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Vers un nécessaire renouvellement du journalisme

Vers un nécessaire renouvellement du journalisme
Anaëlle Véricel

Les événements récents et plus particulièrement leur couverture médiatique nous ont invités à prendre conscience de l’importance de l’information dans notre vie et de ses rôles. Car si les médias ont toujours comme objectif de nous permettre de rester connectés au monde, de savoir « ce qu’il se passe », leur forme et ainsi la façon dont est traité le contenu a évolué. Dans un climat de défiance face aux journalistes dont on a vu le paroxysme avec les élections présidentielles, il est temps de revoir notre conception de journalisme et de lui définir de nouveaux rôles.


 

Tour d’horizon

 

L’arrivée d’internet a profondément transformé la façon de s’informer. Ainsi, alors qu’avant il était quotidien de se rassembler autour du poste de télévision pour assister au journal du soir, l’audience s’est très largement déplacée vers des médias plus modernes : journaux en ligne, information via les réseaux sociaux… Confondues, ces deux sources d’information en ligne représentent aujourd’hui plus de 60% de l’information, selon un petit sondage réalisé à mon échelle et, il faut le préciser, en ligne, du 22 juin au 10 juillet. Les médias plus traditionnels (radio, télévision) se maintiennent tout de même avec environ 20% chacun. On note le déclin de la presse écrite qui n’a recueilli, dans ce même sondage, aucune voix.

Deux études, récentes et plus précises (ici et juste là), réalisées respectivement en France et dans 36 pays, permettent de dresser des chiffres plus fiables ; nous en tirons toutefois la même conclusion.

 

Extrait de l’étude réalisée par Anaëlle Véricel

 

Dès lors, il n’est pas surprenant que 83,1% des personnes interrogées estiment recevoir trop de nouvelles à caractère négatif : la capacité des réseaux sociaux à s’enflammer et à répandre les rumeurs est bien connue, les informations erronées ou dramatisées circulent en masse sur internet. On dénonce « la logique marchande des médias [qui] fait qu’ils doivent s’assurer un audimat », « la couverture sensationnaliste des chaînes d’info en continu ». Les journaux papier, délaissés, pourraient cependant apporter une couverture davantage analytique qu’émotionnelle, moins portés sur la dramatisation, plus sur la réflexion.

En particulier, l’apport de faits divers divise. Seulement 54,9% des interrogés estiment cette information nécessaire : « des informations considérées comme anecdotiques peuvent quand même être révélatrices d’un phénomène plus global », ils « sont ce que les médias traditionnels considèrent comme peu important (féminicide, bavure policière, crime raciste) » et donc « évitent de mettre de côté de cette réalité ». D’un autre côté, le fait divers est vu comme un acte de voyeurisme, qui représente bien « le vice du sensationnalisme », qui « stimule les bas instincts ». Il serait même pour certains l’équivalent moderne « du jeu et du pain pour le peuple »

En parallèle, la couverture médiatique des urgences, comme un attentat, est largement critiquée : 77,5% des répondants n’en sont pas satisfaits. Qualifiée de « course au scoop » dans laquelle les journalistes « se prennent généralement pour des réalisateurs de série américaine », elle serait « contre-productive voire dangereuse ». On déplore la mauvaise qualité du contenu : « sensationnalisme morbide, manque de recul et de vérification, partialité, reflet des préjugés courants de la société, quasi harcèlement des victimes pour obtenir des témoignages le plus rapidement possible ». De même, le vocabulaire utilisé est critiqué : « on se focalise sur les attentats djihadistes, écartant toujours ceux d’extrême droite (on parle-là de déséquilibrés etc.) ».

Le comportement des médias face à la perversion des faits divers, dont la divulgation fait débat, et face aux évènements à haut potentiel anxiogène favorisent une ambiance de peur et de défiance. Ainsi, 94,4% des personnes interrogées estiment que les médias appuient ce phénomène et « font le jeu du terrorisme qui a vocation à terroriser ». Selon elles, « on privilégie l’émotion par rapport à la réflexion » et « des raccourcis sont souvent fait lors d’évènements tels que des attentats, et ils contribuent à entretenir un climat de méfiance voire de racisme envers les personnes non-blanches ». Ce comportement crée de plus une certaine accoutumance à la violence qui la débanalise : « le surplus d’information négative finit petit à petit par nous désensibiliser au drame qu’on nous présente ».

