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Jeunes Vénézuéliens forcés à l’exil : témoignages

Jeunes Vénézuéliens forcés à l’exil : témoignages

« Hey world ! Venezuela needs you. » Le message est lancé depuis quelques semaines par de jeunes Vénézuéliens expatriés aux quatre coins du monde. Face à la crise qui sévit actuellement au Venezuela, de nombreux jeunes ont dû s’exiler, contraints par la situation catastrophique qu’ils vivaient chez eux (manque de nourriture et de médicaments, forte criminalité).


 

Abraham, 24 ans, étudiant en design graphique (© Marion Godinec)

Plus important producteur de pétrole brut au monde, le Venezuela paie sa trop grande dépendance à l’or noir (90 % de ses exportations) dont les prix ont chuté à partir de 2014. Le pays manque de ressources pour financer le programme socialiste mis en place par Hugo Chavez jusqu’à sa mort en 2013. Son successeur, Nicolas Maduro, très impopulaire, est la cible de manifestations désormais quotidiennes, qui ont déjà fait 31 morts en quelques mois.

Rencontrés en Argentine, Chili, France, Uruguay, Turquie ou ailleurs dans le monde, des jeunes Vénézuéliens âgés entre 20 et 35 ans nous racontent le calvaire vécu au quotidien par leurs proches qui vivent dans des situations très précaires.

 

« Le jour pour aller au supermarché est décidé en fonction de son numéro d’identité »

 

Maricarmen, 27 ans, chimiste (© Maricarmen)

Les produits de première nécessité se font rares au Venezuela. Il faut attendre de très longues heures pour pouvoir acheter du riz ou de la farine. Le gouvernement a réagi en régulant l’accès aux supermarchés.

« Mon numéro d’identité se terminant par 0, mon tour pour aller faire les courses était le lundi », révèle Maricarmen, licenciée de chimie au Venezuela, mais qui donne des cours d’espagnol en Turquie, en attendant de pouvoir entrer dans l’Union européenne.

« Le Vénézuélien doit faire des queues de plus de 200 personnes chaque jour pour avoir – avec de la chance – du lait, du sucre ou n’importe quel produit basique », insiste Abraham.

Maricarmen est fille de professeur des écoles. Sa mère lui confie qu’elle voit de plus en plus d’enfants « manquer la classe à cause de dénutrition ou parce qu’ils doivent accompagner leurs parents à faire la queue toute la journée au supermarché ». Lors de ses derniers mois à Caracas, elle a vu des gens qui ont un toit « chercher à manger dans les poubelles ».

 

« Les milices payées par le gouvernement tuent les opposants »

 

Roger, 30 ans, ingénieur industriel (© Roger Salazar)

De nombreux journaux européens évoquent aujourd’hui la dure réalité du pays. Le gouvernement paie des miliciens à moto pour venir tuer des manifestants opposés au pouvoir.

« On a peur d’aller manifester parce qu’il peut y avoir une vengeance derrière et on peut se faire tuer », explique Roger dont le compte twitter dépasse 6000 abonnés.

Très actif sur les réseaux sociaux pour dénoncer les abus de son gouvernement, Roger, 30 ans, a des difficultés depuis plusieurs mois pour trouver un emploi d’ingénieur industriel en Argentine, où il est parti vivre avec son compagnon, Mario, 31 ans, lui aussi ingénieur.

Les agressions de rue sont fréquentes. « On sort dans la rue sans nos téléphones portables ou objet de valeur, car on peut être agressé dans n’importe quel petit magasin », explique Abraham. « Ils peuvent aussi te tuer si tu n’as aucun objet de valeur ou pas d’argent à donner lorsqu’ils t’agressent », déplore Maricarmen.

Maria, actuellement en France, raconte. « Une fois, j’étais seule en voiture alors qu’il faisait nuit. Trois mecs dans une autre voiture m’ont fait une queue de poisson pour que je m’arrête. Je me suis dit, “c’est sûr, ils vont me voler et me violer”. J’avais peur, car en plus, mon père s’était fait enlevé quelques mois plus tôt. Finalement, j’ai eu un réflexe de survie, je ne me suis pas arrêtée, j’ai accéléré en passant par le côté. Ils ne m’ont pas suivi, mais j’ai eu beaucoup de chance. »

Un cousin de Mario en a fait les frais. « Il a voulu faire plaisir à sa mère en rentrant faire une visite surprise. Il a été assassiné dans un taxi par des voleurs de voiture entre l’aéroport et chez lui. » Un drame qui incite les expatriés à rester chez eux et à ne pas rentrer en vacances.

 

« Je n’avais jamais pensé aller vivre dans un autre pays »

 

Mario, 31 ans, ingénieur en géodésie (© Mario A.)

Pendant de longues années, le Venezuela a été une terre d’accueil que ce soit pour des Européens ou Américains travaillant dans des compagnies pétrolières, ou pour des Colombiens fuyant la violence de leur pays à la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse qui se produit.

« Je n’aurais jamais pensé partir de chez moi, s’exclame Mario. Avec un bon travail et une bonne situation, jamais je n’aurais voulu partir. » Son ami Roger est sur la même longueur d’ondes. « J’avais toujours pensé faire un semestre d’études à l’étranger, mais pas plus. »

Abraham aurait bien voulu quitter son pays, mais pour des considérations plus culturelles que politiques. « Je me suis toujours vu vivre en dehors de mon pays, mais ce n’est pas pour des raisons économiques que j’aurais voulu le quitter. »

 

« J’espère rentrer un jour, mais je suis très pessimiste »

 

Nous avons demandé à tous nos interlocuteurs s’ils pensaient revenir un jour dans leur pays. Ils nous ont unanimement partagé leur pessimisme. « C’est la grande inconnue, affirme évasivement Abraham. La seule chose qui est sûre, c’est que depuis l’étranger, je ferai toujours parler de mon pays pour aider à bouger les choses. »

Mario espère voir la situation s’améliorer, mais il a déjà fait une croix sur les cinq prochaines années : « Si on change vite de gouvernement, dans 4 ou 5 ans, ce sera déjà plus stable. » « J’ai toujours en moi l’idée de rentrer, mais je sais qu’il va falloir beaucoup de temps pour retrouver une certaine stabilité chez nous », appuie Roger.

Maricarmen quant à elle, espère déjà « pouvoir aider peu à peu (sa) famille l’année prochaine en étudiant et travaillant en France. » Pour ce qui est de rentrer au pays, elle en rêve, mais ne se projette pas.

« Bien sûr que j’espère revenir, insiste-t-elle. Je pense que tous ceux qui sont partis rêvent de revenir et de montrer au monde que notre terre est belle et que nous sommes un beau pays plus qu’un pays à problèmes. J’aime m’imaginer que je suis en train de rentrer pour aller voir tous mes êtres chers. »

 

Retrouvez également ce billet sur Les Cahiers vagabonds, le blog de Marc et Mélissa.

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