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« Relaxer », d’alt-J : chimère à 8 têtes

« Relaxer », d’alt-J : chimère à 8 têtes
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L’inclassable trio originaire de Leeds revient avec un nouvel effort d’une confusion minutieuse. Critique.


 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Jamais encore un choix aussi élémentaire que celui qui consiste à accorder une note globale à une œuvre ne m’aura paru à ce point cornélien. Non pas que j’en fis une affaire étatique (loin de moi cette idée) mais plutôt pour la raison inexplicable qu’alt-J est un groupe qui s’écoute plus qu’il ne se juge. Relaxer confirme cette suggestion, comme un ovni dans la musique contemporaine, balayant les évidences.

3WW ouvre le disque dans la plus pure tradition du groupe : méli-mélo de cordes et percussions minimalistes sur fond d’aurore champêtre. De la pudeur des instruments à l’innocence de la voix de Newman — épaulé par Ellie Rowsell, leader de Wolf Alice — la chanson valide ce qu’on pourrait définir comme la « galaxie » du groupe, gravitant quelque part autour d’une folk moderne qui vole en éclats dès la piste suivante. Car In Cold Blood, second single de Relaxer qui annonce la couleur — rougeâtre — avec un titre volontairement explicite, frappe dès la première écoute. À la manière de Left Hand Free, une des chansons les plus célèbres du trio qui figure sur leur opus précédent, le morceau se veut corrosif, grinçant, animal… pour l’ambiance, le groupe a choisi des claviers entêtants ; pour le décor, un clip glaçant, immersif, qu’on ne quitte pas des yeux. Le pont du morceau est un pur délice : frissons garantis.

À coup sûr, la véritable ingéniosité de Joe Newman, Gus Unger-Hamilton et Thom Green réside dans leur faculté à se réinventer tout en restant eux-mêmes, sorte de résilience à travers le temps et les disques. Se « réinventer ». Le terme est loin d’être galvaudé tant il relève de l’obsession chez les membres du groupe, sans cesse avides de nouveautés dans la création, en témoigne l’utilisation de tin whistle (flûte irlandaise, pour les plus anglophobes) ou de chœurs d’enfants dans l’outro d’Adeline, indéniable petite sœur de Matilda. Et puis réinventer les autres, aussi, à travers des reprises, à la manière de l’éternelle House Of The Rising Sun à laquelle ils confèrent une nouvelle dimension toute particulière.

 

 

Mélancolie, songes et enveloppe surannée

 

Relaxer dénote par son enrobage à l’allure obsolète. Le visuel, inspiré par un jeu vidéo du siècle passé, le mixage, également, ou encore les différents cuivres utilisés, du trombone aux trompettes en passant par le saxophone qu’on retrouve notamment dans In Cold Blood, tendent à accentuer cette sensation poussiéreuse et paradoxalement rafraîchissante. Dans Pleader, huitième et dernière roue du carrosse, le groupe s’autorise même quelques violons grinçants, jonglant entre une poésie de convenance et une tension propre aux chapitres finaux que l’on souhaiterait interminables. La chanson Deadcrush est probablement celle qui matérialise le mieux l’évolution musicale des anglais, avec des basses aux antipodes de l’atmosphère minimaliste qui caractérisait leurs tout premiers morceaux. Accompagnée de chœurs endiablés, la mélodie incarne une démence encore rare chez le groupe.

Une demi-décennie après leur énigmatique awesome wave — acclamé par la critique — alt-J nous suggère une nouvelle exploration, plus sombre, plus violente, plus orchestrale et plus difficile d’accès. Là encore, nul doute que la magie opérera, comme il y a trois ans, comme il y a cinq ans… parce que les anglais ont quelque chose que les autres n’ont pas : une identité remarquable, qui, bien loin des mathématiques, résulte souvent de la même équation : être à la fois fidèle à soi-même et plus différent que jamais.

 

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Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...

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