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Sérgio l’Enchanteur

Sérgio l’Enchanteur
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En à peine six mois, il a ranimé la flamme. Retourné le club. Captivé la Ligue 1. Son tempérament de feu, sa rage de vaincre et son addiction au travail ont touché le cœur des supporters. Ses résultats ont redonné de l’espoir. On l’annonçait sur le départ, il a choisi de rester. Jusqu’en 2020. Portrait de la personnalité préférée des Français. Oups… des Nantais.


 

D’un coup de tête rageur, Emiliano Sala place le ballon hors de portée du gardien lorientais. Benjamin Lecomte, cloué sur sa ligne, ne peut que le suivre des yeux. 1-0. Le dernier rempart, plusieurs fois décisif, vient de céder. Battu, pour la première fois. Au pire des moments, dans les ultimes secondes du temps réglementaire. Là où les émotions sont si souvent décuplées. Là où la victoire ne ressemble à aucune autre, tellement qu’elle s’est fait attendre. Rentré en jeu quelques minutes auparavant, l’Argentin peut rugir de plaisir. Auteur de son dixième but de la saison en Ligue 1 – une première depuis l’exercice 2005-2006 et la présence de Mamadou Diallo à la pointe de l’attaque nantaise -, il ne s’arrête plus de courir, jubile, agitant les bras et la bouche grande ouverte. Ses coéquipiers, les remplaçants et une partie du staff le rejoignent, l’encerclent, l’agrippent, le congratulent et lui sautent dessus. Le public (enfin, ce qu’il en reste) emboîte le pas, se soulève d’un seul homme, s’embrase, exulte, brandit les écharpes et secoue les drapeaux. De la ferveur, des frissons.

 

Jusqu’en 2020…

 

Dans ce joyeux vacarme, un homme se joint à la fête. Depuis qu’il a posé ses valises sur les bords de l’Erdre, il est au centre de toutes les attentions. Les caméras braquées sur lui, il s’agite, serre les poings et harangue les supporters, plus excité que jamais. Plus excité que le match d’avant. Moins que le match d’après. Tapant, vigoureusement, sur son cœur, comme libéré d’un fardeau. Comme une déclaration d’amour envoyée à ce club, à ce public et à cette Tribune Loire fermée où bat, si passionnément d’habitude, le cœur de La Beaujoire. Sa réaction, pour tout néophyte de la Maison Jaune et du ballon rond, pourrait paraître disproportionnée tant l’enjeu est dérisoire en cette fin de saison. Oui, elle pourrait. Certes, l’Europe est trop lointaine, le club est désormais maintenu et la présence dans la première moitié de tableau – inespérée sous l’ère René Girard – est quasiment assurée, alors qu’il ne reste plus que trois rencontres à disputer et que l’écart avec Lille (11e) est de cinq points. Pourtant, aller jusqu’à croire qu’il surjoue ou qu’il se donne en spectacle serait mal le connaître. Ne vous en déplaise, Sérgio Conceição est un homme qui ne calcule pas. Quand il aime, il ne compte pas. Alors, et malgré les appels du pied de plusieurs clubs plus huppés, il a prolongé son contrat à Nantes… jusqu’en 2020. Parce qu’il veut « construire, quelque chose d’important, ici ». Parce qu’ici, aussi, les supporters sont comme il les aime, « magnifiques ».

 

 

