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Les clefs pour comprendre l’élection allemande qui pourrait changer l’Europe

Les clefs pour comprendre l’élection allemande qui pourrait changer l’Europe
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Le 24 septembre 2017 pourrait être l’une des dates clef de l’année 2017 pour l’Union Européenne. En effet, près de 60 millions de citoyens allemands seront appelés aux urnes afin de donner des noms au détenteur(s) des pouvoirs exécutif et législatif de la première puissance économique européenne, à travers un système électoral assez inédit comparé aux modèles habituels dans l’Union Européenne. Angela Merkel, qui n’a jamais été aussi peu soutenu par la population allemande, devra vaincre sur deux fronts: à sa droite, Alternative Fur Deutschland émerge de plus en plus clairement, tandis que l’outsider Martin Schulz réveille les braises dormantes du parti social démocrate allemand. 


 

Election fédérale allemande, mode d’emploi

 

La Vème République a habitué les français  à une (très relative) séparation des pouvoirs législatifs et exécutif, avec deux élections distinctes, bien que par la force du calendrier, elles soient très liée l’une à l’autre (depuis l’alignement du mandat exécutif sur le mandat législatif), ainsi qu’à un scrutin majoritaire à deux tours, qu’on pourrait rapprocher du scrutin majoritaire à un seul tour britannique. Nos élections s’opposent donc en deux points principaux aux élections de nos voisins allemands: le mode de scrutin et le fait que les allemands désignent du même coup les détenteurs du pouvoir exécutif/législatif.

 

Un bulletin de vote allemand donne la possibilité de distribuer deux voix

 

La première chose qui choquerait un électeur tricolore en rentrant dans l’isoloir serait probablement la nature du bulletin de vote. En effet, un électeur allemand a deux « stimme » (voix). La première, celle de gauche sur cette image, concerne la circonscription de l’électeur. En effet, comme en France, le territoire allemand est divisé en 299 circonscriptions. Ainsi la première voix de l’électeur est pour une personne. Cette personne, si elle obtient une majorité dès le premier tour (plus de 50,001%), siégera au Bundestag (équivalent de l’Assemblée Nationale). La deuxième voix elle, s’adresse à un parti. Alors que la partie noire diffère selon les circonscriptions, la partie bleue du bulletin de vote, elle, est nationale: partout, un électeur aura le choix entre les partis qui lui seront proposés.

 

C’est à ce moment que la subtilité du mode de scrutin allemand apparaît. En effet, il y a théoriquement un nombre fixe d’au moins 598 sièges au Bundestag. Ces 598 sièges sont décidés de manière nationale à la proportionnelle: on dépouille la partie bleue du bulletin de vote. Pour avoir des sièges, un parti doit rassembler au minimum 5% des voix. En d’autres termes, si sur les 10 partis qui participent à une élection X, 3 d’entre eux ne parviennent pas à obtenir plus de 5% des bulletins de vote, les 598 sièges sont partagés entre les 7 autres partis à hauteur de leur scores respectifs. Dans le même temps, tout candidat qui parvient à avoir une majorité absolue dès le premier tour sur sa circonscription aura le droit à un siège au Bundestag, siège dit  « complémentaire ». Ainsi, le nombre de sièges occupés au Bundestag peut varier entre 598 et 897 sièges : dans le premier cas, dans aucune des 299 circonscriptions un candidat n’a eu de majorité absolue au 1er tour, dans le second cas, dans chacune des 299 circonscriptions, les candidats ont obtenus une majorité absolue dès le 1er tour.

 

Le chancelier, lui, est élu par les membre du Bundestag: une majorité sera donc nécessaire à quiconque aurait des prétentions sur la fonction la plus importante de la nation allemande. Ainsi, sur les 630 sièges occupés au Bundestag en ce moment, 310 le sont par le parti d’Angela Merkel et son allié le CSU (une soixantaine de siège complémentaires, en noir et bleu), 193 par le parti de Martin Schulz (une quarantaine de sièges complémentaires, en rouge), 63 par l’extrême gauche (une douzaine de sièges complémentaires, en violet) et 62 par les verts (également une douzaine de sièges complémentaires, en vert) :

La composition du Bundestag actuelle selon les partis politiques

 

Une élection à forts enjeux

 

