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A Rennes, l’impasse pour les migrants du squat de la Poterie

A Rennes, l’impasse pour les migrants du squat de la Poterie
Sarah Houmsi

Samedi 24 juin, à Rennes, plus de 300 personnes se sont réunies pour soutenir les 160 migrants de la Poterie. Le 17 juillet, les familles devront évacuer l’ancienne maison de retraite. Face au manque de solutions de relogement, les associations sont en colère et les migrants sont inquiets.


 

« Préfecture ! Donne des maisons, le squat il va fermer ! » Les slogans des manifestants se font entendre dans le centre-ville de Rennes, pour la huitième et dernière fois cette année.

Quelques minutes plus tôt, Armelle Bounya, présidente de l’association Un Toit c’est Un Droit a pris la parole : « Les nouvelles ne sont pas bonnes » annonce-t-elle. « La mairie nous explique qu’elle n’a trouvé que 30 places et la Préfecture a dit que l’Etat ne relogera pas les habitants des Jardins de la Poterie. »

A trois semaines de l’expulsion, les migrants tentent par-dessus tout de rassurer les enfants, au nombre de 70 au sein du squat. Une femme marche silencieusement dans le cortège. Elle ne parle pas français, son amie traduit : « On a très peur. Mon fils a 15 ans, il ne veux pas dormir dehors, c’est normal de vouloir une maison. Comme toutes les mamans, je le rassure, je lui dit que tout va bien se passer. »

Nérimane, 18 ans, a fui le Kosovo avec ses parents quand elle avait 13 ans : « Les enfants ? On leur ment. Quand ils viennent nous voir parce qu’ils ont entendu dire qu’ils seront bientôt dehors, on leur dit que non, qu’on ira à l’hôtel ou au 115. » « Moi j’y crois pas. On ne sait pas ce qui va se passer après le 17. »

Du côté des associations, on a du mal à contenir son exaspération : « On s’est bien foutu de la tronche des migrants » souffle Joëlle Couillandre, membre d’Un Toit c’est un Droit, des larmes de frustration aux yeux. Armelle explique : « Ce qui est agaçant, c’est qu’on aurait pu éviter ça. Depuis janvier, la poterie n’est plus un squat, on est là légalement, du coup la mairie et la préfecture pouvaient nous parler facilement. » Seulement, les discutions entre l’association et la mairie n’ont débuté que fin avril, et Un Toit c’est un Droit n’a rencontré pour la première fois la Préfecture que vendredi dernier, alors que le squat s’est installé depuis un an. Trop tard pour éviter l’évacuation. Pourquoi si tard ? Pour Armelle, le contexte électoral n’a pas aidé : « On ne savait pas dans quel sens les élections allaient aller, donc personne ne bougeait. Entre janvier et mai, on a crié dans le désert. »

 

L’accueil des migrants relève de la compétence de l’État

 

Migrants mongols, ivoiriens, albanais, congolais, tchétchènes se mêlent aux Rennais venus gonfler le cortège. Jean, 83 ans se présente comme « citoyen ordinaire ». Il se dit là pour « être solidaire » : « Tant que je pourrai marcher, je marcherai » déclare-t-il fièrement. Il poursuit : « C’est assez abominable de savoir qu’une grande ville comme Rennes va laisser des enfants dehors. Ce n’est pas la société dans laquelle je veux vivre. »

Lors d’une réunion avec Un Toit c’est un Droit le 20 juin dernier, Nathalie Apperée, maire socialiste, expliquait la situation ainsi : « Nous, seuls, à Rennes on ne va pas y arriver. S’il n’y a pas de solidarité inter-communale, le relogement des familles de la Poterie ne va pas être possible et on pourrait être amené à mettre en place une mise à l’abri d’urgence et à ouvrir un gymnase. » Publiquement et à plusieurs reprises, la mairie a rappelé que l’accueil des migrants relevait de la compétence de l’État.

Mais Un Toit c’est un Droit ne veut pas baisser les bras : « On va continuer la mobilisation parce qu’il faut trouver une solution. On sait que la situation est compliquée parce que plus de gens arrivent et que le 115 est bloqué… mais il faut faire face. On doit aider tout le monde. »

 

Crédit photo : François LEPAGE/Hans Lucas

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