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Qui sont les coptes, ces chrétiens d’Egypte dans le viseur de Daesh ?

Qui sont les coptes, ces chrétiens d’Egypte dans le viseur de Daesh ?
Céline Legay

Minorité chrétienne dans une Egypte à majorité musulmane, les coptes sont aujourd’hui la cible du groupe Etat Islamique en raison de leur confession. En écho à la visite du Pape François dans le pays, les différentes instances religieuses appellent à l’unité. 


 

« Aujourd’hui, nous, chrétiens et musulmans parlons d’une même voix pour dire que la religion n’a rien à voir avec le terrorisme. Nous rejetons tout acte de violence, les meurtres, les attentats suicides, les assassinats de civils innocents. » A l’occasion de la visite du Pape François en Egypte le 29 avril, les mots d’Ahmed Al-Tayeb, grand imam de la mosquée Al-Azhar du Caire, se veulent rassembleurs, dans ce pays marqué par de violentes attaques visant la communauté chrétienne copte.

 

Les coptes, la cible prioritaire de Daesh

 

Dans la région du Sinaï au nord du pays, la fête des Rameaux du 9 avril a pris une tournure dramatique pour les nombreux croyants venus célébrer l’ouverture de la semaine sainte. A Tanta et Alexandrie, un double attentat suicide visant deux églises coptes tuent 44 personnes et en blesse 120 autres. C’est la deuxième fois dans le pays qu’une attaque visant la minorité chrétienne est revendiquée par le groupe Etat Islamique, qui a indiqué dans une vidéo publiée en février, que les coptes représentaient sa cible prioritaire. Daesh a également profité de l’enregistrement pour revendiquer une nouvelle fois l’attentat-suicide perpétré mi-décembre contre une église copte du Caire, dans laquelle 29 personnes avaient perdu la vie. Depuis 2013, 40 églises, des dizaines d’écoles, de maisons, et commerces coptes ont été la cible d’attaques.

 

Environ 10 % de la population égyptienne 

 

Les coptes représentent la plus importante communauté chrétienne du Proche-Orient. C’est une église orientale orthodoxe nationale qui a son propre pape : Tawadros II. Sur les 92 millions d’habitants que comptent l’Egypte, le gouvernement dénombre 5 millions de coptes, tandis que l’Eglise revendique 15 millions de fidèles à travers le pays, soit environ 10% de la population. Le terme copte est dérivé du mot « aiguptios », qui signifie « égyptien » en grec. C’est le nom qui a été donné aux habitants d’Egypte à l’arrivée des arabes au VIIe siècle, dans un pays majoritairement chrétien. Le mot désigne à présent les chrétiens, devenus minoritaires dans une Égypte à majorité musulmane.

Dans un communiqué publié sur son site, Amnesty International dénonce en mars la responsabilité des « gouvernements successifs » dans le maintien d’une discrimination « bien ancrée à l’égard des coptes ». L’organise s’insurge en effet de la multiplication des violences, motivées par l’intolérance religieuse, et fait état de la situation particulièrement désastreuse dans le nord du pays.

Marginalisés et faiblement représentés dans les institutions, les coptes d’Egypte subissent des discriminations « depuis des décennies », indique Jean Maher, président de l’Organisation franco-égyptienne pour les droits de l’homme (OFEDH) et secrétaire général de la Coordination chrétiens d’Orient en danger (CHREDO), dans un entretien accordé au Figaro en 2015. Après de nombreuses violences sous le long règne du président Hosni Moubarak, la situation s’est dégradée à l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir :

 

« Durant un an de règne (2012-2013) de l’islamiste Mohammed Morsi, toutes les prémices d’un génocide à l’arménienne pour les coptes étaient là: radicalisation des discours dans les mosquées, incendie d’églises, déportation forcée de villages, destruction de commerces, kidnapping des filles mineures avec conversion et mariage forcés, humiliation de l’image symbolique du pape, appels à quitter le pays »

 

Une amélioration due au dialogue entre responsables chrétiens et pouvoir 

 

Durant la présidentielle de 2014, la communauté chrétienne égyptienne place un grand nombre de ses espoirs dans la figure du général Abdel Fattah Al-Sissi, qui se veut incarner une figure anti-islamiste, en opposition à Mohammed Morsi. Si le rapport 2016 de l’Observatoire de la liberté religieuse a constaté une amélioration depuis l’arrivée du général, grâce notamment au dialogue instauré entre les responsables chrétiens et le pouvoir, la situation demeure toujours inquiétante, avec une « intolérance sociale profondément enracinée », associée à un « climat d’impunité » pour les auteurs de discriminations ou crimes à l’égard des coptes.

 

« Les attaques sont régulières, on commence à avoir l’habitude maintenant »

 

Marc Stéphanos a 16 ans et vit en France, à Paris. Ce jeune lycéen copte a particulièrement été touché par les récents attentats de ces derniers mois, même si « les attaques sont régulières, on commence à avoir l’habitude maintenant ». Il tempère cependant :

« Globalement quand je retourne en Egypte pour les vacances, voir de la famille, je me sens en sécurité. Presque partout, je vois des dispositifs sécuritaires. Mais j’éprouve une certaine appréhension lorsque je vais à l’Eglise. Pour ma part, je n’ai jamais subi de discriminations, je ne remarque pas de séparation particulière entre coptes et musulmans, sauf lorsque l’on évoque certains sujets, comme la politique. « 

 

En marge de sa visite au Caire le 28 avril, le Pape François a plaidé pour la paix entre musulmans et chrétiens, et a rappelé qu’ « aucune violence ne peut être perpétrée au nom de Dieu ». Un appel fort à l’unité des religions, dans un pays marqué par la menace djihadiste.

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Céline Legay

Apprentie journaliste passionnée par l'actualité internationale, politique, et les sujets sociétaux. Amoureuse des voyages et des découvertes en tous genres.

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