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Birmanie : les Rohingyas, victimes anonymes d’un conflit ethnique

Birmanie : les Rohingyas, victimes anonymes d’un conflit ethnique
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En Birmanie, on assiste depuis une semaine à une situation de crise critique pour l’ethnie musulmane Rohingya. Ces derniers sont considérés comme l »une des minorités les plus persécutées du monde et subissent des exactions de la part des forces d’autorité, exacerbées par le nationalisme et l’islamophobie. Une attaque des rebelles rohingyas contre des postes de frontière a mis le feu aux poudres. 


 

Le vendredi 25 août dernier, des groupes armés rohingyas ont perpétré des attaques contre une vingtaine de postes de frontière du nord de l’état d’Arakan (également appelé Rakhine), situés entre le Bangladesh et la Birmanie. Ces attaques se sont traduites par 89 morts selon les autorités du pays. Malheureusement, ces évènements se sont suivis par des représailles lors d’opérations de sécurité initiées par le gouvernement birman, entrainant la mort de nombreuses personnes et la fuite de milliers de rohingyas. Ainsi, Adrian Edwards, un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a déclaré au cours d’un point presse à Genève :

 

« Dimanche, selon certaines estimations, environ 5.200 ressortissants du Myanmar étaient arrivés au Bangladesh depuis jeudi »

 

La situation s’est rapidement dégradée car le 1 septembre, une semaine après les affrontements, on dénombrerait 370 morts et 27 000 réfugiés rohingyas au Bangladesh tandis que 20 000 attendraient bloqués à la frontière.

 

Un membre de la minorité musulmane rohingya passe un bébé à travers une cloture barbelée qui marque la frontière avec le Bangladesh le 28 août – via AFP

Qui sont les Rohingyas ?

 

Le peuple Rohingya est un groupe ethnique résidant dans le nord de la province de l’Arakan à l’ouest de la Birmanie, et de confession musulmane. Il se distingue donc du reste de la population, qui est à 90% bouddhiste. Depuis 1962, ils sont privés de la nationalité birmane par les autorités, sans accès à l’éducation, la santé, au logement, et au travail…

Aujourd’hui ils seraient près de 1,1 millions en Birmanie et environ 400 000 auraient déjà fui vers le Bangladesh à cause des mauvais traitements, de leur condition d’apatrides, de la montée du nationalisme, et du racisme islamophobe entretenu par des moines bouddhistes extrémistes. Le documentaire franco-suisse Le Vénérable W. de Barbet Schroeder explique les origines de cette situation.

Car c’est bien là l’origine du conflit. Les Rohingyas sont considérés comme des migrants illégaux par certains bouddhistes et on assiste à un véritable affrontement religieux.

 

Un conflit qui perdure

 

Bien que déjà interdits de votes, une série de lois allant à l’encontre des Rohingyas est adoptée en 2012. Interdiction des mariages inter-religieux, ou entrave à leur fertilité décrite comme « animale ». Ces évènements, dénoncés par l’ONG Human Rights Watch, entraînent le déchaînement des violences entre les communautés. Le président birman d’alors ordonne l’envoi de renforts militaires et de juin à octobre 2012, près de 200 civils rohingyas sont tués, des mosquées brûlées, des maisons rasées…

Cette situation amène des dizaines de milliers de personnes à migrer vers les pays frontaliers dans les années qui suivent. Malheureusement, la tension ne retombe pas et pour faire face à la violence, des organisations armées rebelles se forment, comme l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA).

En octobre 2016, un groupe terroriste rohingya attaque des postes frontières. En retour, « les militaires et la police des frontières ont entrepris de punir collectivement la minorité rohingya, tuant les hommes, massacrant les enfants, violant les femmes, brûlant les maisons, obligeant ces gens à franchir le fleuve entre les deux pays »  explique John McKissick, qui dirige l’agence du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies à Cox’s Bazar (ville du sud-est du Bangladesh où émigrent de nombreux Rohingyas), dans un interview donnée le 24 novembre 2016 à la BBC. Il va même jusqu’à parler de « nettoyage ethnique ».

Les derniers évènements sont donc une suite logique des dernières années de trouble. Les violences commises par l’armée se poursuivent, se portant sur des civils, et entraînant une exode massive des populations rohingyas.

 

La douleur d’un Rohingya face à la violence

Un gouvernement birman sourd aux appels de la Communauté Internationale

 

Longtemps dénoncées sous le gouvernement autoritaire du président Thein Sein, on pouvait croire que les exactions allaient s’arrêter avec l’arrivée au pouvoir de Aung San Suu Kyi (prix Nobel de la paix 2012) en avril 2016. Cependant, cette dernière semble sourde aux revendications de l’ONU et des ONG, accusée même de passivité.

Le Secrétaire Général de l’ONU, M. António Guterres, déclare dans un communiqué daté du 28 août qu’il est « profondément préoccupé par les informations faisant état de civils tués lors d’opérations sécuritaires dans l’État de Rakhine, au Myanmar » :

 

«Nombre des personnes qui prennent la fuite sont des femmes et des enfants, dont certains sont blessés.  Je lance un appel pour que les agences humanitaires se voient accorder un accès libre et sans entrave aux communautés touchées qui ont besoin d’aide et de protection.»

 

Cette déclaration rappelle également l’interdiction prononcée par la Birmanie pour toute intervention humanitaire sur son territoire dans le cadre de ce conflit.

Dans son dernier rapport sur le sujet, l’ONU s’alarme du faible respect des droits de l’Homme en Arakan et conjure le gouvernement birman de maintenir les frontière avec le Bangladesh ouvertes, et ce afin de permettre le départ des civils rohingyas fuyant les violences. Certaines ONG parlent ainsi de « crime contre l’humanité ». C’est le cas d’Amnesty International, qui publiait dès décembre 2016 des témoignages poignants de victimes des atrocités commises par les forces gouvernementales. Ces rapports sont niés par les autorités birmanes.

 

Devant la flambée des violences et face à ces rapports alarmants de l’ONU et des ONG, il est difficile d’imaginer une résolution rapide du conflit. Alors que la communauté internationale exhorte le gouvernement birman à une solution pacifique et à l’acceptation des Rohingyas en tant que minorité reconnue, celui-ci semble plus sensible à la pression de la frange bouddhiste extrémiste de sa population. Cependant, il faudra absolument qu’il envisage de revenir sur ses positions s’il ne veut pas que ce qui s’apparente déjà à une épuration ethnique selon l’ONU ne se transforme finalement en génocide.

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Martin Hortin

Etudiant en électronique mais passionné par l'écriture, l'actu, et le sport, j'espère pouvoir transmettre certaines clés pour une meilleure compréhension de notre monde !

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