Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

La Poterie, plus grand squat de Rennes, a été évacuée

La Poterie, plus grand squat de Rennes, a été évacuée
Sarah Houmsi

Pendant un an, le squat de la Poterie a été le refuge de 175 sans-papiers venant d’Afrique de l’Ouest, d’Europe de l’Est et d’Asie. 70 enfants y ont passé leur année scolaire. Ce lundi 17 juillet, ils ont quitté les lieux la peur au ventre. Retour sur cette journée où la misère des migrants a été mise à nue. 


 

Ilysse, 5 ans, fait un dernier tour de tricycle devant le squat. Autour de lui, tout le monde s’active : on jette les matelas, on casse les meubles ; tout ce qui n’a pas été vendu ou donné partira à la déchetterie. Dans l’ancienne maison de retraite, le ménage a été fait du sol au plafond : « C’est plus propre que quand on est arrivé » rit une femme. Autour d’elle, on sourit péniblement, mais tous ont la gorge serrée. Voilà des jours que les familles ne trouvent plus le sommeil et que l’idée de retourner à la rue leur coupe l’appétit.

Nerimane, 18 ans, berce son bébé à l’abri du soleil : « Le squat c’était bien, pendant un an on n’avait pas peur. » A côté d’elle, deux gardiens, Karim et Allassane, embauchés par Lamotte, propriétaire des lieux. Leur mission est de s’assurer que personne n’occupe de nouveau le bâtiment. Mais impossible, pour eux, de rester indifférent aux sort de ces familles : « Je trouve ça choquant. Ils vont aller où tous ces enfants ? » soupire Moussa. Lui ne comprend pas pourquoi les familles partent de leur plein gré. Il leur a demandé : « Pourquoi vous ne restez pas ? Restez, vous devez défendre vos droits ! ».

Les voisins sont tout aussi émus. Michel est retraité. Pour lui, aider ces familles relève de l’évidence : « Le peuple français a aussi été amené à s’exiler et il était heureux d’avoir trouvé des terres d’accueil. Il est normal d’aider ceux qui sont dans la souffrance aujourd’hui. »

Ibrahim Sountara, Ivoirien, est un des derniers arrivants au squat. Avant ça, c’était la rue et encore avant « le calvaire de la Libye ». « Tu as vu, il y a beaucoup de Français ! Moi, ça me surprend, ça me fait oublier mes soucis » dit-il.

 

Il est 10h30 et les huissiers font l’état des lieux d’un bâtiment destiné à être démoli. C’est le moment que tout le monde redoutait. Le plus grand squat de Rennes ferme. Les sans-papiers sont mis dehors sans aucune solution à l’horizon.

Dans un dernier geste désespéré, migrants et associations se réunissent au pied de la mairie. Ils dormiront ensemble ici s’il le faut, mais pas question de se disperser, de redevenir invisibles. Ils s’assoient sur les pavés et attendent.

 

 

Armelle, présidente de l’association Un toit c’est un droit, reçoit alors un appel qu’elle n’attendait plus : « La mairie va ouvrir un gymnase. La Préfecture a trouvé 75 places. Rendez-vous à la mairie à 15 heures. » Dans la foulée, la maire socialiste Nathalie Apperée diffuse un communiqué : « Dans la tradition humaniste et solidaire de Rennes, je ne peux accepter que des familles avec enfants dorment à la rue. »

Les bénévoles soufflent un grand coup mais le soulagement ne tarde pas à laisser place à l’exaspération. Voilà un an qu’ils manifestent, des mois qu’ils discutent avec les pouvoirs publics dans l’unique but d’éviter que les choses se fassent à la dernière minute. « On aurait pu éviter tout ce stress, on aurait pu rassurer les enfants. Ce sont les familles qui souffrent de toute cette indécision » répète Armelle, le visage marqué, lui aussi, par l’épuisement.

Charlotte Marchandise, adjointe à la maire de Rennes, se dit « dégoûtée » par la situation. Elle tient à expliquer l’équilibre que doit maintenir la mairie : « On ne se rend pas assez compte de la position délicate de la mairie. On a une préfecture très dure en Ile-et-Vilaine. Il ne faut pas oublier qu’elle peut rendre les choses très difficiles pour la ville. »

Après trois longues heures de réunion, le verdict tombe pour les migrants : un gymnase sera ouvert pour les familles avec enfants le soir même. La mairie a aussi trouvé 20 places dans son patrimoine municipal. La préfecture, quant à elle, a réservé des chambres d’hôtel pour ceux qui sont proches de la régularisation.

Adulte sans famille et avec un rendez-vous à la préfecture prévu dans 18 mois, Ibrahim aurait très bien pu se retrouver dehors cette nuit-là. Mais lui aussi peut se réjouir car un jeune Rennais a souhaité l’héberger dans son appartement étudiant. Nerimane, elle, a encore du mal à croire qu’elle et sa fille seront logées en chambre d’hôtel.

Le squat de la Poterie, lieu de culture, d’apprentissage et de solidarité n’existe plus. Il aura intéressé les universitaires, les artistes et les citoyens Rennais. Aujourd’hui, il est remplacé par un gymnase et des chambres d’hôtels. Mais ce moment de répit ne durera probablement pas. Joëlle Couillandre, membre d’Un toit c’est un droit annonce déjà la couleur : « En septembre, on sera dans la merde. »

The following two tabs change content below.

Submit a Comment