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Bienvenue au Venezuela, un pays en crise

Bienvenue au Venezuela, un pays en crise
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Alors que les Vénézuéliens battent le pavé depuis maintenant 3 mois malgré une répression policière vigoureuse (89 morts depuis le début de la mobilisation), le président Maduro a annoncé une nouvelle hausse du salaire minimum de 50 % (la devise vénézuélienne a perdu 99,7% de sa valeur depuis avril 2013). Hausse qui succède à deux autres de ce type en à peine 6 mois. Cette crise – qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire récente du Venezuela – met à mal l’héritier d’Hugo Chavez. Symptôme de l’état de suffocation dans lequel se trouve le pays, 75 % des Vénézuéliens ont perdu au moins 8,7 kg depuis 2016.


 

L’origine de la crise

 

Gagnant de l’élection présidentielle en 2013 avec à peine 230 000 voix de plus que son adversaire, Nicolas Maduro est l’un des éléphants du paysage politique vénézuélien. Élu à l’assemblée dès 2000, il faisait partie de la garde rapprochée d’Hugo Chavez : après avoir milité pour sa libération après le coup d’État raté de 1992, il a été son ministre des Affaires étrangères, puis lui a succédé au poste de président du Venezuela par intérim lorsque que ce dernier est mort en mars 2013. Coutumier de la gouvernance par décrets (utilisés au total plus de 2 ans sur un mandat de 3 ans), il a notamment été accusé d’avoir organisé un réseau de narco-trafic afin de financer sa campagne de 2013. L’homme de 54 ans est également connu pour ses propos outrageants, notamment lorsqu’il avait adressé aux députés espagnols : « Vayan a opinar de su madre » (« Retournez voir vos mères »), lorsque ces derniers avait adopté une résolution pour la libération des prisonniers politiques vénézuéliens.

Lorsque Nicolas Maduro arrive en 2013 au pouvoir, il doit faire face aux conséquences des choix politiques de son mentor Chavez. En effet, ce dernier avait fait du secteur pétrolier le cœur de son économie. Alors que le prix du baril a chuté à des niveaux historiques en 2016, et que son prix actuel reste très bas, le secteur pétrolier vénézuélien accuse une baisse de 12,7 % de ses profits, une diminution impactant l’intégralité de l’économie vénézuélienne, plombant la croissance de 19,5 % en 2016. Ce marasme économique a eu de profondes conséquences sur les ménages vénézuéliens, puisque le prix des produits de consommation a augmenté en moyenne de 800 %, l’inflation sur certains produits tutoyant même les 1000 % sur un an. Cela dit, l’inflation absolue est difficilement quantifiable, puisque le Venezuela a claqué la porte du FMI en 2007.

C’est justement pour palier à cette hyperinflation que le gouvernement a annoncé d’importantes hausses du salaire minimum, successivement de 50 % en février, 60 % en avril et à nouveau 50 % le 2 juillet, hausses réclamées par les manifestants, mais qui ne suffisent pas à compenser l’inflation sur ce début d’année 2017.

 

Une opposition victime de sa force

 

Pour comprendre la situation politique dans laquelle se trouve le Venezuela, il faut revenir au début de décembre 2015, lorsque l’opposition avait remporté pour la première fois depuis 16 ans les élections législatives, obtenant 109 des 167 sièges de l’Assemblée nationale. Cette victoire a d’abord été contestée par le président Maduro, qui a tenté à tout prix de priver l’opposition d’une majorité à deux tiers, majorité permettant à cette dernière d’organiser un référendum, de convoquer une assemblée constituante ou encore de provoquer des élections anticipées. L’opposition, qui dénonçait un coup d’état judiciaire, a finalement obtenu gain de cause et a engagé un processus afin de destituer le président Maduro : elle a d’abord lancé une pétition qui a rassemblé plusieurs millions de signatures, demandant l’organisation d’un référendum populaire sur la destitution ou non du président Maduro. Cependant, ce processus s’est enlisé, du fait d’irrégularités supposées : les Chavistes estiment que 700 000 signatures réunies par l’opposition sont irrecevables (électeurs morts, prisonniers de droit commun, mineurs, etc.).

À l’Assemblée, également, l’opposition est extrêmement hétérogène. En effet, il s’agit en réalité d’une coalition dont l’un des seuls points communs – si ce n’est l’unique – est le rejet du chavisme. Ainsi, siègent côte à côte libéraux, chrétiens-démocrates, conservateurs ou encore sociaux-démocrates. Cette mosaïque est en réalité une véritable faiblesse pour l’opposition, qui peine, même en constituant une large majorité, à construire un projet politique concret pour le Venezuela, avec pour symbole de cette complexité, les événements du 27 juin. Un hélicoptère a survolé le ministère de l’Intérieur et le Tribunal suprême, arborant une bannière où il est inscrit « 350 Libertad » (en référence à l’article 350 de la Constitution vénézuélienne, qui appelle le peuple à désobéir si ses libertés sont menacées). L’homme à son bord, un membre de la police d’élite, a utilisé deux grenades et tiré une quinzaine de coups de feu avant de disparaître dans la nature. L’opposition et ses leaders, comme l’ex-chaviste Miguel Torres ou encore Julio Borges, se sont désolidarisés de cette attaque, matérialisant ainsi le caractère hétéroclite de l’opposition, jusque dans ses fondations. Henry Ramos Allup, leader des sociaux-démocrates, déclarait lui même : « Les coups d’État sont faits par ceux qui disposent des armes, des balles, des bataillons, c’est-à-dire les forces armées, entièrement contrôlées par l’actuel gouvernement ; nous, les civils, nous ne faisons pas de coups d’État. »

 

Malgré toutes ses faiblesses, l’opposition peut compter sur son meilleur allié : la rue. Le 19 avril, date choisie par l’opposition en référence au début de la guerre d’indépendance vénézuélienne, a montré la force de la mobilisation des anti-Maduro, qui rassemble plusieurs centaines de milliers de manifestants à Caracas. Une mobilisation qui ne s’essouffle pas, puisque le référendum – à valeur purement symbolique – organisé par l’opposition au sujet de la convocation d’une assemblée constituante a rassemblé 7 millions d’électeurs. La lutte du peuple vénézuélien continue donc, malgré plus de 1000 blessés, des centaines d’arrestations et 89 morts.

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Vianney Savatier

Lycéen de TermES. Mon cœur balance entre Cobain et Musset, mes oreilles entre Gainsbourg et Georgio.

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