Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

La liberté de la presse et le Front National

La liberté de la presse et le Front National
Claire Lebrun

Le Dimanche 7 mai, le Front National a organisé une soirée électorale pour ses membres et une presse ‘’sélectionnée’’. Les journalistes qui ont pu être accrédités et qui n’ont pas boycottés l’événement étaient tenus de ne pas travailler.


 

Dimanche dernier, le Chalet du Lac aux bois de Vincennes accueillait une soirée sous haute surveillance. Prenant des ‘’libertés’’ avec celle de la presse, Alain Vizier, directeur de la communication du FN, a prétexté qu’il y avait ‘’600 demandes pour 300 places’’. Ainsi, Rue89, Buzzfeed, Les Jours, Médiapart, Quotidien, Streetpress et Politis n’ont pas obtenu leur accréditation. Boycottée par Le Monde, Libération, Les Inrocks, l’Obs et l’Humanité en signe de solidarité, les journalistes présents à la soirée n’ont également pas pu jouir de leurs droits. Reclus dans la salle presse avec l’interdiction d’en sortir, d’interviewer les militants ou de prendre des photos, il n’était en réalité pas permis de faire leur métier.

Encadré par un lourd dispositif policier et un service d’ordre aux aguets, l’événement avait pour consigne de se terminer à 22h, heure à laquelle tous les journalistes seraient ‘’virés’’. Sur place, une journaliste de presse régionale affirme qu’il est question de ‘’800 journalistes’’ pour une salle à la capacité de 1000 personnes.

 

 

 

À l’intérieur du Chalet du Lac, l’ambiance est tendue. L’entrée se fait par un portique de sécurité suivie d’une fouille au corps. Il y a deux salles pour les militants : une avec un bar et l’autre pour le discours de Marine Le Pen. Le service de sécurité croit que ‘’Radio Londres’’ est une radio et non un média de presse écrite, l’accès à la salle principale est alors autorisé. À 19h, les invités sont peu nombreux et s’attendent à la défaite de leur candidate, ‘’à cause des médias qui roulent tous pour Macron’’. À l’annonce des résultats, il y a des huées pour Emmanuel Macron. Certains militants pleurent, d’autres se raccrochent au score historique du FN en nombre de voix : 33,9%. L’arrivée de la candidate frontiste est rapide, les militants crient ‘’Merci Marine’’, mais les applaudissements sont de courte durée. La piste de danse est déserte, l’ambiance retombe.

 

 

Vers 21h, certains militants commencent à quitter l’événement. Les journalistes présents à la sortie, comme ceux de Quotidien et d’Explicite, leurs demandent s’ils cautionnent ‘’l’amateurisme du Front National concernant les accréditations’’. Un militant répond qu’il n’est pas de l’organisation, un autre affirme plus franchement : ‘’On avait envie d’être tranquille. À l’intérieur, il n’y a déjà que des journalistes’’. Dans la salle du bar, un autre se sert une coupe de champagne : ‘’On va boire quand même. On n’est pas mauvais perdants !’’. Après l’évacuation de la presse, la piste de danse se remplie à nouveau, et Marine Le Pen termine la soirée en se déhanchant sur Goldman et YMCA.

 

 

Connu pour ne pas affectionner la liberté de la presse, le Front National avait déjà en 2012 fait le choix d’être sélectif.

Une attitude qui est aujourd’hui malheureusement très fréquente. En Turquie, lors de la soirée électorale du 1er Novembre 2015, le QG de l’AKP (parti gouvernemental) était fermement gardé par un service de sécurité et ses membres refusaient de répondre aux questions des journalistes, tandis qu’on pouvait rentrer librement à celui du HDP (parti pro-kurde). Le président Erdogan menaçait déjà le quotidien d’opposition Cumhuriyet de poursuites judiciaires. Aux Etats-Unis, le président Donald Trump désigne la presse comme ‘’l’ennemi du peuple américain’’, et l’accuse de mentir.

 

Plus encore, selon le classement mondial de Reporters sans Frontières, la liberté de la presse n’a jamais été aussi menacée. La montée des extrêmes, la précarisation du métier de journaliste et l’ère de ‘’post-vérité’’ entravent sa bonne application. Le Front National a perdu les élections avec 33% de voix, un score qui pourrait s’avérer à l’avenir, inquiétant.

 

Claire Lebrun avec Grégoire Lefaivre et Camille Baron

The following two tabs change content below.

Claire Lebrun

En Master Histoire Afrique et Moyen Orient à la Sorbonne Paris 1. Mémoire sur les relations diplomatiques franco-saoudiennes.

Submit a Comment