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Débat : Faut-il augmenter le budget de la défense française ?

Débat : Faut-il augmenter le budget de la défense française ?
Dorian Burnod

Dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu, comme nous l’a tragiquement rappelé l’attentat de Manchester, l’interrogation quant aux moyens accordés aux forces de défense françaises est palpable. Et pour cause, le Président Emmanuel Macron, pourtant fervent défenseur de la rigueur budgétaire, a promis lors de sa campagne d’augmenter ces derniers à hauteur de 2% du Produit Intérieur Brut (contre 1,78% aujourd’hui). Est-ce là une mesure indispensable pour garantir la protection de la population ou une hausse discutable ?


 

Un contexte budgétaire difficile

 

Macron s’y était engagé, et plus encore, en avait fait vraisemblablement un axe majeur de sa campagne  : ne pas outrepasser les 3% de déficit public prescrit par les règles européennes. Or, selon les lois, de la logique cette fois-ci, une hausse du budget de la défense induirait inéluctablement une hausse consubstantielle du budget général… Sauf si un rééquilibre s’opère par la réduction d’un autre budget. La solution, d’un point de vue uniquement financier, tiendrait t-elle à une simple manœuvre d’inversion de la balance ?

Pour discerner plus clairement les enjeux qui sous-tendent cette question budgétaire, il convient de rappeler la pression exercée sur le président par les derniers chiffres de la Commission Européenne. En effet, cette dernière a récemment révisé sa prévision de déficit public de la France pour 2017, la portant à 3%, soit le chiffre limite imposé par la réglementation en vigueur (détaillée par le traité de Maastricht et le pacte de stabilité et de croissance) et à 3,2% pour 2018. Or, ces données, outre la prise en compte de la conjoncture économique, se fondent également sur la politique attendue par le gouvernement du pays en question. Si M. Macron manifeste la volonté réitérée de faire preuve de « sérieux budgétaire » comme en témoigne la déclaration du ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, il n’en demeure pas moins que le revers de la médaille restera le même :

« [Il faut] que la nation française arrête de dépenser plus d’argent qu’elle n’en gagne et de dépenser plus de richesse qu’elle ne parvient à en créer. C’est ce qui nous permettra de retrouver de la puissance économique et de la crédibilité politique aux yeux de nos partenaires. »

Le principe de la balance est à nouveau vérifié : sans endettement, coupe de budget. Il est cependant difficilement imaginable pour le président, qui a porté un programme ambitieux sur nombre de domaines (de l’éducation à l’économie en passant par une protection sociale efficace, les questions entrepreneuriales, ou encore la justice et la moralisation de la vie politique), d’assainir sans conséquence pour la réussite des projets le financement de ces derniers. La véritable interrogation émerge donc comme suit : augmentons-nous le budget de la défense en considérant celle-ci comme une urgence à régler au plus vite mais en risquant une explosion du déficit, ou a contrario, contentons-nous du statu quo, faisant fi des promesses et de la situation ? Difficulté ou renoncement ? Plus qu’un simple choix politique pour l’actuel président de la République, cette décision particulièrement complexe va probablement émerger telle un véritable enjeu de société dans les années à venir.

 

Une urgence à traiter ?

 

La question de financer ou non la lutte contre la menace terroriste ne se pose pas, bien entendu. Elle est un choix de société, un combat pour la défense des valeurs républicaines avec la liberté pour étendard. Sans elle, la menace gronde et résonne dans l’esprit de chaque concitoyen comme une peur supplémentaire, une preuve de plus que l’avenir se perd, la sensation d’une lutte abstraite où le fatum répond présent. Outre l’union nationale et la démonstration effective de la solidarité, de la culture, et des origines qui nous lient émerge cependant la nécessité concrète de faire front à l’aide de moyens adaptés face à une situation qui s’est révélée critique. La nouvelle ministre des Armées, Sylvie Goulard, le rappelle d’ailleurs avec véhémence : sa première priorité, « c’est évidemment la protection des Français ».

Les outils mis en oeuvre en ce sens sont toutefois peu clairs. Ainsi, si des déploiements militaires sont effectivement en cours (quand bien même la coalition internationale n’a exigé aucun renfort supplémentaire de la part de la France) notamment au Sahel, en Irak ou encore en Syrie, les objectifs concrets de cette hausse n’ont pas clairement été établis, la responsable préférant « un travail inscrit dans la durée », en particulier sur la question européenne. Dans cette perspective, on peut s’attendre de la part de l’exécutif à une potentielle augmentation des effectifs tant pour l’extérieur qu’à intérieur du territoire français (dans le cadre de l’opération Sentinelle par exemple), une amélioration des conditions de vie des personnels, ou encore à un renforcement du renseignement et de la cyberdéfense.

Des efforts conséquents similaires ont d’ailleurs été réalisés sous le quinquennat Hollande, et ce, en particulier en 2017 où une inflexion à la hausse a été promulguée, prévoyant un fond de 600 millions d’euros supplémentaires par rapport à 2016 afin d’assurer les missions de défense : renouvellement des équipements, engagement bilatéral des armées, lancement d’une « Garde Nationale » etc. Dans le même temps, le déficit public s’est élevé à 3,4 % de la richesse nationale, creusement en partie provoqué par la hausse du budget. A défaut d’être en mesure de présenter les effets bénéfiques ou non de cette hausse (élément extrêmement complexe au vu du nombre de facteurs entrant en jeu), une analyse évidente peut brièvement être faite.

 

La  question sécuritaire apparaît moins telle une interrogation liée au contexte instable sur le plan de la défense que comme une motivation politique à placer en parallèle avec la volonté, justifiée ou non, de respecter la limite de déficit fixée.

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Dorian Burnod

Lycéen en Première ES, engagé pour une actualité profonde et objective, et passionné d'économie et de littérature.

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