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Les Etats-Unis lancent deux programmes d’armement… controversés

Les Etats-Unis lancent deux programmes d’armement… controversés
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Les forces armées américaines s’en réjouissent. En avril, le porte-avions Gerald R. Ford (CVN-78) est sorti des chantiers navals de Virginie. En juin, le F-35 Lightning II vole pour la première fois au salon du Bourget. Ces deux programmes d’armement signés Northrop Grumman et Lockheed Martin sont les plus colossaux de l’Histoire dans leurs catégories. Des milliards de dollars dépensés… mais pourquoi ? 


 

Fer de lance économique et militaire

 

Le premier pèse 100 000 tonnes (plus du double de notre Charles de Gaulle), mesure 332 mètres de long pour 81 de large, embarque à son bord 75 avions, et dispose d’un système de catapulte électromagnétique augmentant de 25% le nombre de lancement journalier (par rapport aux porte-avions actuels de l’US Navy) en outre. Le second décolle verticalement à la manière d’un hélicoptère, doit remplacer la majorité du parc aérien américain et s’exporter aux alliés des Etats-Unis pour devenir l’avion de chasse du XXIème siècle. Devant cela, n’importe quel initié à l’armement serait impressionné. Mais pour simplifier la vision aux non-initiés, ces deux programmes sont à l’armée ce que Floyd Mayweather est à la boxe : un colosse.

Toute la capacité technologique de l’Amérique semble se trouver dans ces deux programmes titanesques. À travers ces deux nouveaux étendards, l’objectif est double.

D’abord, il s’agit d’assurer l’hégémonie militaire et technologique de l’armée américaine face à ses concurrents déclarés. En effet, les Russes, héritiers de la puissance soviétique, modernisent leur armée depuis plus d’une décennie sous l’impulsion d’un Vladimir Poutine désireux de renouer avec la puissance d’antan. De même, l’émergence économique de la Chine entraîne de facto la recherche d’une importante force de frappe militaire pour d’une part, confirmer son statut de leader régional ; d’autre part, contrer la présence américaine en Mer de Chine, source d’enjeux majeurs.

Enfin, le F-35 n’a pas seulement la vocation d’être uniquement un atout militaire de premier ordre. L’avion de chasse américain développé par Lockheed Martin pourrait enterrer à jamais les projets de constructions d’un successeur au Rafale français ou à l’Eurofighter européen. Le F-35 peut devenir une machine à détruire l’industrie aéronautique militaire européenne. Les pays qui optent pour cet aéronef choisissent d’abandonner à terme leurs capacités de conception et de fabrication d’appareils militaires. Ainsi, lorsqu’il faudra penser au successeur du Rafale et de l’Eurofighter, seuls la France, la Suède et l’Allemagne (si elle ne choisit pas le F-35 pour remplacer ses appareils vieillissant) seront encore capable de le développer. Ajouté à cela, pour des raisons de coûts, le Rafale et le Grippen (avion de chasse suédois) seront probablement les derniers avions construits par un pays unique, en dehors des Etats-Unis, de la Russie ou de la Chine.

 

© Le Parisien

 

Un programme coûteux, pas si nécessaire

 

Un beau rêve pour les militaires et industriels américains ? Pas si sûr. Et en vérité, en plus d’être terriblement onéreux, ces programmes sont controversés, notamment le F-35. Plus de sept ans de retard sur le planning initial et un dépassement de coût mirobolant font qu’aux Etats-Unis on parle même du « Trillon program » (le programme à mille milliards). Pire, en comptant le développement, la construction, l’exploitation, la modernisation et la maintenance de plus de 2 000 appareils sur l’ensemble de leurs durées de vie, le prix de « l’existence » du F-35 serait de l’ordre de plus de 1 500 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB du Canada ! Effectivement, c’est beaucoup d’argent pour un appareil qui ne présente — pour le moment du moins — aucune évolution technologique majeure et n’ayant pas encore fait ses preuves sur un théâtre d’opération.

Les sommes évoquées paraissent réellement extravagantes. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’utilité de l’outil militaire et du complexe militaro-industriel, loin de là. Seulement, alors que les guerres dites asymétriques — c’est-à-dire les conflits qui opposent des combattants dont les forces sont incomparables : une armée régulière forte contre un mouvement de guérilla a priori faible ; une nation contre un mouvement terroriste etc. —, ont supplanté les conflits conventionnels, il est légitime de se demander si dépenser autant d’argent public uniquement pour bombarder des rebelles ou des djihadistes est vraiment nécessaire, surtout dans une période où l’argent manque cruellement. Les guerres d’aujourd’hui ne mettent plus en jeu la survie de la patrie. Certains invoqueront la dissuasion. Mais l’on peut aussi douter du caractère dissuasif d’un aéronef surpayé cumulant les déboires techniques et les retards depuis ses débuts. Qui plus est, la puissance de l’armée américaine et de ses 4 000 têtes nucléaires ne suffisent-elles pas pour dissuader ?

 

Les Etats s’entêtent dans une course technologique, menée à coup de milliards, arborant des allures de Guerre froide — à croire que les dirigeants ont oublié que l’URSS s’est effondrée en partie à la suite d’une telle course. Mais c’est omettre une chose : la guerre est aussi un business  et une affaire de politique.

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Diego Beaumont

Etudiant en Terminal ES. Amoureux de l'Histoire, l'ironie est mon meilleur allié pour réfléchir.

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