Alors que la courbe de popularité d’Angela Merkel avait de quoi faire rougir n’importe quel chef d’état démocratique, se pavanant tranquillement entre 71 et 63 % d’opinions favorables entre 2008 et 2009, au plus fort de la crise, « tombant » fin 2015 à 54% suite aux décisions quant à la crise migratoire, le temps de l’ultra popularité de la chancelière allemande semble résolu. En effet, la femme la plus puissante du monde souffre d’une fronde dans ses rangs sur fond de crise migratoire et de mariage homosexuel. Son parti, le CDU, reste néanmoins favori, puisque après avoir accusé le coup en mai avec des intentions de vote à hauteur de 33%, la majorité actuelle et ses alliés ont repris du poil de la bête avec des intentions de vote à 40 % début août, à un mois et demi de l’élection. Si la tendance se confirmait, le CDU aurait à s’allier avec d’autres forces politiques (probablement les verts) en échange de portefeuilles ministérielles. Ce scénario, qui est le plus probable, conforterait Angela Merkel dans sa légitimité, légitimité qui deviendrait d’autant plus inébranlable sur le plan européen.

 

Le parti social démocrate de Martin Schulz, lui, avait commencé l’année 2017 sur de solides bases, puisque l’arrivée de l’ex président du parlement de l’Union Européenne au commande du SPD avait ravivé les braises d’un parti affaibli : alors qu’il culminait à 19,5 % d’intentions de vote avant sa venue, il était en février devant le parti d’Angela Merkel avec 33 % des intentions de vote. Cependant, cette tendance s’est enlisée alors que les affaires se sont invitées dans le petits papiers de Martin Schulz, ce dernier étant accusé fraudes et autre usage de jet privé durant son mandat de président du parlement européen. Si jamais Martin Schulz parvenait néanmoins à se hisser à la fonction suprême, il y a fort à parier que l’Europe prendrait un tournant. En effet, Schulz s’était illustré en fustigeant le ministre de l’économie allemand, accusé d’affaiblir l’Europe à force d’austérité notamment sur le cas grec. Il propose également un budget européen d’investissement centré sur les nouvelles technologies duquel l’Allemagne prendrait la tête : « Si nous n’investissons pas massivement dans la recherche et développement, dans les véhicules électriques et les processus de fabrication économes en énergie, nous prendrons du retard », disait-il en juillet dernier.

 

La troisième force politique à surveiller est également celle qui a le plus à perdre. En effet, le jeune parti eurosceptique « Alternative Fur Deutschland » a multiplié les percées électorales (dans chaque Lander, soit région, les élections des parlementaires sont indépendantes) . En 2013 déjà, à peine 6 mois après sa création, il échouait au porte du Bundestag avec 4,7% des votes. Il obtient au élections européennes de 2014 sept eurodéputés avec 7 % des bulletins exprimés, puis fait son entrée quelques mois plus tard dans deux parlements régionaux allemands. Malgré des querelles intestinales, le parti franchi la barre des 12% d’intentions de vote en février 2016, au cœur de la crise migratoire, et fait son entrée dans les trois « Lander » (équivalent des régions) où les électeurs étaient appelés au urnes. En Mecklembourg, l’AfD créait à nouveau la surprise avec 21,2 % des votes, et fait d’une d’une pierre trois coups en perçant également dans deux autres régions. Cependant, le parti, qui repose sur un discours clairement islamophobe et anti immigration, subit une crise depuis le début de l’année 2017, avec 7% d’intentions de vote, chute due au dérapage ouvertement antisémite d’un des cadres du parti et de la focalisation du débat entre les deux éléphants de l’élection, Martin Schulz et Angela Merkel.

 

Après leur voisins néerlandais et français, les électeurs allemands devront trancher. Le mode de scrutin germanique, reposant sur la proportionnelle, est propice à l’émergence de forces politiques de moindre envergure, et les questions auquel répondront les allemands seront triples: serait-ce la fin de la « pax Merkel » ? Alternative Fur Deutschland s’installera-t-il durablement dans le paysage politique allemand? Martin Schulz aura-t-il les pouvoirs pour changer l’Union Européenne? Rendez vous le 24 septembre. 

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Vianney Savatier

Lycéen de TermES. Mon cœur balance entre Cobain et Musset, mes oreilles entre Gainsbourg et Georgio.

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