Dès son arrivée en décembre dernier, le public nantais en est devenu éperdu. Son discours et sa méthode de travail ont, rapidement, suscité l’unanimité. Ses résultats, assez bluffants, ont forcé jour après jour, match après match, le respect. Dix-neuvième au soir de la seizième journée, avec 13 points seulement, le navire nantais était en perdition. Souvenez-vous, l’eau était trouble et l’avenir ne présageait rien qui vaille. L’équipage semblait aux abois, laissait l’impression d’avoir rendu les armes et le naufrage guettait. Mais, René s’en est allé. Puis, il est arrivé. L’amiral, le sauveur ou le messie, appelez-le comme vous voulez. Moi, je l’appelle Sérgio, Sérgio l’Enchanteur. Pourquoi ? Simplement, parce qu’il a redressé la barre… en un temps record. Avec lui, la mer, un temps en courroux, s’est apaisée. Avec lui, la bête titubante et moribonde, s’est réveillée et remise à marcher. Aujourd’hui, près de six mois après son arrivée, le club occupe la huitième place et l’avenir n’a jamais été aussi radieux. Ainsi, en dix-neuf sorties, le technicien portugais n’a perdu qu’à quatre reprises et a glané 35 points, soit 10 victoires et 5 nuls. Si le championnat avait débuté à son arrivée, le club serait même cinquième, à deux unités de Marseille et à six du podium. Des regrets, non ?

 

Le volcan Conceição

 

Sérgio l’Enchanteur, encore, parce qu’il a redonné de l’espoir et a ranimé une flamme éteinte après le départ de Michel Der Zakarian… Sa personnalité, sa folie et son charisme ont, tout de suite, conquis le peuple jaune. Des joueurs aux supporters en passant par le clan Kita (oui, oui !), personne n’est resté indifférent. Soyons honnêtes, tous en pincent pour lui. Moi aussi. Je ne sais pas vous, mais pour un entraîneur, c’est la première fois… Même Der Zak’, l’homme des deux remontées dans l’élite, ne m’a jamais fait cet effet. Normal, Sérgio Conceição a tout du coach parfait. Personnage aux multiples facettes, toujours dans l’action, sans cesse en train de haranguer son groupe et de le pousser à s’arracher sur chaque ballon, l’homme ne tient pas en place. Jamais. Dans un état d’ébullition et d’agitation permanent, Sérgio est un volcan – toujours – en activité. Un « El Loco » bis. Un fauve jamais rassasié, toujours à l’affût d’une nouvelle proie. Qui peut intimider, surprendre. Voire paraître excessif.

Volubile et véhément sur son banc, parfois lapidaire avec ses joueurs, souvent incommode avec le quatuor arbitral – à juste titre contre Metz (1-1, le 18 février), Nice (1-1, le 18 mars) et Saint-Etienne (1-1, le 9 avril) ! -, il reste le premier supporter de l’équipe. Objectif et chauvin… comme un supporter. Il est son premier avocat, aussi. Quand il est question de la défendre, il monte à la barre. Plaide dans un français quasi parfait et s’y donne toujours corps et âme. Prêt à encaisser les coups, mais toujours enclin à en donner en retour. De la légitime défense, après tout… Certains techniciens du championnat, comme Unai Emery, Pascal Dupraz ou Pablo Correa, ont même jugé bon de s’y frotter, sans doute, pour explorer davantage la bête. Ils n’auraient pas été déçus, murmure-t-on. Nous non plus…

 

#WorkHardSmileLater.

 

Intransigeant, l’homme est surtout un bourreau de travail. Travailler plus pour gagner plus est son leitmotiv. Pourtant, on a trouvé aucun lien de parenté avec Alekseï Stakhanov… Exigeant avec lui-même et avec son groupe, le technicien cultive le souci du détail. S’il fallait le décrire en un mot, on pourrait dire qu’il est… perfectionniste. Avec Conceição, tout doit se faire avec brio. C’est pourquoi à l’entraînement comme en match, il ne laisse rien au hasard. Sa pugnacité, son insatisfaction chronique et sa remise en question permanente, à peine une rencontre terminée, font de lui un homme à part. Une victoire n’est qu’une étape, surtout pas une finalité. Un peu à la manière d’un ascète qui se contente d’une vie simple loin de l’abondance et des plaisirs frivoles de la vie, Sérgio Conceição ne s’éternise jamais sur une victoire.

