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La vraie « Wonder Woman » est derrière la caméra

La vraie « Wonder Woman » est derrière la caméra

Wonder Woman, sur nos écrans depuis ce mercredi 7 juin, surprend et impressionne. La clé de son succès ? Sa réalisatrice, Patty Jenkins. Critique.


 

C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, à l’époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s’écrase sur l’île paradisiaque où elle vit, à l’abri des fracas du monde. Lorsqu’il lui raconte qu’une guerre terrible fait rage à l’autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu’elle doit enrayer la menace. En s’alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l’étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

C’est un euphémisme de dire que Wonder Woman suscitait notre intérêt. Bien aidé par des bande-annonces enthousiasmantes, le film portait sur ses épaules la charge d’un lourd espoir. Celui de lancer (enfin) l’univers DC Comics au cinéma sur des rails à peu près stables, et si possible différents de ceux (totalement rouillés) des studios Marvel. En clair, rattraper les erreurs Man of Steel (trop long), Batman v Superman (trop… trop) et Suicide Squad (trop insipide). Quoi d’autre ? Bousculer, au passage, les Thor, Batman et autres Iron Man — tous masculins. Faire oublier les catastrophes des films adaptés de comics sur des super-héroïnes (Elektra, 2004, et Catwoman, 2003), aussi. Et, pourquoi pas, offrir un nouveau souffle au genre super-héroïque. Bref, tout un programme. Et beaucoup d’espoir.

Et alors ? Sans doute faut-il commencer par l’essentiel : Wonder Woman est un film… très bien filmé. L’affirmation peut paraître évidente ; elle est pourtant bien loin de l’être : Marvel (au hasard) pioche depuis des années des réalisateurs un peu partout, les absorbant et les normalisant au gré de ses impératifs commerciaux, par peur de perdre son public au moindre écart « auteuriste ». Résultat : des films souvent mornes, très propres mais aussi beaucoup trop lisses scéniquement.

Auteuriste, Wonder Woman ne l’est pas. Certes. Mais il est indéniable qu’il apporte, du point de vue de la mise en scène, une fraîcheur tout à fait inattendue. Il y a, en effet, un souffle, un entrain, voire une finesse dans la façon dont la « Princesse Diana » agite ses poignets, lève ses poings, court et s’élance dans les airs. La réussite du personnage doit autant à la prestation de son interprète, Gal Gadot, qu’à la façon dont Patty Jenkins, la réalisatrice (!), la filme, féroce et gracieuse. Chose rare pour un film du genre, Wonder Woman est doté d’un sens de la mise en scène (voir la séquence des tranchées, ou celle de la bataille du village) qui fait du bien à la rétine : là où l’écrasante majorité des films de super-héros perdent leur spectateur pendant leurs séquences d’action, pourtant charnières, Wonder Woman parvient à les distiller, à les doser et à les rythmer avec brio (et la mélodie furieuse d’Hans Zimmer et Junkie XL). La vraie Wonder Woman est derrière la caméra.

 

Copyright Warner Bros. France.

 

Ecartée du tournage de Thor, puis Thor : Le Monde des Ténèbres par Marvel, Patty Jenkins semblait brûler de se frotter à un double défi : celui de la substance (réaliser un bon film de super-héros) et celui du chiffre (réaliser un film de super-héros qui rapporte). Et malgré une certaine appréhension (assez légitime, au vu des expérimentations citées plus haut), elle l’a fait. Sa super-héroïne, divine Amazone, a tous les attributs qui ont fait perdurer le personnage : sa force, son intelligence, son enduranceJenkins reste fidèle à l’esprit qui a fait qu’aujourd’hui, Wonder Woman fait partie de la trinité du panthéon DC, au même titre que Batman et Superman. Diana Prince n’est pas qu’une guerrière ; son innocence n’est pas que de la naïveté. Emergeant d’une île au bout du monde pour découvrir la Terre des hommes, elle aurait pu être une énième émanation de Candide, une redite de la Petite-Sirène, le glaive en plus.  

Mais il y a quelque chose de spécial dans cette Diana Prince-là. Un brin de malice perpétuel dans les yeux de Gal Gadot, peut-être. Ou dans les tirades humanistes du personnage, qui fait preuve d’un courage souvent stupide, toujours héroïque. Une confiance en elle à la limite de la folie, qui est prouvée, toujours justifiée. Cette Wonder Woman est juste. Dans toute sa perfection divine, elle est aussi humaine que le personnage joué par Chris Pine ; parfois même davantage. Gadot interprète une femme assurée, aussi impressionnante que Nikita ou Lara Croft. Mais désormais, l’héroïne peut se montrer sensible et vulnérable sans être faible. Désormais, l’héroïne peut devenir un être humain. Au même titre que Zeus a donné vie à Diana Prince, Patty Jenkins a ressuscité Wonder Woman. Et on espère qu’elle la tiendra en vie encore longtemps.

Malgré notre enthousiasme débordant, on regrettera le principal point noir du film : son méchant, complètement interchangeable avec un autre antagoniste (syndrome récurrent chez Marvel). De la saga Marvel, le film a aussi un dernier défaut : la débauche d’effets spéciaux, qui, dans le dernier acte du film, pour l’affrontement final, brûle les paupières. La grandiloquence qui fait la pâte de Zack Snyder, dont l’empreinte est inscrite dans chacun des films DC, se retrouve ici particulièrement en décalage avec les premières scènes d’action.

 

Mis en scène et interprété avec brio, Wonder Woman relève deux défis colossaux : offrir à sa réalisatrice, Patty Jenkins, les clés d’une future carrière dans l’univers DC ; et ressusciter le film de super-héroïne sur grand écran. Mission (divinement) accomplie.

 

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Alexandra Saviana et Pablo Maillé

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