Les alternatives qui existent sont, elles, peu connues : seuls 19,7% des répondants affirment avoir déjà entendu parler de journalisme « d’impact », « de solutions » ou « constructif » lorsque 91,5% se disent intéressés par l’apport de nouvelles positives ou inspirantes en plus grande quantité. Quelles sont donc ces nouvelles formes de journalisme en développement ?

 

Une alternative : le journalisme de solutions

 

Il existe une véritable demande d’une information moins dramatisée et plus motivante, « pour voir le monde sous un jour plus positif, pour me donner envie de me lever et de créer à ma manière, pour me redonner de l’espoir et de la confiance envers les autres » écrit l’un ou l’une des participants du sondage. Selon le psychologue Jacques Lecomte, spécialisé en psychologie positive, « passée une certaine quantité d’informations négatives, des mécanismes de défense psychologiques s’enclenchent et les gens refusent d’entendre » et « les messages catastrophiques nous donnent l’impression que les problèmes sont tellement énormes que l’on ne peut rien faire ». Ainsi s’exprime le besoin d’un renouvellement du journalisme qui offrirait davantage d’alternatives aux grandes chaînes de télévisions ou aux remous des réseaux sociaux. Le besoin d’une information plurielle, diversifiée, qui jouerait également un rôle de « catalyseur » en faisant la lumière sur des actions existantes, des moyens de faire réellement évoluer les choses, de transformer le lecteur en acteur quand il n’assiste aujourd’hui qu’en spectateur impuissant derrière son écran. Des initiatives ont déjà vu le jour : on parle parfois de journalisme « de solutions », « d’impact », « constructif ».

Ces nouvelles formes de journalisme, toutes synonymes, ne se contentent pas de fournir uniquement des bonnes nouvelles au lecteur : « de la même manière qu’il y a légitimité à se plaindre de la dramatisation de l’actualité, il y aurait à redire sur une approche volontairement optimiste de l’information » rappelle un ou une participant(e). L’idée est d’abord de rééquilibrer la dose d’informations positives face à celles négatives qui ont une place prédominante, sans cependant les fausser. Selon Ulrik Haagerup, directeur de DR News, la radio et télévision publique du Danemark, auteur du livre Constructive News, « le journalisme constructif essaye de renouer avec les racines du journalisme et de donner aux gens la vision la plus exacte possible du monde dans lequel on vit ». Dans ses travers comme dans ses qualités donc. L’initiative semble être née grâce à l’association française Reporters d’Espoir qui soutient que « cette démarche journalistique vise à refléter la complexité du monde, et à diffuser l’envie d’agir ». On peut également citer Sparknews qui se donne comme rôle d’« amplifier les initiatives ayant un impact positif sur les grands enjeux mondiaux pour restaurer la confiance et l’envie d’agir pour un monde meilleur » en organisant l’Impact Journalism Day avec 55 grands médias nationaux ou en favorisant le dialogue avec les entreprises.

De nombreux exemples de journalisme de solutions s’épanouissent sur internet : Huffington Post a ainsi créé une rubrique « c’est demain » partageant innovations et information inspirante, tout comme le site de The Guardian avec « Half Full ». Le quotidien britannique explique ainsi dans la présentation de ce projet que « si nous publions plus d’exemples de personnes qui essaient de faire des choses inspirantes, peut-être qu’ils pourront aussi nous inspirer à faire un monde meilleur ». C’est également le cas de la revue française en ligne We demain ou encore de Médialibre dont la devise « Agir. Inventer. Proposer. Fabriquer. Espérer. Danser. » reflète bien cette volonté de construire le futur. Le site propose deux parties « aujourd’hui » et « demain » complémentaires, confrontant ainsi problèmes mais aussi réussites du présent aux enjeux et aux propositions faites pour l’avenir.

 

Il est encourageant de constater que de telles initiatives prennent de l’ampleur et préparent peu à peu l’évolution du journalisme. Le journalisme de solutions semble répondre aux nouveaux enjeux qui se présentent à nous : il ne s’agit plus de livrer l’information plus ou moins crue au lecteur ou au téléspectateur mais d’essayer d’en avoir une vision la plus complète possible en privilégiant l’analyse, la réflexion puis en tentant d’apporter une idée, une solution au problème que l’information en question pose. Il ne s’agit plus de participer à une certaine fascination pour l’horreur qui se propage de plus en plus mais de pousser à agir. Cependant, une telle transformation doit s’accompagner d’une diversification de l’offre d’information — c’est en cela que les médias participatifs sont précieux !

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Anaëlle Véricel

17 ans, lycéenne près de Lyon, je m'intéresse à tout et cherche à travailler ma plume et mon sens critique. Rêve de devenir journaliste.

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