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« 120 battements par minute », de battre le combat continuera

« 120 battements par minute », de battre le combat continuera
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Pressenti pour la Palme lors de la dernière édition du Festival de Cannes, c’est finalement le Grand Prix que 120 battements par minute aura remporté. Le président de la 70ème édition, Pedro Almodovar, l’avait évoqué avec émotion lors de la conférence de presse du jury du festival, déclarant qu’il ne pouvait pas être plus touché par un film. Le troisième long-métrage de Robin Campillo (Les Revenants, Eastern Boys), qui raconte la lutte des militants d’Act Up-Paris dans les années 1990, a été encensé par la presse. Notre critique.


 

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

 

★★★★★ – À voir absolument

 

Des militants qui chuchotent dans les coulisses d’une conférence, coup de sifflet, début de l’action menée par Act Up-Paris. Une poche de sang jetée à la figure d’un membre de l’ANRS (l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida). Puis Sophie, militante de l’association, qui prend le micro pour dénoncer l’inaction du gouvernement face à l’épidémie du sida en France dans les années 1990. Scène d’ouverture électrique, brutale, politique qui annonce le magnifique portrait des activistes dressé par Robin Campillo dans 120 battements par minute. Scène d’ouverture qui annonce également au spectateur qu’il sera amené à suivre les coulisses des actions de cette association. Les militants sont présentés comme un collectif, mais c’est surtout la vie de quatre d’entre eux que nous sommes amenés à suivre : Sean, Nathan, Sophie et Thibault le président de l’association, respectivement interprétés par Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel et Antoine Reinartz. Il faut chacun les citer tant ces jeunes acteurs sont talentueux.

Au début du film Nathan, nouveau membre de l’association, un des rares séronégatifs, est accueilli lors d’une assemblée générale par des membres soudés, dont le combat qu’ils mènent occupe totalement leur vie. C’est avec lui que l’on suit cette initiation à la philosophie et à la lutte d’Act Up-Paris, qui prend des aspects infiniment variés. Si les négociations avec les laboratoires pharmaceutiques soupçonnés de rétention d’information apparaissent parfois trop détaillés et les explications sur les nouveaux traitements pour les malades trop ésotériques alors que le débat sur le sang contaminé est amené de façon peu compréhensible, ces scènes sont finalement essentielles pour comprendre la diversité et la régularité des actions de l’association. Le spectateur prend tantôt le temps d’analyser le militantisme des membres et d’écouter des échanges toujours percutants, et est tantôt confronté à des images incroyablement nerveuses et puissantes dont le rythme prend au cœur et n’a d’égal que la détermination des militants durant les actions de terrains et les manifestations.

Puis viennent ces moments ardents dans lesquels la caméra s’attarde sur les silhouettes des militants, dans des soirées où ils dansent, s’étreignent, laissent vaquer leurs corps détruits peu à peu par un virus qui gagne chaque jour du terrain. Il transparaît alors dans chaque image une véritable urgence. Une urgence face aux bilans sanguins des militants qui se dégradent, face à l’épidémie meurtrière qui touche de plus en plus de victimes. Une urgence face à la mauvaise foi des laboratoires et du gouvernement, face aux préjugés et à l’homophobie déversée à l’occasion de certaines actions menées par le collectif et dans les écrits de certains journaux ou intellectuels. Une course contre la montre et le spectre de la mort. Si Sean rappelle parfois dans des éclats de rage les symptômes de sa maladie et les effets secondaires liés au traitement, il reste animé par une envie de vivre et une détermination qui submerge chaque scène. En témoignent son énergie débordante lors du défilé organisé par Act Up lors de la Gay Pride ou ses divagations lors d’un trajet en métro où il reste fasciné et hypnotisé par les rues de Paris noyées dans la lumière. En témoigne également l’intensité de sa relation amoureuse.

 

Copyright Les films de Pierre / France 3 Cinéma

 

Le spectre de la maladie ne quitte jamais réellement l’écran, même dans ces scènes où les corps se déchaînent sur les basses d’une musique qui résonne comme des battements de cœur, incarnant pourtant une forme de catharsis pour les personnages. A plusieurs reprises, les images des chairs vibrant au rythme des basses fondent et disparaissent au profit de simples touches de lumières volatiles, s’apparentant à des imageries médicales faisant transparaître des cellules. Dans un de ses rêves fiévreux et halluciné dépeignant la Seine rouge sang, les bras du fleuve semblent irriguer la peau de Sean écorchée par la maladie. Durant les scènes tamisées, bleutées, sombres, incroyablement intimes et belles à pleurer des étreintes entre son corps et celui de son amant, la maladie est plus présente que jamais dans les discussions chuchotées. Dans un plan qui surplombe de façon abrupte des militants allongés dans les rues de Paris pour symboliser les défunts, la caméra tourne sur elle-même et donne pendant un bref instant l’aspect d’une danse macabre au long-métrage de Robin Campillo.

Le film se divise en deux parties : la première se centre principalement sur les actions militantes et prend des aspects presque documentaires, la seconde est presque uniquement focalisée sur l’histoire d’amour entre Sean et Nathan, racontée de manière extrêmement intime. Celle-ci, bouleversante, est cousue dans un enchaînement de gros plans sur les personnages et transmet leurs émotions de manière prodigieuse. Dans une sensibilité qui fige et statufie l’écran. Comme si on réalisait soudain combien ce récit sur les actions et la vie des militants nous avait touchés, au point de nous sentir totalement impliqués dans leurs combats et émus par leurs sentiments. 120 battements par minute s’achève dans un dernier sursaut stroboscopique, une dernière pulsion charnelle, une dernière lutte politique. Il se clôt dans un montage qui nous arrache au récit auquel on a assisté pendant plus de deux heures de manière aussi abrupte et presque prématurée que la façon dont les vies de milliers de jeunes personnes ont été emportées par la maladie. Avant de laisser place à un générique silencieux qui accentue l’étourdissement provoqué par cette œuvre.

 

Historique, politique, romantique, engagé, fiévreux, tendre. Le troisième long métrage  de Robin Campillo évoque de nombreux genres cinématographiques et alterne les procédés de mise en scène tout en transmettant des émotions qui restent durablement en mémoire. 120 battements par minute est un hommage vibrant à la lutte des militants et des patients, une sublime déclaration de guerre à la maladie et à l’indifférence.

 

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Claire Schmid

Responsable Culture. Etudiante en Master à l'Ecole de Droit de Sciences Po. Passionnée par le Cinéma, la peinture, l'écriture et la politique.

Comments

  1. Corentin Luce

    Serait-il possible de contacter l’auteure de ce bel article ?
    Merci d’avance

    • Claire Schmid

      Bonjour, merci pour votre commentaire ! Vous pouvez me contacter via LinkedIn (Claire Schmid) ou Twitter ( Claire_Schm).

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