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Avec « The Enemy », la réalité virtuelle bouleverse l’image de la guerre

Avec « The Enemy », la réalité virtuelle bouleverse l’image de la guerre
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L’institut du monde Arabe vient d’inaugurer l’exposition The Enemy : un reconquête culturelle mais surtout virtuelle des conflits du monde et de leurs protagonistes.  


 

Si le musée du Quai-Branly ou le Musée Guimet des arts asiatiques constituent deux fleurons de l’activité culturelle parisienne, l’Institut du monde Arabe n’a quant à lui pas à rougir de son aura. A travers une visée conquérante, le colosse de la place Mohammed V multiplie les expositions coup de poing. La dernière en date, The Enemy du photo journaliste Karim Ben Khelifa, s’est achevée le 4 juin. Cette exposition reste une première mondiale : un mélange surprenant de conflit, de technologie et de culture. Correspondant de guerre pendant plus de 15 ans, Karim El Khelifa a travaillé pour les plus grands médias internationaux. Jusqu’à ce que naisse en lui le désir de raconter les conflits autrement, sans filtre médiatique, et de changer le rapport des gens à la guerre. Grâce à la réalité virtuelle et augmentée, le visiteur découvre donc six acteurs de trois conflits majeurs ; le conflit israélo-palestinien, la guerre des gangs au Salvador et la guerre en RDC. Une reconquête du monde 2.0, qui débute au centre de Paris.

 

Voyage vers l’inconnu

 

Le voyage débute dans une salle futuriste où une trentaine de caméras infrarouges éclairent les murs noirs. Au milieu, une dizaine de personnes, immobiles, vivent leur expérience, seules. Elles sont munies de casques de réalité virtuelle ainsi que d’un sac à dos sur lequel se trouvent des capteurs — l’exposition a coûté 1,6 millions d’euros, sans compter les 250 000 euros de matériel selon la cheffe de projet Hélène Adamo. L’excitation supplante l’appréhension une fois le casque VR positionné. Se dévoile alors un véritable musée. Murs blancs cette fois, parquet lustré et verrière lumineuse, une voix off vous invite à vous promener, à votre guise, pour partir à la rencontre de Jean de Dieu, soldat des forces démocratiques de libération du Rwanda, Abu Khaled, membre du Front Populaire de Libération de la Palestine, ou encore Amilcar Vladimir, tueur du gang Barrio 18.

Très vite, on se demande si l’on fait tout bien ; pourquoi rien n’apparaît. Soudain, les protagonistes s’invitent dans la salle. Ils semblent réels, jusque dans les moindres détails ; des tatouages à la couleur des yeux. Ils parlent. Libre au visiteur de les écouter, de tourner autour d’eux, de s’approcher. Eux ne bronchent pas. Sans détourner le regard, ils livrent leur vision de l’avenir, de leur histoire, et parlent des conflits qu’ils vivent au quotidien. Dans la salle dédiée au conflit israélo-palestinien, Gilad, imposant soldat des forces de défense israéliennes se confie : « Où je me vois dans vingt ans ? En train de féliciter ma fille pour son diplôme, et surtout pas pour son service militaire ». Quelques minutes après, Jorge Aka, dit « Koki », apparaît dans l’espace dédié au Salvador. Il est petit, gras et couvert de tatouages, même sur le front. Il détaille chacun des dessins qui ornent son corps meurtri : « Celui-là, c’est pour ma femme, qui en m’épousant m’a fait vivre le plus beau jour de ma vie ». Il a été enrôlé dans un gang à l’âge de six ans alors forcément, il poursuit : « Oui, j’ai tué. J’ai tué ceux qui auraient, sinon, eu ma peau ». La technologie est efficace, les personnages sont sincères et le doublage est bien fait. L’immersion est presque totale.

 

Conquête partielle 

 

Si l’ambition de l’exposition est bel est bien de permettre au spectateur de s’approprier les conflits du monde, la reconquête n’est pas véritable et l’empathie demeure partielle. Charline sort de l’exposition « sonnée ». Le casque a laissé des marques sur son visage. Elle reconnaît que « le temps est passé vite » mais regrette que « les personnages évoluent dans le cadre d’un musée ». Comprendre : le contexte spatial n’est pas celui du conflit à proprement parler. Son amie Juliette relativise les propos de sa camarade : « Heureusement qu’on était pas en pleine guerre ! Déjà l’augmentation du volume dans la salle Palestine a réussi à m’oppresser, je n’aurais pas survécu à plus ». Ces jeunes femmes reconnaissent unanimement que l’exposition n’a pas changé la vision qu’elles avaient de ces conflits. « Sûrement car nous sommes plutôt au courant de ce qu’il se passe dans le monde », avoue Charline. Ce constat est partagé par Hélène Adamo, présente dans la salle : « Beaucoup de gens regrettent que l’immersion ne soit pas totale, à commencer par Karim El Khelafi lui-même ». Israël à l’Institut du monde Arabe? « C’est pour bientôt, Karim vient d’obtenir un visa pour tourner des images à Tel Aviv », dit-elle, des lumières dans les yeux. Preuve que Paris a bel et bien entamé sa reconquête du monde. L’exposition, quant à elle, se poursuit dans le monde entier.

 

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Victor Hamard

Diplômé de l’Institut catholique de Paris en Économie et Relations Internationales, j’étudie cette année la sociologie à Lille. J’aime penser que les sciences sociales sont incontournables pour aborder les enjeux contemporains. Aspirations journalistiques et goût prononcé pour l’écriture.

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