveau, le liquide qui sert un petit peu d’air bag a pris beaucoup de place jusqu’à écraser le cerveau et toute la matière grise qui ne fait plus que quelques milimètres d’épaisseur. Et pourtant, ces personnes peuvent réfléchir, discuter comme toi et moi. Donc le cerveau s’est restructuré et n’avait pas besoin d’un grand volume pour marcher.

 

Pour finir un peu dans le fantastique, est-ce que ça pourrait être dangereux de trop bien connaître son cerveau ? Est-ce qu’un grand spécialiste avec une maîtrise quasi-totale pourrait avoir un certain contrôle sur les autres ?

Pas forcément, parce qu’il y aurait toujours une marge d’erreur. Mais quoi qu’il arrive ça existe. C’est le travail de génies du marketing, des grands orateurs, sciemment ou inconsciemment, ils ont compris les techniques pour convaincre ou même manipuler. Dans le marketing, on voit beaucoup de storytelling, ce n’est pas fait au hasard. Maintenant, tu ne pourras jamais enlever l’esprit critique et le libre-arbitre. Et encore heureux ! C’est-à-dire que quand moi j’essaye de te manipuler pour te bluffer à faire un choix parmi dix choix, en réalité les choix, ils ne s’appliquent pas à toi dans ta vie. Si je voulais te contrôler pour que tu fasses quelque chose de négatif, ça ne serait pas aussi simple que ça.

 

L’affiche du spectacle de Fabien Olicard.

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Matthieu SLISSE

Etudiant curieux et rêveur "The powerfull play goes on and you may contribute a verse" (Whitman)

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