Bon, je vous vois venir et me rétorquer qu’il gagne en un mois ce que gagne une personne normale en plusieurs années. D’accord, le point est pour vous. Mais ce que je veux dire, c’est que Sérgio est un travailleur hors pair. Il n’a rien d’un Matamore ou d’un fanfaron. Il ne tire jamais la couverture à lui. S’il gagne, le mérite revient aux joueurs. S’il perd, il se proclame responsable. Chez lui, l’autocritique est constante. Le contentement n’existe pas. Le relâchement, non plus. Un travail se commence et se termine. Chaque match est un éternel recommencement. Tant que le rideau de la saison ne s’est pas baissé, il cravache, se creuse la tête, n’est pas du genre à s’enflammer, rumine et reste en éveil. #WorkHardSmileLater peut-on notamment lire sur sa page twitter créée il y a peu. Tout un symbole… Ce dévouement et cette détermination à toute épreuve, plutôt rares dans le football actuel, font son succès. Sa force.

 

#NoSergioNoParty

 

En lui, les fans ont trouvé le leader, le chef de file qu’ils espéraient depuis tant d’années. Celui, en mesure de faire passer un cap au club. De redorer son blason. Voire même… de dépoussiérer, dans un futur proche, l’armoire à trophées. Oui ! Quand il est sur le banc, tout semble permis, rien ne semble insurmontable. Les montagnes deviennent des plaines. Les océans des étangs. Avec près d’une victoire tous les deux matchs, ce sentiment n’a rien d’étonnant. Comme un bébé couvé par son père, le FC Nantes version Sérgio Conceição vit un véritable conte de fées. Paraît immunisé. Protégé. Intouchable. Départie de ses complexes, l’équipe joue chaque match comme si c’était le dernier, transcendée, comme investie d’une mission de la plus haute importance. Il n’y a plus rien à jouer, peu importe, il faut quand même se battre. Se surpasser. Tout donner, pour l’emporter. Au fil des matchs, l’équipe a su dompter ses peurs, repousser les démons du début de saison et engranger de la confiance. Aujourd’hui, elle semble préparée et programmée pour rivaliser avec n’importe quelle équipe.

En Ligue 1, Sérgio n’est pourtant pas la seule attraction. Avec des Leonardo Jardim, Jocelyn Gourvennec, Lucien Favre ou Unai Emery, la concurrence est rude. Tous ont été nommés pour le trophée du meilleur entraîneur du championnat français. Mais oubliez-les tous, sortez des sentiers battus, la révélation de l’année, c’est lui. Oui Conceição, c’est toi ! Je ne suis guère objectif, allez-vous dire. Mais ce que tu as accompli avec ton groupe force le respect. L’admiration. Toi, tu n’as pas de joueurs de classe internationale. Tu n’as pas de Balotelli, Mbappé, Cavani, et j’en passe. C’est pourquoi tu me rends fou, tu nous rends fous. T’avoir comme entraîneur est une fierté. Une joie, un plaisir. Chanter pour tes hommes revêt un autre sens, une autre portée. Parce que tu as compris notre passion, parce que tu as compris que le FC Nantes n’était pas qu’un simple club. Avec toi, nous nous savons entendus, nous nous savons respectés. Nous nous savons reconnus, enfin, à notre juste valeur. Juste pour ça, nous te remercions.

 

Malheureusement, notre belle histoire aura une fin. Je m’y étais préparé, ces dernières semaines. Puis, tu as choisi de rester, deux années de plus. Encore une fois, tu m’as surpris. Ça tombe bien, le jaune te va si bien. Néanmoins, je sais qu’un jour tu partiras. Tu n’es que de passage, tu l’as dit. Nantes ne sera qu’une étape, qu’un chapitre de ta carrière. Tant pis. Si ce chapitre parle d’Europe, on fêtera ton départ…

 

Crédit photo : AFP. 

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Alexis Vergereau

20 ans, étudiant en Science Politique et à l'Académie ESJ Lille. Correspondant pour le Journal du Pays Yonnais. Mordu du Mölkky, des Canaris et maintenant de Ranieri. #Conceicao2020

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